LIEUX HISTORIQUE

Abbaye de Port Royal ( Ex : Hôtel de Clagny )

Abbaye

Adresse : 121 Boulevard de Port-Royal, 75014 Paris, France

« Depuis l’an 1204, il y avait à Chevreuse une abbaye de l’ordre de Cîteaux, fondée par Matthieu de Montmorency, seigneur de Marly, et Mathilde de Garlande, sa femme, dans le fief de Porrois ou Porrais (Portus regis; Porregius), d’où lui est venu le nom de Port Royal.

L’abbaye de Port-Royal était tombée, comme une foule d’autres mai sons religieuses, dans un grand dérèglement de mœurs, lorsque l’abbesse, Jacqueline-Marie-Angélique Arnaud, entreprit de les réformer. A force de persévérance et de vertu l’abbesse parvint à opérer une réforme dont le résultat fut si éclatant, que le nombre des religieuses prit bientôt un grand accroissement. En 1625 on en comptait quatre-vingts. Leur de meure était devenue trop petite, et l’insalubrité causée par les exhalai sons de marais voisins exigeait qu’elles se choisissent une nouvelle habitation. Mais c’était un dessein difficile à exécuter : l’abbaye n’avait pour tout revenu que 6 500 livres de rente.

Catherine Marion, veuve de l’avocat célèbre Antoine Arnaud, et mère de l’abbesse Marie-Angélique, consentit à faire les frais de la translation, et acheta à cet effet une grande maison appelée maison de Clagny ou de Cluny, et située à Paris à l’extrémité du faubourg Saint-Jacques.

Elle en fit donation aux religieuses, dont une partie vint à Paris et en prit possession le 28 mai 1625. Cette maison prit le nom de Port Royal de Paris; l’ancienne abbaye de Chevreuse se distingua par la désignation de Port-Royal-des-Champs. L’abbaye de Port-Royal de Paris jouit à sa naissance d’une prospérité extraordinaire. La marquise d’Aumont, Anne Hurault de Chiverny, l’ayant choisie pour y passer ses derniers jours dans la retraite, lui donna des biens considérables, acquitta presque toutes ses dettes, et paya en partie les dépenses occasionnées par l’établissement des religieuses à Paris. Une foule de personnes illustres imitèrent la marquise d’Aumont et prodiguèrent leurs libéralités au monastère de Port-Royal : la marquise de Sablé, la princesse de Guémené, mademoiselle d’Aquaviva, M. de Sévigné, madame Le Maître, qui depuis y prit le voile, le garde-des-sceaux de Guénégaud, sa femme Élisabeth de Choiseul Praslin, madame de Pontcarré, madame de la Guette de Champigny, M. Benoist, conseiller-clerc au parlement, Bricquet, avocat-général, madame de Boulogne, veuve du baron de Saint-Ange, et madame Lecamus de Rubantel, qui toutes deux se firent religieuses après la mort de leurs maris. Madame Séguier, veuve de M. de Logny de Gragneule, M. Le Maitre et les frères Séricourt de Sacy léguèrent tous leurs biens à Port-Royal. Louise-Marie de Gonza gues de Clèves, qui avait été élevée dans cette abbaye, sollicita en sa faveur la générosité de son mari le roi de Pologne, qui envoya aux religieuses de riches présents, parmi lesquels on citait un ciboire formé d’une agate enchâssée dans l’or et enrichi de diamants. Port-Royal-des-Champs fut réparé, assaini, et une partie de la congrégation y retourna, car la maison de Paris, à son tour, était devenue trop petite (1647).

En quelques années cette prodigieuse fortune s’écroula. Port-Royal servait d’asile aux hommes éminents poursuivis par la haine des jésuites; il ne tarda pas à souffrir de l’animosité des persécuteurs dont le gouvernement de Louis XIV était devenu l’instrument aveugle. Au mois d’août 1664, l’archevêque de Paris vint, à la tête de la force publique, présider à l’envahissement du couvent de la rue de la Bourbe. Les paisibles religieuses, tout d’un coup assaillies par le lieutenant de police et deux cents de ses gardes, furent traitées en prisonnières, et douze d’entre elles furent dispersées dans diverses communautés de la ville; quatre autres subirent le même sort quelques mois après. En 1665, le plus grand nombre d’entre elles fut envoyé à Port-Royal-des Champs, où l’on établit en garnison une soldatesque chargée de les priver de toute communication avec le dehors. Les malheureuses filles n’avaient pas même la liberté de descendre dans leur jardin. Cela dura jusqu’en 1669.

Cette année, le roi rendit un arrêt qui séparait les deux maisons de Port-Royal en deux titres d’abbayes indépendantes l’une de l’autre. Celle de Paris devait être à perpétuité de nomination royale, celle de Chevreuse devait, comme par le passé, rester élective; le roi partagea en même temps les biens de la communauté en deux parts, et ordonna que les deux tiers appartiendraient à Port-Royal-des-Champs, où se trouvaient quatre-vingts religieuses, et l’autre tiers à Port-Royal-de Paris, où il y en avait seulement dix.

Le monastère de Port-Royal-des-Champs subsista encore quarante ans; mais les persécutions n’étaient point finies et la haine des jésuites n’était pas satisfaite Le 11 juillet 1709, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, rendit contre elles un décret de suppression. Le 29 octobre suivant, le lieutenant de police d’Argenson, à la tête d’une nombreuse troupe de soldats, vint signifier aux religieuses, réduites alors au nombre de vingt-deux, qu’elles eussent à quitter la maison et à choisir leur retraite dans l’un des autres couvents du royaume. Il ne leur accorda qu’un quart d’heure pour faire leurs préparatifs.

Le couvent fut rasé, et ses biens furent donnés à Port-Royal-de-Paris. Depuis l’affaire de 1665, l’on avait placé dans cette maison celles des filles de Port-Royal qui avaient consenti à se séparer de leurs sœurs et à embrasser les doctrines des jésuites. Elles oublièrent à tel point leur ancienne liaison avec les religieuses de Port-Royal-des-Champs, qu’en 1707 elles leur intentèrent un procès au sujet du partage des biens de la communauté. Ce procès fit un grand scandale, mais du moins la maison de Paris ne fut pas enveloppée dans le désastre qui anéantit celle des Champs.

L’église de l’abbaye de Port-Royal-de-Paris est un ouvrage de Le Pautre. Elle fut commencée le 22 avril 1646, achevée en 1648, et bénite le 7 juin de la même année par l’archevêque de Paris. Les seules peintures remarquables qu’on y voyait étaient quelques tableaux de Philippe de Champagne. On y conservait une épine de la couronne de Jésus, à la vertu de laquelle on attribua la guérison miraculeuse (1646 et 1656), de deux jeunes filles atteintes de maladies incurables. L’une d’elles était la nièce de Pascal.

On remarquait encore dans l’église le tombeau de messire Louis de Pontes et celui de la belle duchesse de Fontanges.

Un grand nombre des hommes les plus remarquables du siècle de Louis XIV ont illustré Port-Royal. Un collège y avait été établi par le savant Lancelot, qui eut pour successeur Nicolle, Antoine Arnaud de Sacy, et pour élèves Racine et Lenain de Tillemont. Ces écoles de Port-Royal, dont le premier plan avait été imaginé par l’abbé de Saint-Cyran (Duvergier de Hauranne), furent étendues à l’éducation des jeunes personnes, florirent surtout de 1646 à 1660, et produisirent une heureuse influence sur les progrès de la raison et du langage.

Port-Royal-de-Paris fut supprimé en 1790 et converti par la Convention en prison révolutionnaire; l’hospice de la Maternité y fut placé en 1801, et celui de l’Accouchement en 1804. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : n°1 : LPLT,

Abbaye de Port Royal ( Ex : Hôtel de Clagny )