LIEUX HISTORIQUE

Abbaye Saint-Antoine-des-Champs (Disparue)

Abbaye

Adresse : 170 bis rue du Faubourg-Saint-Antoine

« Vers 1198, un simple curé de Neuilly-sur-Marne, nommé Foulques, vint à Paris, dont il étonna tous les habitants par l’éloquence de ses prédications apostoliques. Il n’y avait pas jusqu’aux docteurs et gens de science qui n’admirassent la puissance de sa parole. Il prêchait avec grande véhémence pour ramener les pécheurs égarés, principalement les usuriers et les femmes de mauvaise vie, et faisait une multitude de conversions. Les filles perdues surtout profitaient de ses pieuses instructions; un grand nombre d’entre elles abjurèrent la débauche et se coupèrent les cheveux en signe de pénitence. Foulques de Neuilly en maria une partie, et pourvut à la sûreté de celles qui préférèrent se séparer entièrement de la vie mondaine. Telle fut l’origine de la célèbre abbaye royale de Saint-Antoine, dont les premières religieuses furent ces pécheresses repenties. Cependant on est peu d’accord sur la date précise de sa fondation. Dubreuil la fixe en 1181; Lacaille en 1182; Lemaire en 1190; Germ. Brice en 1193, Rigord, Nangis et Corrozet en 1198; Albéric en 1199. Il est certain, par le témoignage de tous les contemporains, que ce fut en 1198 qu’eurent lieu les fameuses prédications qui produisirent les premières religieuses de cette abbaye, et en même temps, il existe un contrat de vente faite à la maison de Saint- Antoine en 1191. Il est probable, comme le pense Jaillot, qu’il existait au même endroit, avant Foulques, une chapelle de Saint-Antoine, qui lui parut convenable pour recevoir les femmes qu’il convertit, et qu’en effet ce fut là qu’il les plaça.

Peu de temps après sa fondation, l’abbaye de Saint-Antoine fut donnée à l’ordre de Cîteaux. Régulièrement organisée en 1204, elle avait déjà reçu à cette époque la règle de cet ordre, et obtenu sa part de toutes les immunités dont il jouissait. En quelques années les religieuses de Saint-Antoine s’étaient acquis une si brillante réputation de sainteté, que le curé de Saint-Paul et l’évêque de Paris, en 1215, touchés de leurs mérites, renoncèrent bénévolement aux droits qu’ils pouvaient revendiquer sur le temporel de l’abbaye. Aussi devinrent-elles fort riches en très peu de temps. En 1227, elle possédait entre autres biens deux mai sons dans la ville, un enclos de quatorze arpents attenant à l’abbaye, onze arpents de vigne, et cent soixante-quatorze arpents de terre entre Paris et Vincennes.

La première chapelle de ce monastère fut bâtie, sous l’invocation de Saint-Pierre, par Robert de Mauvoisin, qui la choisit pour lieu de sa sépulture. L’édification de la grande église était réservée à la pieuse magnificence de saint Louis. Sa dédicace fut célébrée le 2 juin 1233.

Au mois d’août 1239, lorsque la couronne d’épines du Christ, vendue à saint-Louis par l’empereur de Constantinople, arriva à Paris, le cortège royal qui l’accompagnait fit une station à l’abbaye Saint-Antoine. Là, on dressa au milieu des champs un échafaud sur lequel plusieurs prélats, vêtus de leurs habits pontificaux, exposèrent cette sainte couronne aux yeux avides des Parisiens; et tous les chapitres de la ville, ceux même de Saint-Denis, reçurent du roi l’ordre de venir processionnellement avec leurs reliques à l’abbaye de Saint-Antoine, pour rendre hommage à la couronne du Seigneur, et l’escorter dignement jusque dans la Cité.

La première abbesse de Saint-Antoine-des-Champs portait le nom de Théophanie, et la seconde celui d’Agnès. Plus tard ce monastère fut gouverné par des personnes du rang le plus distingué, des princesses même du sang royal. Aussi l’abbesse était-elle au dernier siècle une puissance ecclésiastique; elle était dame du faubourg Saint-Antoine, qui absorbait alors dans ses vastes limites nombre de petits villages : la Râpée, Reuilly, Picpus, la Croix-Faubin, Popincourt, etc.

Un large fossé régnait autour de l’enclos du couvent. A l’angle formé par ce fossé avec la rue de Reuilly, le roi Louis XI avait tenu, en 1465, une conférence, et conclu une trêve avec ses grands vassaux armés contre lui pour la guerre du bien public. Ceux-ci ayant ensuite rompu la trêve, le roi fit, quelques années plus tard, élever à la même place une croix en pierre, parmi les ruines de laquelle on trouva, en 1562, cette inscription, qui fut transportée à l’Hôtel-de-Ville : L’an M. CCCC. LXV, fust ici tenu le landict des trahisons, et fust par unes trêves qui furent données : maudit soit-il qui en fut cause.

Ce monument ne fut élevé qu’en 1479, comme l’atteste un compte du domaine de cette année où on lit : A Jean Chevrin, maçon, pour avoir assis, par ordonnance du roi, une croix et épitaphe près la grange du roi, au lieu où l’on appelle le fossé des Trahisons, derrière Saint-Antoine-des-Champs.

Le journal de Henri IV rapporte que le 14 mai 1589, le chevalier d’Aumale fit une sortie contre les soldats du roi qui assiégeaient Paris, et les força d’abandonner l’abbaye de Saint-Antoine où ils s’étaient embusqués; mais, dans le feu de l’action, il arriva que les soldats qui portaient si vigoureusement les armes pour la religion apostolique mirent l’abbaye au pillage, et emportèrent toutes les richesses de l’église.

L’église en effet était splendidement décorée; elle fut reconstruite, en 1770, sur les dessins de l’architecte Lenoir, surnommé le Romain. On y voyait les tombeaux de Jeanne et Bonne de France, filles du roi Charles V, mortes la première à l’abbaye Saint-Antoine le 21 octobre 1360, et l’autre au palais le 7 novembre de la même année.

On voyait aussi, selon Malingre, au-dessus de l’une des portes de l’abbaye, un tableau sur lequel était écrit : « L’an 1257, par la permission de MM. les prévost des marchands et eschevins de la ville de Paris, fut envoyé un nommé Pierre de Monsiaux, maistre des œuvres ( maçon ) de la ville, pour abattre l’église de céans, disant pour eux avoir affaire de pierres pour ladite ville. Mais sitost que ledit Monsiaux eut frappé le premier coup de marteau sur l’un des piliers du portail de ladite église, ledit Monsiaux fut embrazé du feu Saint-Antoine. » Devant ce tableau un os était suspendu, et passait pour être un os du maçon sacrilège.

L’abbaye de Saint Antoine-des-Champs fut supprimée en 1790; et, par un décret de la Convention nationale du 17 janvier 1795, ses bâtiments furent convertis en hôpital. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : Plan Turgot, 1734-1739, Gallica.

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