ÉVÉNEMENT HISTORIQUE

Bastion 64 de (Enceinte de Thiers – Disparu)

Commune de Paris 1871

Adresse : Place de la Porte de Saint-Cloud, 75016 Paris, France

L’avant-garde des Versaillais entre par la porte de Saint-Cloud le 21 mai 1871.

Les mêmes bataillons de la garde nationale étaient sur pied depuis deux mois. Les mêmes hommes avaient soutenu sans être relevés tout le poids de la guerre. A bout de forces, découragés par leurs échecs constants, mécontents de leurs officiers, ils avaient perdu leur premier élan et jusqu’à leurs habitudes de vigilance.
Aussi, le dimanche 21 mai, à trois heures de l’après-midi, il n’y avait ni un officier ni une sentinelle à la porte de Saint-Cloud.

Le capitaine de frégate Trêves se trouvait à ce moment dans les tranchées, à deux cents mètres du mur des fortifications, tandis que les soixante et dix pièces de Montretout, la batterie de Breteuil, celle des Quatre-Tourelles, d’Issy et de Meudon, faisaient converger leurs feux sur la porte de Saint-Cloud. Bien que cette partie du rempart criblée d’obus et de mitraille fût à peu près intenable, le silence de la ville l’étonna.
Personne ne répondait, ni artillerie, ni mousqueterie, quand, vers trois heures, un homme vêtu en bourgeois apparut au-dessus du bastion 64, agitant un mouchoir blanc et poussant des cris que le vacarme de l’artillerie empêchait d’entendre. Cependant, Trêves crut distinguer ces mots :
– Venez, il n’y a personne.
– Qui êtes-vous? dit Trêves.
– Je suis Ducatel, piqueur des ponts et chaussées et ancien officier d’infanterie de marine. Paris est à vous si vous voulez le prendre ;faites entrer vos troupes, tout est abandonné.
Le commandant traversa le pont-levis dont un obus avait brisé les chaînes, pénétra dans l’enceinte et,guidé par Ducatel, il visita les bastions de gauche et de droite, et constata une évacuation complète ; il entra dans les maisons voisines et s’assura qu’elles n’étaient point gardées. Revenant aussitôt dans sa tranchée, Trêves télégraphia aux généraux Douai et Vergé ce qui venait de se passer, et une heure après, le feu des batteries versaillaises ayant été suspendu,il rentrait dans l’enceinte avec une section du génie.
Vers cinq heures, les détachements de ligne les plus rapprochés de la porte entrèrent dans Paris ; les canons des remparts furent immédiatement sortis de leurs embrasures et retournés contre la ville. Le reste de la division Douai suivit, couronnant les bastions. Du haut du Mont-Valérien, M. Thiers, le maréchal Mac-Mahon et l’amiral Pothuau, qui étaient arrivés en curieux à quatre heures et demie, contemplaient ce triomphe inattendu. A sept heures et demie du soir, il y avait déjà vingt mille hommes dans l’enceinte de Paris.

Source :
Les huit journées de mai derrière les barricades, Lissagaray, 1871

Source photos : raspou.team

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