LIEUX HISTORIQUE

Bibliothèque de l’Arsenal (Ex : Pavillon de l’Arsenal)

Bibliothèque

Adresse : 1 Rue de Sully, 75004 Paris, France

« On ne connaît pas de traces de dépôt d’armes à Paris, avant la fin du XIIIe siècle. Le premier arsenal qui y fut établi paraît avoir été placé dans l’enceinte du château du Louvre. C’est du moins ce que l’on trouve dans les comptes des baillis de France, où il est question, en l’année 1295, « des arbalètes, nerfs et cuirs de bœufs, bois, charbon, et autres menues nécessités de l’artillerie du Louvre. » Dans les comptes du domaine des XIIIe, XIVe et XVe siècles,on trouve en très grand nombre les noms des personnes auxquelles était confiée la direction de l’Arsenal et qu’on appelait artilleurs ou canonniers, maîtres des petits-engins, ou gardes et maîtres de l’artillerie. Lorsque les Parisiens se saisirent du Louvre en 1358, ils y trouvèrent quantité de canons et de munitions de guerre de tout genre. La troisième salle de la tour du Louvre était remplie d’armes, lorsqu’en 1391 on enleva tout ce qui s’y trouvait pour y placer des livres; l’arsenal du Louvre était à cette époque dans la basse cour située du côté de Saint-Thomas. Le 22 février 1397, Charles VI créa Jean de Soisy maître de l’artillerie de ce château, et en 1415, Colin de Manteville reçut le titre de grand-maître garde et visiteur de l’artillerie du roi au Louvre. Les rois de France eurent encore dans Paris divers autres dépôts du môme genre, tels que ceux de l’hôtel Saint-Paul, de la Bastille, de la tour du Temple, de la Tournelle et de la tour de Billy.
La tour de Billy, située sur le bord de la Seine, derrière le couvent des Célestins, fut ruinée par le feu du ciel qui la fit sauter le 19 juillet 1538, et la détruisit entièrement. La ville aussi avait son arsenal. Sous Charles V le prévôt des marchands, Hugues Aubriot, avait formé dans l’Hôtel-de-Ville un dépôt d’armes où se trouvaient la quantité des maillets de plomb qu’il avait fait fabriquer pour armer les bourgeois contre les ennemis du roi, et qui précisément servirent aux désordres de la.sédition des Maillotins. La ville avait en outre plusieurs autres en droits où elle déposait ses munitions de guerre; mais son véritable arsenal était, sous François Ier, derrière les Célestins. Là, elle avait un bâtiment servant de logis au garde de l’artillerie, plusieurs dépendances et deux grands magasins qu’on appelait les Granges de l’artillerie de la ville.
En 1533, François Ier, voulant faire fondre des canons, chargea le contrôleur et un des commissaires de l’artillerie d’emprunter à la Ville une de ses granges. Puis , quand il l’eut obtenue, il demanda la seconde. Le prévôt des marchands et le conseil de la Ville accueillirent ces propositions de très mauvaise grâce. Le roi fit écrire par ses officiers qu’il rendrait tout dès que la fonte de ses canons serait achevée; mais ces promesses ne calmaient nullement les alarmes de la ville, qui fit faire au roi des représentations pressantes et ne céda qu’à la condition expresse de rentrer en possession du local dès que la fonte serait achevée. La fonte s’acheva en 1547. Henri II fît dire aux bourgeois qu’il lui fallait l’une de ces granges et qu’ils eussent à voir ce qu’ils voulaient en dédommagement. On ignore ce que le corps de ville put demander, mais en tout cas Sauvai rapporte qu’il ne reçut jamais rien. Loin de là, il acheta peu de temps après et paya au roi en deniers comptants trois cours de l’hôtel de la reine, qui faisait partie de l’hôtel Saint-Paul.
Ainsi devenu possesseur de l’arsenal de la ville , Henri II y fit construire des logements pour les officiers et les fondeurs de son artillerie, avec des fourneaux, des moulins à poudre, et deux grands hangars pour fondre et loger le canon. En 1563, le 20 janvier, le feu prit par accident à l’arsenal (et fit sauter quinze ou vingt milliers de poudre qui s’y trouvaient. L’explosion fut si terrible qu’on l’entendit jusqu’à Melun. Plus de soixante personnes furent tuées ou blessées , les vitraux des Célestins et des autres églises furent brisés, plusieurs maisons voisines s’écroulèrent, et l’Arsenal fut complètement ruiné. On ne put découvrir la cause de ce malheur, et le peuple ne manqua pas de l’attribuer aux huguenots.
Ce fut Charles IX qui releva l’Arsenal de ses décombres. II y ajouta un jardin qui était encore une des promenades publiques de Paris à la fin de la révolution. Louis XIII et Louis XIV augmentèrent les bâtiments qui, du reste, n’ont jamais rien offert de remarquable sous le rapport de l’architecture. On distinguait seulement le salon du grand-maître, décoré par Mignard, et une porte intérieure attribuée au ciseau de Jean Goujon. La grande porte, construite en 1584, était ornée de quatre canons en guise de colonnes. Au-dessus étaient gravés sur une table de marbre noir, ces deux vers de Nicolas Bourbon, si beaux que le poète Santeuil s’écriait en les admirant : « Je voudrais en être l’auteur, dussé-je être pendu! »
Etna haec Henrico vnleania tela ministrat Tela giganteos debellatura furores.
En 1715, une partie des anciens bâtiments fut détruite et remplacée en 1718, sous la direction de l’architecte Germain Boffrand. Déjà du temps de Louis XIII, un poète avait dit de l’Arsenal, en parlant à Richelieu :
Quand sera-ce, grand cardinal, Que la paix fera des marmites De tout le fer de l’Arsenal !
Sous Louis XIV on sentit l’urgence d’éloigner d’une population nombreuse un pareil foyer d’éléments destructeurs. On établit de nouveaux magasins à poudre et de nouvelles fonderies sur les frontières du royaume, à proximité des places fortes. Les fonderies de l’Arsenal de Paris ne servirent plus que pour couler les statues et les ornements en bronze destinés aux résidences royales et principalement au parc de Versailles.
L’Arsenal avait une juridiction spéciale qu’on appelait le bailliage de l’Arsenal. Le bailli était un juge auquel appartenait la connaissance des différends survenus entre les officiers et les ouvriers fondeurs, et qui prétendait, ce qui lui était contesté par le Châtelet, avoir aussi dans sa juridiction les crimes et délits commis dans l’enceinte de l’Arsenal. Il y avait aussi dans la maison, outre les grands-officiers, un détachement d’artillerie et une compagnie d’invalides.
L’Arsenal a été supprimé en 1788. D’après l’ordonnance de suppression, on devait l’abattre pour élever sur son emplacement un nouveau quartier; mais ce projet ne reçut point d’exécution. Seulement, en 1806, le boulevard Bourdon remplaça le jardin; on forma de l’esplanade (l’ancien Mail) , qui suivait le bord de la rivière le quai du Mail, aujourd’hui quai Morland ; une grande partie de ce qu’on nommait le Petit-Arsenal servit à la construction de la rue Neuve de la Cerisaie. Enfin, en 1807, on éleva sur ce qui restait du jardin, et le long du boulevard, un vaste édifice connu sous le nom de Grenier d’Abondance, Grenier de Réserve.
Comme grand-maître de l’artillerie, Sully logeait à l’Arsenal. C’est en mémoire de ce grand homme que la rue où se trouve l’entrée du bâtiment principal a reçu le nom de rue de Sully.
Ce qui reste des anciens bâtiments est occupé aujourd’hui par la belle bibliothèque publique appelée Bibliothèque de l’Arsenal.

Cette bibliothèque, la plus importante de Paris, après celle du roi, par le nombre et le choix des ouvrages qui la composent, avait été primitivement formée par le comte d’Artois, depuis Charles X. A cet effet, on avait acheté aux héritiers de Paulmy d’Argenson la riche collection que cet amateur éclairé des lettres avait amassée à grands frais. Dans le cours des différentes missions diplomatiques dont il fut chargé, il avait recueilli un grand nombre d’ouvrages d’histoire et de littérature étrangères, auxquels il ajouta plus tard les fonds de Barbazan, de La Curne de Sainte-Palaye et de quelques autres littérateurs. Il avait rassemblé aussi une collection d’estampes, de médailles, et un cabinet d’histoire naturelle.

Ce grand dépôt, commencé en 1785, s’enrichit, en 1787, de la deuxième partie de la bibliothèque du duc de La Vallière, dont M. Nyon a donné le catalogue en six volumes in-octavo. Pendant la révolution, les richesses de cette bibliothèque s’accrurent considérablement; les parties historique et littéraire surtout sont aussi complètes que possible.

Cette bibliothèque, qui avait quitté le nom de Bibliothèque de Monsieur pour prendre le nom de Bibliothèque de l’Arsenal, dut reprendre son ancien titre en vertu d’une ordonnance du 26 avril 1816; elle quitta de nouveau ce titre à la révolution de 1830.

Les bâtiments qu’elle occupe dépendaient de l’Arsenal. Au nombre des manuscrits qu’elle possède, on remarque plusieurs ouvrages inédits du savant Ducange. Elle est riche d’environ cent quatre-vingt mille volumes imprimés et de six mille manuscrits. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : Plan Turgot, 1734-1739, Gallica.

bibliotheque-de-arsenal