LIEUX HISTORIQUE

Café de Valois puis des aveugles ( Emplacement – Disparu )

Quartier du Palais Royal

Adresse : 102 Galerie de Beaujolais, 75001 Paris

Le café des Aveugles occupait un sous-sol. Les filles du Palais-Royal s’y relayaient toute la soirée, poussant à la consommation, et une douzaine de quinze-vingts montés sur une estrade, faisaient de la musique, avec une femme qui jouait du cor.

Martainville, que ses opinions anti-républicaines n’empêchaient pas de se montrer partout, rencontra une fois, du Caveau des Aveugles, certains révolutionnaires et sans-culottes, qui lui offrirent un bol de punch, puis lui demandèrent une chanson. Pour ne pas être en reste de politesse, Martainville leur improvisa le petit couplet qui va suivre :
« Embrassons-nous, chers Jacobins ;
Longtemps je vous crus des mutins
Et de faux patriotes.
Oublions tout, et désormais
Donnons-nous le baiser de paix :
J’ôterai mes culottes. »
C’est le rendez-vous de toutes les filles du jardin et de celles du perron : les habituées y ont tous les jours leur demi tasse gratis. Il est divisé en vingt petits caveaux : on y voit de vieux et de jeunes admirateurs des grâces. Les jeunes déesses viennent boire le vin du marché ; les vieilles restent pour épier le moment où il se présente quelque godiche. Alors elles se détachent, et vont aussitôt avertir leurs jeunes camarades, dont elles reçoivent une rétribution en raison du genre de conquête qu’elles procurent.
Dans cet endroit, on voit constamment deux grosses marchandes de bouquets, que l’on nomme mesdames Angot. Elles vont présenter aux godiches des bouquets pour leur belle, les font payer douze ou vingt-quatre sous, selon les circonstances plus ou moins favorables. Mais en sortant, la nymphe à qui on en a fait présent rend le bouquet à la marchande, qui lui donne quatre sous de sorte que, dans une soirée, tel bouquet est vendu sept ou huit fois.
Une demi-douzaine d’aveugles de l’Hospice des Quinze-Vingt exécutait sans s’arrêter une musique assourdissante, de six heures du soir à une heure du matin.

Sources :
Paris Révolutionnaire
L.-M. Prudhomme, Miroir de l’ancien et du nouveau Paris, 1806.
C. Lefeuve, Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, 1875.

Image : Grand concert extraordinaire exécuté par un détachement des Quinze-vingt au Caffé des Aveugles – Gallica

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