LIEUX HISTORIQUE

Champ de Mars

Place

« Cette vaste plaine, qui s’étend depuis l’École Miliaire jusqu’à la Seine, fut, jusqu’en l’année 1770, un terrain occupé par des maraîchers. A cette époque, on y traça un immense parallélogramme ou carré long de près de mille mètres sur cinq cents, entouré de fossés des trois côtés, et on le décora du titre de Champ-de-Mars; il était alors destiné aux élèves de l’École-Militaire. C’est dans le Champ-de-Mars que se ſit, en 1783, la première expérience aérostatique, par le physicien Charles.

Lors de la fédération du 14 juillet 1790, on établit, du côté de l’École Militaire, de vastes tribunes où devaient être placés le roi, sa famille et les députés de l’assemblée nationale. Afin que tous les spectateurs fussent témoins du serment qui devait s’y prêter, on conçut l’idée de faire des tertres pour contenir les assistants. Pour y parvenir, il fallait enlever plusieurs pieds de terre sur la surface entière du terrain, et la transporter sur les bords pour y former des gradins. Douze mille ouvriers y furent employés, et l’ouvrage avançait peu. On vit alors un de ces traits qui caractérisent l’esprit parisien : les habitants résolurent de prendre part aux travaux. On vit les membres des sections et de la garde nationale, les religieux de divers ordres, des femmes, marchant deux à deux, chargés de pelles, de pioches, de brouettes, se rendre successivement à l’ouvrage, qui fut achevé avec ardeur et promptitude.

Le Champ-de Mars, qui prit le nom de Champ de la Fédération et en suite celui de la Réunion, a été le théâtre d’un grand nombre d’événements remarquables. Je citerai les principaux : La cérémonie funèbre relative aux massacres de Nancy, où le jeune Désilles perdit la vie (20 septembre 1790); Le premier anniversaire de la Fédération; La sanglante émeute du 17 juillet 1791, dans laquelle le maire de Paris, Bailly et La Fayette firent exécuter la loi martiale; La fête célébrée le 20 septembre 1791, au sujet de l’acceptation et de la publication de l’acte constitutionnel; Le deuxième anniversaire de la Fédération; La fête nationale, préparée et disposée par David, pour l’inauguration de la nouvelle constitution (10 août 1793); La mort de Bailly (11 novembre 1793). Ce vénérable vieillard y fut torturé pendant trois heures. Sa constance lassa ses bourreaux. Tu trembles, Bailly? lui dit l’un d’eux. C’est de froid, répondit le martyr; La fête des Victoires, en l’honneur de la prise de Toulon (30 décembre 1793); La fête de l’Être suprême, présidée par Robespierre (8 juin 1794).

Parmi les fêtes ridicules qui se donnèrent au Champ-de-Mars, sous le Directoire, nous citerons celles de l’Agriculture, du 14 juillet et du 9 thermidor, la fête du 10 août et celle de la Vieillesse. L’anniversaire de la fondation de la république, solennisée le 22 septembre 1796, fut aussi célébrée au Champ-de-Mars. Les fêtes étaient accompagnées de courses à pied, à cheval, en chars, de luttes et de joutes; trente orchestres faisaient danser les citoyens de Paris à la lueur de superbes illuminations. Le 1er vendémiaire an VII (22 septembre 1798), on y fit la première exposition des produits de l’industrie française.

Le lendemain du couronnement de Napoléon, l’empereur fit au Champ-de-Mars la distribution des aigles (3 décembre 1804). Le 1er mai 1815, on y proclama l’acte additionnel aux constitutions de l’empire. Dans cette cérémonie, dite du Champ-de-Mai, Napoléon passa en revue toute sa garde et environ soixante mille hommes de la garde nationale de Paris.

Les 27 mars et 2 mai 1831, le roi Louis-Philippe fit à la garde nationale parisienne et aux troupes de ligne rassemblées dans le Champ-de Mars la distribution solennelle des drapeaux et étendards tricolores. Six ans après, le même lieu fut le théâtre d’un déplorable événement. Au mois de juin 1837, à l’occasion des fêtes données par la ville de Paris pour célébrer le mariage du duc d’Orléans, le Champ-de-Mars fut choisi pour représenter le simulacre de la prise de la citadelle d’Anvers. Des fortifications en terre avaient été préparées dans ce but et devaient être attaquées dans la soirée du jeudi 15. Cette brillante fête fut troublée par des malheurs. Des précautions avaient été prises par l’autorité militaire et par la police afin que les feux de l’attaque ni ceux de la défense n’entraînassent aucun danger; un espace considérable avait été réservé au milieu de l’enceinte pour le jeu de l’artillerie et ce lui des pièces d’artifice. Cette petite guerre se termina en effet sans que l’on eût à déplorer le moindre accident; mais bientôt des cris sinistres, partis de différents points, vinrent répandre l’effroi dans la foule qui remplissait le Champ-de-Mars : elle s’ébranla dans toutes les directions et se précipita vers les issues, qui furent aussitôt encombrées par les flots de cette immense population. Là, à l’approche des grilles, vingt-trois individus de tout sexe perdirent la vie; un grand nombre fut plus ou moins dangereusement blessé.

Depuis longtemps le Champ-de-Mars est un lieu d’exercice, de parade et de revue de troupes. Il sert aux courses que l’on a instituées pour encourager l’éducation des chevaux et qui ont lieu annuellement, en présence du ministre de l’intérieur et du préfet de la Seine. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : n°1 : Diliff.

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