LIEUX HISTORIQUE

Chancellerie de la Légion d’honneur ( Hôtel de Siam )

Palais

Adresse : Palais de la Légion d’Honneur, 2 Rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris, France

C’est une Altesse allemande, Frédéric IIII, rhingrave de Salm-Kyrbourg, qui fit bâtir, peu de temps avant la Révolution, l’hôtel tout à la fois élégant et prétentieux, qui devint palais en quand la grande chancellerie de la Légion d’honneur y fut installée.
Ce prince de Salm avait tous les goûts et se permettait toutes les folies. S’ennuyant dans ses États, dont une heure de galop de ses équipages lui faisait atteindre l’extrême frontière, il était venu les manger à Paris. « Le Salm est ici, cherchant à tout vendre et à piaffer, écrivait la marquise de Créqui en août 1786, à Senac de Meilhan ; le baron de Breteuil soutient qu’il n’en a pas pour deux ans, et que l’hôpital sera sa fin », ( Lettres inédites de la marquise de Créqui, p. 59-61).
L’hôpital ! le dénouement était cruel, Mais probable toutefois ; en attendant, M. de Salm voulut se donner un bel hôtel, et il fit bâtir celui-ci.
C’est l’architecte Rousseau, dit Lagrand, qui dirigeait les travaux ; mais si vous consultiez le secrétaire du prince ou ses valets, ils vous disaient en confidence que Rousseau n’avait rien fait que d’après les dessins de Son Altesse
M. de Salm, pour couvrir cette dépense, n’avait guère à compter sur ses États. Il les avait déjà ruinés.
Comment faire ? Il se souvint qu’il possédait trois ou quatre villages perdus dans un ravin des Vosges. Il les fit mettre aux enchères, et les sommes qu’il reçut s’allèrent engloutir dans la bâtisse du quai d’Orsay : Son dernier louis servit polir la dorure de quelque feston.
Il n’eut guère que le temps d’y pendre la crémaillère, dans une fête qui fut une cohue. La moitié de Paris accourut y étouffer l’autre. Tilly, qui vint comme tout le monde, en parle ainsi : « Il y avait tant de gens que le prince lui-même ne connaissait pas, qu’il me dit plaisamment : « Beaucoup de personnes qui sont ici peuvent aussi me croire invité au bal » (Mémoires du comte Alex. de Tilly, 1830, in-8, t. II, p. 238). C’était à la fin de 1786 ; l’année d’après, l’architecte, pour se payer de ses travaux, avait acheté l’hôtel, et le prince n’y était plus que locataire (État actuel de Paris, P789, in-8).
Quartier Saint-Germain, p. 16.). La Révolution survint, et, comme tous les princes ou seigneurs ruinés, M. de Salm prit parti pour elle. Il se laissa faire capitaine de la garde nationale, afin qu’il fût dit que, né général d’armée, il avait au moins commandé une compagnie. Grâce à l’influence de La Fayette, qui l’avait quelque temps employé dans la rue Saint-Dominique, il parvint même à être commandant de bataillon.
Jamais, dit-il, on ne vit une réputation plus malheureuse. Criblé de coups d’épée, on suspectait son courage ; ruiné, après avoir gaspillé une fortune considérable, sa probité était attaquée. Il passait pour peu sûr au jeu, et il avait perdu des sommes immenses. On n’osait pas lui contester de l’esprit, mais on niait qu’il eût le sens commun ; et, avec un fond d’instruction que j’ai trouvé chez peu de gens, sa conversation n’attachait personne.
Il fut arrêté le 13 germinal an II, et conduit à la maison des Carmes (A. Sorel, le Couvent des Carmes sous la Terreur, 1863, in-8, p. 243). Pour quel crime ? On l’ignora jusqu’à ce que, l’année d’après, le 5 thermidor, quarante-neuf détenus, dont il faisait partie, ayant été appelés devant le tribunal révolutionnaire comme complices d’une prétendue conspiration tramée dans la prison, Fouquier-Tinville fit savoir que « Salm, prince allemand, n’était, sous le masque du patriotisme, que l’agent caché de la coalition allemande contre la France. » Le soir même, quarante-six de ces quarante-neuf accusés, et le prince était du nombre, furent conduits à la place du Trône et guillotinés. Encore quatre jours, et le 9 thermidor les sauvait en perdant Robespierre !
Des mains d’un prince souverain sans budget, il était passé, sous le Directoire, dans celles d’un garçon perruquier plusieurs fois millionnaire ! Il s’appelait Lieuthraud avant cette fortune,
Au mois de janvier 1797, il fut inquiété comme complice de la conspiration royaliste de l’abbé Brottier et de la Ville-Heurnois, mais relâché bientôt. Il en fut quitte pour la peur et quelques jours de prison. Après avoir ainsi payé son titre de marquis, il dut payer plus cher l’insolence de son luxe, qui avait trop frappé tous les regards pour ne pas attirer ceux de la police. P
Ce qu’a dit Arnault sur sa fin est peut-être la vérité. L’hôtel de Salm ne pouvait, en s’échappant des mains d’un tel drôle, devenir brusquement ce qu’il est encore : une succursale du temple de la gloire. Il lui fallait une purification. Madame de Staël y pourvut en venant y tenir, pendant le Directoire, avec Benjamin Constant, les séances du Cercle constitutionnel.
Les proscriptions de la Révolution l’obligèrent à fuir Paris.
L’hôtel de Salm fut classé bien national sous la Révolution, il devint, le 13 mai 1804, le siège de la Légion d’honneur. Incendié sous la Commune en 1871, il fut reconstruit grâce à une souscription lancée parmi les légionnaires et les médaillés militaires.

Source :
Chroniques et légendes des rues de Paris. Édouard Fournier, 1864

Source photographiques
Anonyme, La construction de l’hôtel de Salm, XVIIIe siècle, Paris, Musée Carnavalet.

Chancellerie de la Légion d'honneur ( Hôtel de Siam )