LIEUX HISTORIQUE

Chapelle et hôpital des Haudriettes (Disparus)

Abbaye Saint-Antoine-des-Champs (Disparue)

Chapelle et hôpital

Adresse : 1 Rue des Haudriettes, 75003 Paris, France

« L’histoire de cet établissement, qui était situé à l’angle oriental formé par la rue des Haudriettes et celle de la Mortellerie, a donné lieu à de vives discussions. Quelques chroniques disent que la chapelle des Haudriettes fut fondée par sainte Geneviève (1); d’autres rapportent son origine au règne de saint-Louis.

Le premier acte dans lequel il en soit fait mention est une charte de Philippe-le-Bel, donnée à Milly, au mois d’avril 1306, par laquelle ce monarque permet à Etienne Haudry (2) de bâtir une chapelle sur la place qu’il a nouvellement acquise à la Grève, tenant d’un long à l’hôpital des pauvres qu’il a fondé. On a fait observer avec raison que l’hôpital devait être fondé depuis peu de temps, puis qu’il n’avait pas encore de chapelle. Cependant, comme nous voyons par la charte de 1306 qu’Étienne Haudry venait d’acheter tout nouvellement un terrain pour la chapelle qu’il voulait construire, il peut se faire que la fondation de la chapelle eût été différée assez long-temps par la seule difficulté de trouver un emplacement propre à sa construction, et l’on pourrait croire avec assez de vraisemblance que l’hôpital des Haudriettes existait plusieurs années avant la chapelle (3).

Etienne Haudry, et Jean Haudry, bourgeois de Paris et valet du roi, fils du fondateur, établirent, en 1309 et en 1327, trois autres chapelle nies dans cet hôpital, à la charge de les conférer alternativement avec l’évêque métropolitain. Sauval, qui a fait de grandes recherches sur cette maison, nous apprend que la chapelle, fondée en 1306, existait encore de son temps, et qu’elle servait de sacristie. « Elle est petite, obscure, mal faite et barbouillée de fort mauvaises peintures, où sont représentés des anges et des saints. On tient, ajoute-t-il, que Guillaume d’Oreillac, évêque de Paris, qui mourut en 1320, y mit la première pierre, la bénit, la dédia et y dit la première messe : à quoi on ajoute foi à cause de quelques méchants vers écrits en lettres gothiques contre la muraille, qui le font savoir. » A l’époque où Dubreuil écrivait, on voyait contre le mur extérieur une inscription constatant la fondation ; enfin, Félibien dit qu’Étienne Haudry et sa femme furent ensevelis dans cette chapelle.

Il est vraisemblable que le nombre des bonnes-femmes de la chapelle d’Etienne Haudry n’était point fixé, il varie à chaque instant. Cet hô pital avait des statuts particuliers, rédigés par Michel de Brache, Michel de Cernai ou de Crenai, Pierre d’Ailly, aumôniers des rois Jean et Charles VI, et qui furent approuvés, en 1414, par le cardinal de Pise, légat du pape. Sauval en a donné un extrait fort détaillé; il croit cependant, et son opinion est très vraisemblable, qu’il y en avait de plus anciens.

L’hôpital des Haudriettes n’était point dans l’origine un couvent ; mais plus tard la maîtresse prit le titre de supérieure et les hospitalières celui de sœurs. Elles étaient donc religieuses, lorsqu’en 1622 le cardinal François de Larochefoucauld, grand-aumônier de France, les transféra dans le couvent des Filles de l’Assomption, rue Saint-Honoré. M. de Larochefoucauld voulait depuis longtemps, dit Sauval, se défaire d’un logis qu’il avait au faubourg Saint-Honoré, et s’ériger en fondateur de monastère aux dépens d’autrui. Il gagna six Haudriettes qui, malgré l’opposition de la communauté, adressèrent au cardinal une requête dans laquelle on lui remontrait « que dans leur hôpital, non seulement elles ne pouvoient observer les statuts qu’il leur avoit donnés, comme étant de trop petite étendue pour des religieuses, et de plus où l’air étoit étouffé, malsain et grossier à cause des vapeurs de la Seine, mais encore parce que tous les hivers, cette rivière venant à grossir, la plupart du temps elle les tenoit assiégées de tous côtés par ses grandes eaux; joint le vacarme continuel du quartier par les querelles et les blasphèmes des bateliers et des crocheteurs; qu’ainsi elles le supplioient de les transférer ailleurs et dans un lieu où elles pussent avoir toutes les commodités nécessaires pour l’établissement et l’observation tant de la clôture que des autres règlements qu’il leur avoit dressés. » Le cardinal feignit d’être contraint par les Haudriettes, et les fit transférer rue Saint-Honoré; mais il paraît que ces religieuses protestèrent longtemps contre les prétentions de M. de Larochefoucauld.

(1) Sauval, t. I, p.598.—Jaillot, t. III, quart. de la Grève, p. 25.

(2) Les anciens écrivains nous fournissent peu de renseignements sur Etienne Haudry. Voici les détails que j’ai pu recueillir. La famille Haudry ou Oudry, jadis grande et célèbre à Paris, suivant Dubreuil, était originaire d’Auxerre. Étienne mourut à Paris en 1319; mais on ne connaît point le rang qu’il occupait dans la société. « J’ai vu des char tes anciennes, dit Sauval, où tantôt il prend la qualité de bourgeois, tantôt celle d’é- chcvin de Paris, tantôt les deux ensemble ; tantôt celle de panetier du roi, et tantôt de secrétaire de saint Louis. Et quoique je n’aie manié aucun titre de ceux où il se soit qualifié secrétaire ou officier de saint Louis, ce sont pourtant les seules qualifications qui lui sont données tant par le peuple que par les Haudriettes. » T. I, p. 599. — Enfin une tradition, au moins suspecte, mais que je crois devoir citer parce qu’elle était populaire, rapporte qu’Étienne Haudry, de retour de la première croisade de saint Louis, étant parti pour le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, et ayant été long-temps sans donner de ses nouvelles, Jeanne la Dalonne, sa femme, qui le crut mort, fit un hôpital de sa maison. Elle s’y renferma avec quelques femmes, et Haudry augmenta plus tard cette fondation. D’autres prétendent qu’il fit bâtir cet hôpital à son retour de Palestine, en reconnaissance du soin particulier que quelques veuves avaient eu de sa femme en son absence. Sauval, Jaillot, loco cit. – Félibien, t. I, p. 563.

(3) Paris sous Philippe-le Bel, p. 381. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : Plan Turgot, 1734-1739, BNF, Gallica.

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