LIEU HISTORIQUE

Collège de Navarre (Disparu)

Moyen Age

Adresse : 32 Rue de la Montagne Sainte Geneviève, 75005 Paris, France

« Le collège de Navarre ou de Champagne, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, doit son origine à Jeanne, reine de Navarre, comtesse palatine de Champagne, femme de Philippe-le-Bel. Cette princesse, dans son testament en 1304, avait destiné à cette fondation son hôtel de Navarre, situé rue Saint-André-des-Arcs, et une rente de deux mille livres pour l’entretien des écoliers. L’évêque de Meaux et l’abbé de de Saint-Denis, exécuteurs testamentaires de la reine, ayant jugé qu’il était plus avantageux de vendre l’hôtel de Navarre pour avoir un emplacement plus commode, achetèrent des maisons et jardins situés sur la montagne Sainte-Geneviève où ils établirent le collège de Navarre. La première pierre de la chapelle fut posée le 2 avril 1309, et six ans après les autres bâtiments furent en état de recevoir les maîtres et les écoliers. La reine Jeanne avait fondé d’abord ce collège pour soixante-dix écoliers pauvres; depuis les bourses furent réduites à trente. En 1635, M. Fayet, curé de Saint-Paul, en fonda six autres pour les enfants de chœur de sa paroisse. On ne recevait d’abord dans le collège que des élèves pensionnaires, « de peur, dit Dubreuil, que la fréquentation des allants et venants, dits martinets et galoches, n’altérât en quel que sorte leur discipline; » mais dès 1404 on admit des externes à partager les leçons avec les boursiers et les pensionnaires.

« Le roi est le premier boursier de ce collège, dit Coquille dans son » Histoire du Nivernais, et le revenu de sa bourse est affecté à l’achat » des verges pour la discipline scolastique. » On lit à ce sujet dans les registres du parlement, aux 25 et 27 janvier 1576, un fait qui montre combien on abusait alors des fustigations « Un écolier, nommé Denis le-Bègue, avait été si extrêmement et si cruellement fouetté et battu par Julien Pelletier, sous-maître des artiens, qu’à le voir il faisait horreur.» Pelletier fut condamné par le parlement à s’abstenir pendant un an entier de la sous-maîtrise, et à garder la prison jusqu’à ce qu’il eût payé soixante livres de dommages à l’écolier.

En 1418, les Bourguignons étant entrés à Paris après la trahison de Perrinet-le-Clerc , commirent de grands ravages. « Ils s’en allèrent en grand tumulte, dit Juvénal des Ursins, au collège de Navarre, et là pillèrent et dérobèrent ce qu’ils trouvèrent, excepté la librairie (la bibliothèque). » Rétabli par Louis XI en 1464, le collège obtint un accroissement de privilèges, de revenus et de territoire. Jusqu’en 1604, le confesseur du roi fut supérieur-né du collège de Navarre, comme l’avait ordonné Philippe-le-Long ; mais depuis cette année, ce fut le grand-aumônier de France.

Le collège de Navarre avait l’enseignement le plus complet de tous les établissements de l’Université. On y faisait dès le principe des cours de théologie, de philosophie et d’humanités. Il avait une société de docteurs comme la Sorbonne, et Louis XIII réunit au collège de Navarre ceux de Boncourt et de Tournai, pour que leurs bâtiments servis sent de logement à ces docteurs. Le cardinal de Richelieu qui y avait fait ses études, y fonda une chaire de controverse. En 1660, Louis XIV y créa des chaires de théologie morale et de cas de conscience. En 1753, Louis XV y établit une chaire de physique expérimentale. C’était au tant pour ces considérations qu’à cause de « l’assiette bien aérée de ce collège, pour la netteté en laquelle on l’entretient, et pour l’esgard de Sa royale fondation, » que les rois, les princes du sang et les plus grands seigneurs du royaume y mettaient autrefois leurs enfants en pension, ce qui le fait appeler par Mézeray, l’École de la noblesse française, l’honneur de l’Université. Louis de Bourbon, fils de François de Bourbon, comte de Vendôme, qui y fut mis en pension pour faire son cours de belles-lettres et de philosophie, s’y fit remarquer par son intelligence et ses rapides progrès. Henri III étant duc d’Anjou, et Henri IV , avant d’être roi de France, y furent ensemble pensionnaires. Charles IX y vint voir les deux princes en 1568 , le duc de Guise y était aussi. En 1491, Charles VIII y était venu assister aux actes de vespérie de Louis Pinelle et de Jean Charon, qui se firent dans l’église, le roi et la cour étant au jubé; la faculté, les prélats et le parlement dans la nef.

Du collège de Navarre sortirent un grand nombre d’élèves qui se sont distingués dans les sciences et dans l’Église : on remarque surtout Nicolas Oresme, grand-maître de ce collège, depuis précepteur de Charles V ; le célèbre cardinal d’Ailly et le cardinal Gilles Deschamps, qui professèrent la théologie; Jean Gerson, chancelier de l’Université et grand-maître de ce collège ; Louis Lasseré, proviseur du collège, auteur de plusieurs ouvrages, qui assista avec les grands de l’État aux conseils tenus pendant la captivité de François I »; le célèbre Ramus; Jean de Launoy, le dénicheur de saints, qui a laissé une histoire de ce collège; César Egasse du Boulay, professeur de rhétorique au collège de Navarre, auteur de la grande Histoire de l’Université de Paris; enfin Richelieu et Bossuet.

De tous les collèges de Paris, celui de Navarre avait l’emplacement le plus vaste, depuis que Louis XIII y avait réuni, comme on l’a vu, les collèges voisins de Boncourt et de Tournai.—La bibliothèque fondée par la reine Jeanne, successivement augmentée par diverses donations, et notamment par l’acquisition faite en 1637 de la bibliothèque du savant Peiresc, était riche en manuscrits et en anciennes éditions. Dubreuil parle ainsi du trésor et des archives de l’établissement « : Il faut remarquer qu’il y a un grand coffre ou thrésor appelé la capse, où il y a trois diverses serrures et trois diverses clefs, dont l’une appartient au grand-maistre, l’autre au proviseur, et la troisième au principal des artiens. C’est le lieu où se met le résidu de l’argent. Il y a aussi deux autres grands coffres, où se gardent soigneusement les chartres des fondations et privilèges de l’Université de Paris. » — Sur le portail du collège se voyaient les statues de Jeanne de Navarre qui l’avait fondé, et du roi Philippe-le-Bel, son mari.

La ville ayant permis au collège de Navarre de détourner une partie des eaux de Rongis, le prévôt des marchands, les échevins, le greffier de la ville et leur suite se rendirent le 27 janvier 1625, à la requête du proviseur, pour poser la première pierre de la fontaine qu’on éleva à cet effet dans une cour, à côté de la chapelle. Le maître des œuvres de la ville présenta au prévôt une truelle et un marteau d’argent dont il se servit pour poser une pierre. Les échevins et le greffier firent ensuite comme lui.

La chapelle, commencée en 1309, fut dédiée en 1373 sous le nom de Saint-Louis. Son portail était décoré des statues « peintes et enrichies d’or et d’azur, » de ce prince, de Philippe-le-Bel et de Jeanne de Navarre. Sous chaque statue était une inscription en l’honneur du personnage qu’elle représentait. On voyait dans le chœur un grand candélabre, à sept branches sur chaque face, d’environ dix pieds de haut, qui servait de lutrin.

Au milieu du chœur, sous la lampe, était inhumé le célèbre Nicolas Clémengis, natif de Clamanges, diocèse de Châlons, proviseur de ce collège, dont l’épitaphe rappelait, par un jeu de mots, que celui qui avait été le flambeau (la lampe) de l’église, reposait aujourd’hui sous la lampe : Qui lampas fuit ecclesiae, sub lampade jacet.

Dans la nef était la tombe de Jean Texier ou Taxier de Ravisi, habile humaniste. Né vers 1480 à Saint-Saulge dans le Nivernais, il acheva ses études sous Jean Baluacus, son compatriote, recteur du collège de Navarre, et obtint la chaire de rhétorique dans le même établissement; il perfectionna dans cette école, alors la plus célèbre de Paris, l’enseignement des humanités, et composa plusieurs ouvrages qui furent adoptés dans la plupart des collèges de France, d’Allemagne et d’Italie. Un tableau de cette chapelle représentait le cardinal d’Ailly, l’une des gloires de l’Université de Paris. Une longue inscription, placée aussi dans la nef, contenait un éloge de Jeanne de Navarre.

Les bâtiments du collège de Navarre ont été presque entièrement démolis. Leur emplacement est occupé par l’École Polytechnique. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

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