LIEUX HISTORIQUE

Collège et séminaire des Écossais

Collège

« Le collège des Écossais, établi d’abord rue des Amandiers, fut ensuite transféré dans la rue des Fossés-Saint Victor, aux numéros actuels, 25 et 27. Cet établissement reconnaît deux fondateurs, David, évêque de Murray, en Écosse, et Jacques de Beatown ou Bethown, archevêque de Glascow, ambassadeur d’Écosse en France. Le premier consacra, en 1323, une somme pour assurer la subsistance de quatre pauvres écoliers de sa nation, dont un théologien et trois artiens, qui furent placés d’abord dans le collège du cardinal Lemoine. Adam Heret, trésorier de l’église de Murray, et chargé de sa procuration, acheta pour cette fondation une maison située à Crisy, près de Brie-comte-Robert, cent vingt arpens de terre labourables et douze à quinze arpents de prés dans le même lieu. L’acte de cette acquisition, en date du 18 février 1325, porte qu’elle est faite pour le perpétuel vivre desdits pauvres écoliers dudit évêché de Moreve (Murray), institués et à instituer. Cette acquisition fut amortie par lettres de Charles-le-Bel au mois d’août 1326. Le collège du cardinal Lemoine, dans lequel avaient été placés les quatre boursiers de l’évêque de Murray, jouissait conséquemment de la dotation des écoliers; mais en 1333, il se démit de cette possession et de tous ses droits entre les mains de Jean, successeur de David à l’évêché de Murray, et les écoliers écossais furent placés dans la rue des Amandiers, où l’on acheta pour eux une maison qui porta le nom de collège des Écossais.

Par suite du schisme de l’Angleterre, qui gagna bientôt l’Écosse, où l’exercice public de la religion catholique ne fut plus permis, on vit arriver en France beaucoup de jeunes Écossais que les événements contraignaient à quitter leur patrie. Dans l’étude seule ils pouvaient s’assurer des ressources pour l’avenir. C’est alors que Jacques de Beatown, qu’on doit regarder comme leur second fondateur, intéressa Marie Stuart en leur faveur. Cette infortunée princesse leur fit des pensions; sa captivité même n’interrompit pas ses bienfaits; et dans son testament, qu’elle écrivit le 7 février 1587, veille de sa mort, parmi les amis fidèles auxquels elle veut laisser un souvenir, selon son peu de moyen, figurent ces escoliers, auxquels elle lègue 2 000 francs.

Cependant Bealown voulant former des ecclésiastiques capables de soutenir et de défendre la foi catholique expirante en Écosse, et conserver cette religion intacte dans le cœur des jeunes Écossais réfugiés, légua à sa mort, arrivée en 1603, tous ses biens à cet établissement, et par son testament, institua les prieurs des Chartreux directeurs et administrateurs perpétuels de cette fondation; cette disposition fut remplie jusqu’au dernier moment. Depuis l’année 1692, époque de la mort du dernier évêque de Murray, les quatre boursiers étaient à la nomination de l’évêque de Paris, qui les donnait presque toujours à des prêtres écossais qui avaient terminé leurs études. M. de Gondi, archevêque de Paris, dans des vues d’utilité, résolut de réunir le collège et la congrégation; il réduisit donc les quatre boursiers à deux et les unit à la communauté de l’archevêque de Glascow, par décret du 29 août 1639. Enfin, en 1662, Robert Bardeux, principal de ce collège, acheta un emplacement sur les fossés Saint-Victor, où il fit construire l’édifice connu aujourd’hui sous la dénomination de collège des Écossais; il fut achevé en 1665; la chapelle, terminée seulement en 1672, fut placée sous l’invocation de saint André, patron de 1 Écosse.

On plaça plus lard dans cette chapelle un monument en marbre, surmonté d’une urne de bronze doré, dans laquelle on avait déposé la cervelle de Jacques II, roi d’Angleterre, mort à Saint-Germain-en-Laye en 1701. Ce monument, exécuté par Louis Garnier, était dû au zèle du duc de Perth, gouverneur de Jacques III, qui le fit ériger à ses frais. Il était accompagné d’une touchante épitaphe dont voici la traduction :
« Au Dieu très bon, très grand de Jacques II, roi de la Grande-Bretagne, etc., illustre par plusieurs victoires sur terre et sur mer, mais plus illustre encore par la foi qu’il eut toujours en Dieu et à laquelle il sacrifia son royaume, ses richesses et toutes les félicités d’une vie florissante. Chassé de son trône par un grand crime, par l’impiété d’Absalon, la perfidie d’Achitophel, il triompha de ses ennemis par sa douceur et sa tolérance inaltérable. Supérieur aux événements, plus grand que les revers, animé du désir de la gloire immortelle, il changea avec joie un royaume terrestre pour le royaume des cieux. Cette maison, que ce prince pieux soutint quand elle languissait, pour l’amour de son pays, et à laquelle il a confié toutes les œuvres de son esprit, écrites de sa main, a reçu le précieux dépôt de cette partie du corps où siège toute la vigueur de l’esprit. Il vécut soixante-huit ans, et mourut aux calendes d’octobre (le 16 septembre) de l’an du salut du monde 1701. Jacques, duc de Perth, gouverneur de Jacques III, bienfaiteur de cette maison, a élevé ce monument dans la tristesse et dans l’affliction. »

L’établissement n’ayant pas été fondé uniquement pour des étudiants, mais aussi pour former des missionnaires destinés à prêcher en Écosse, a porté également la dénomination de collège et de séminaire. C’est pour ce motif peut-être que, quoique dépendant de l’Université, il ne fut pas supprimé en 1763 comme tant d’autres, et réuni au collège de Louis-le-Grand, siège de l’Université. Les lettres patentes du 15 décembre 1688, enregistrées au mois de juillet suivant, considèrent l’établissement sous le double rapport de collège et de séminaire. Le roi déclarait dans ces lettres « qu’il servirait tant pour former des ecclésiastiques missionnaires à envoyer au royaume d’Écosse, que pour l’éducation de la jeunesse du même pays; que le collège des Écossais demeurerait toujours uni à l’Université; que le prieur des Chartreux en serait à perpétuité seul supérieur; que le principal et le procureur seraient Écossais de nation, mais qu’ils seraient réputés vrais et naturels sujets du roi, et que les boursiers et écoliers seraient tous pareillement nés Écossais. »

Le collège fut supprimé en 1790 ainsi que tous les autres établissements écossais ou irlandais. Après avoir servi de prison pendant la révolution, il fut réuni par les arrêtés du 19 fructidor an IX (6 septembre 1801), 24 vendémiaire et 3 messidor an XI (16 octobre 1802, 11 juin 1803), et 24 floréal an XIII ( 14 mai 1805), à la maison des Irlandais. Un décret impérial du 11 décembre 1808 le plaça sous la surveillance,de l’Université, et la maison fut alors occupée par une institution. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

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