LIEUX HISTORIQUE

Collège Montaigu (Disparu)

Collège

Adresse : 12 Rue Valette, 75005 Paris, France

(Emplacement approximatif)

« L’établissement de ce collège est dû à Giles Aycelin, archevêque de Rouen, garde des sceaux de France. Ce prélat, de la maison d’Auvergne des Aycelins, plus connue sous le nom de Montaigu, propriétaire de plusieurs maisons dans les rues des Sept-Voies et Saint-Symphorien, chargea, par son testament du 13 décembre 1314, Albert Aycelin, évêque de Clermont, son héritier, « d’entretenir dans ces maisons autant de pauvres écoliers » qu’autant de fois, dans la somme du produit annuel de ces maisons, » se trouverait une de dix livres, ou bien qu’il les vendroit et appliqueroit le revenu du prix auxdits écoliers, à raison de dix livres par an à chacun d’eux. Ainsi l’entretien d’un écolier pendant un an n’était évalué qu’à dix francs. Le collège fut fondé et nommé le collège des Aycelins. L’évêque de Clermont le surveilla, le soutint jusqu’à sa mort ; mais à cette époque (1328), Giles et Pierre Aycelin, ses frères, à qui revenait le droit de le diriger, n’ayant pu lui donner leurs soins, Pierre étant entré dans l’ordre de Saint-Benoît, et Giles se trouvant employé dans des négociations importantes, le collège demeura près de quarante ans privé de chef et de protecteur, et comme abandonné. Les biens étaient dissipés, les bâtiments tombaient en ruine, lorsque, en 1387, Pierre Aycelin, neveu de Giles, qui de prieur de Saint-Martin des-Champs était devenu successivement évêque de Nevers, de Laon, cardinal et ministre d’État, rétablit cette institution, et y ajouta six bourses pour deux prêtres et pour quatre clercs étudiants en droit canon ou en théologie. Louis de Montaigu, chevalier de Listenois, prétendit que les maisons que ses parents avaient données lui appartenaient, « mais enfin, pour avoir part à la bonne œuvre de la fondation, » il confirma le don en 1392, se réservant seulement une maison et son jardin dans la rue des Sept-Voies, à condition que le collège s’appellerait dorénavant collège de Montaigu, que les armes de sa famille seraient placées sur la porte principale, et que les boursiers, suivant l’intention de Pierre Aycelin, seraient pris de préférence dans le diocèse de Clermont.

Les statuts, qui ne furent dressés qu’en 1402, soumirent le collège à l’autorité du chapitre de Notre-Dame et de l’un des descendants du fondateur. Mais soit par le défaut de surveillants, soit par la modicité des revenus qui ne permettait pas de faire les réparations, les bâtiments, vers la fin du XVe siècle, menaçaient ruine, et l’on comprend dans quel déplorable état devaient être par suite les études. Le collège de Montaigu était réduit, en 1485, à un tel état de misère, qu’il lui restait à peine onze sous de rente. Le chapitre de Notre-Dame, pour relever cette institution si près de sa ruine, en donna la direction au célèbre Jean Standonc, alors maître ès-arts et régent de la Faculté de théologie. Standonc parvint à réformer et à réorganiser cet établissement dont il peut être considéré comme le second fondateur. En 1494, l’amiral de Graville et le vicomte de Rochechouart ſirent restaurer les bâti ments, construisirent une chapelle, et fondèrent les pensions de deux prêtres chapelains et de douze boursiers. Jean Standonc établit alors à Montaigu une société d’ecclésiastiques pour instruire la jeunesse, et remplir toutes les fonctions de leur ministère. Ces boursiers constituaient un corps séparé de ceux qui formaient le collège; ils étaient sous la direction de deux chapelains, et le maître du collège avait seulement le droit de les punir quand il les trouvait en faute ; car Jean Standonc n’avait créé cette communauté que pour les pauvres; et les règlements qu’il fit annoncent bien l’extrême pauvreté et la vie austère de ceux qui en faisaient partie. Dans les commencements, ils allaient aux Chartreux recevoir avec les indigents le pain que l’on distribuait à la porte du monastère. Dans la suite, le collège leur donna chaque matin un morceau de pain : c’était tout leur déjeuner. Ils ne goûtaient pas. Leur principal repas était ainsi composé : pour premier plat ou pour entrée , la trentième partie d’une livre de beurre; ensuite une soupe aux légumes, sans graisse ; un demi hareng ou un œuf aux jeunes écoliers, un hareng entier ou deux œufs aux théologiens , et pour dessert un peu de fromage ou quelques fruits. Les prêtres seuls pouvaient boire un peu de vin ; une pinte était partagée entre trois, et on ne pouvait le boire pur : chacun devait ajouter en sus à sa portion au moins le quart en eau. Le jeûne était observé, indépendamment du Carême, pendant l’Avent et tous les vendredis. Les écoliers servaient tour à tour, pendant une semaine, à la cuisine et au réfectoire. Quant à leur costume, il consistait en un camail et une cape, ce qui les avait fait appeler les pauvres capettes de Montaigu ; les prêtres et les théologiens portaient des habits noirs, les autres gris et d’une étoffe qui ne devait dépasser le prix de 20 sous de Paris l’aune. Ces pauvres écoliers avaient pour eux une chapelle haute ; mais ils pouvaient descendre dans l’oratoire qui était au bas, et où on célébrait les offices pour les riches, c’est-à-dire pour les pensionnaires.

L’extrême rigidité du règlement auquel étaient soumis les écoliers pauvres de Montaigu influa sur le traitement des autres; car de tout temps les écoliers de Montaigu ont passé dans l’Université pour les plus malheureux, et encore, avant la révolution, ce collège avait le surnom dérisoire de collège des Haricots. Au XVIe siècle, Erasme, y ayant demeuré quelque temps, tomba malade par l’effet de l’insalubrité du loge ment et de la nourriture. La vermine était appelée l’épervier de Montaigu, et Rabelais met ces paroles dans la bouche de Pornocrates : « Ne pensez pas que j’ai mis mon fils au collège de Pouillerie qu’on nomme Montagut ; mieux l’eusse voulu mettre entre les guénaux des Saints Innocents, pour l’énorme cruauté et vilennie que j’y ai congnue ; car trop (beaucoup) mieux sont traités les forcés (forçats) entre les Maures et les Tartares, les meurtriers en la maison criminelle, voire certes les chiens en vostre maison , que ne sont ces malotrus audit collège ; et si j’étois roi de Paris, le diable m’emporte si je ne mettois le feu dedans, et ferois brûler et principal et régent qui endurent cette inhumanité devant leurs yeux être exercée. » Et ailleurs, à propos d’Antoine Tempeste, l’un des successeurs de Standonc, renommé pour sa brutale sévérité : « Ce Tempeste , dit-il, fut ung grand fouetteur d’escholiers au collège de Montagut. Si par fouetter pauvres petits enfants, escholiers innocents , les pédagogues sont damnés, il est, sur mon honneur, en la roue d’Ixion, fouettant le chien courtaut qui l’esbranle. » Le traitement des écoliers de Montaigu ne fut amélioré qu’en 1683 et en 1744. A cette dernière époque, par arrêt du parlement, les boursiers furent dispensés de certaines veilles pour les offices, et obtinrent de faire gras à dîner, et de goûter.

Il semble que d’après les nombreuses donations qui , à partir du XVe siècle, ont été faites au collège de Montaigu, les écoliers eussent dû avoir un meilleur entretien ; mais sans doute une grande partie des revenus fut dilapidée ou perdue par l’incurie des administrateurs. Parmi ses bienfaiteurs , on remarque le seigneur de la Roche-Canard ( sur les confins du Poitou et du Limousin ) ; Jeanne de Mailly, dame de Catheu ; David Craunston, Écossais, qui avait été du nombre des pauvres écoliers, et régent des riches; Jean Stuart, régent de Montaigu et président des enfants riches; plusieurs chanoines de Paris qui donnèrent des terres, des maisons ou des rentes pour la fondation de nouvelles bourses. En 1510, le célèbre imprimeur Ulric Géring laissa une partie de sa fortune au collège de Montaigu, qui acheta la terre d’Anet-sur-Marne et les petits hôtels du collège de Vézelai et du mont Saint Michel.

Il faut reconnaître toutefois que les rigueurs extrêmes de la discipline de Montaigu ne paraissent pas avoir nui aux progrès des études littéraires. Plusieurs auteurs rapportent un fait qui montre qu’à une époque où la connaissance de la langue grecque était peu répandue, cette langue était cultivée avec succès à Montaigu; en 1619, on soutint dans ce collège trois thèses publiques de philosophie rédigées en grec, et les attaques comme les répliques des soustenants et des assaillants furent toutes faites en langue grecque.

Ce collège ne fut point comme tant d’autres petits établissements semblables, réuni à Louis-le-Grand en 1765 ; il se maintint de plein exercice jusqu’en 1792 qu’il fut supprimé. Ses bâtiments, consacrés d’abord à un hôpital, changés aujourd’hui en une prison et une école lancastérienne , doivent être abattus en grande partie, dans le projet de dégagement des environs du Panthéon et de l’église Saint-Etienne-du-Mont. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : n°1 : Restes du collège de Montaigu à l’angle de la rue des Sept-Voies et de la place du Panthéon, vers 1850.
n°2 : Plan Turgot, 1734-1739, Gallica.

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