LIEU HISTORIQUE

Couvent des Cordelières (Vestiges)

Moyen Âge

Adresse : 54 Rue Pascal, 75013 Paris, France

« La communauté des Cordelière de Saint-Marcel, dites les Grandes-Cordelières, rue de l’Ourcine. n° 95, quartier Saint-Marcel, fut établie vers 1284 par Marguerite de Provence, veuve de saint-Louis, dans une maison «de messire Pierre Galien de Pise (de Poix, de Pisis), aumônier de la reyne de France, consistant en trois manoirs et leurs dépendances, sises vers l’extrémité du faubourg Saint- Marcel, joignant » le chasteau ou maison royale bastie du temps de saint-Louis, où demeuroit ordinairement ladite reyne.

Marguerite de Provence, qui avait fait construire cette maison du vivant du roi saint-Louis, son mari, la donna en 1294 aux Cordelières, en s’en réservant la jouissance, et la laissant après elle, pour toute sa vie, à sa fille Blanche, veuve de Ferdinand de la Cerda, roi de Castille. Les titres de ces donations, et ceux d’autres avantages accordés par les rois, aux XIIIe et XIVe siècles, aux religieuses Cordelières, se trouvent dans l’histoire manuscrite de Tillemont. Dans les chartes françaises, la communauté est appelée : Couvent des Cordelières de l’esglise de Sainte-Claire à l’Ourcine-lèz-Saint-Marcel, prés de Paris, couvent des sereurs Meneures (sœurs Mineures) de Sainte-Claire de l’Ourcine-lez- Paris, etc. »

Les religieuses d’un couvent de Cordelières que le comte Thibaut de Champagne, roi de Navarre, avait fondé à Troyes en 1270, furent transférées dans l’abbaye établie à Paris par Pierre Galien de Pise et la reine Marguerite, qu’elles habitèrent les premières. Aussi les Grandes-Cordelières reconnaissaient-elles, comme leurs fondateurs et leurs principaux bienfaiteurs, Thibaut, Marguerite et Galien. Elles joignaient à ces noms dans leurs prières ceux de Gisle, leur première abbesse à Troyes, et de Blanche, fille de saint-Louis, qui leur légua quelques biens.

Cette princesse, après la mort de sa mère, fit construire l’un des dortoirs et l’église du couvent « aux principales vitres de laquelle elle se voit dépeinte en posture de priante, comme tenant en ses mains une figure d’église qu’elle présente à Dieu , où sont aussi figurées , et mesme aux lambris, ses armoiries avec celles de son dit mary, en un même escusson. » Blanche, d’après la tradition conservée chez les religieuses cordelières, avait passé la fin de ses jours dans leur couvent, mais aucun historien contemporain ne confirme ce fait. Son corps fut inhumé chez les Grands-Cordeliers de Paris.

L’histoire du couvent des Cordelières n’offre rien de bien remarquable. Situé en dehors de la ville, le monastère fut souvent troublé par les événements politiques. Après la prise du roi Jean, les religieuses furent obligées de se réfugier dans l’intérieur de Paris. Le 17 juillet 1590, les troupes d’Henri IV s’étant renfermées dans l’abbaye, y commirent de grands ravages. L’église, consacrée sous l’invocation de Saint-Étienne et de sainte Agnès, fut restaurée vers 1630; on rehaussa alors le pavé pour la rendre moins humide, on revêtit ses murs de menuiseries « et on éleva un fort beau grand autel jusqu’au lambris avec des enrichissements convenables à la magnificence de sa structure. » Les religieuses furent encore forcées d’abandonner leur maison, en 1652, pendant les troubles de la Ligue, mais elles y rentrèrent la même année. La communauté, régie d’abord par des abbesses perpétuelles, n’eut, à partir de 1629, d’après le règlement d’un chapitre provincial tenu à Saint-Quentin, que des abbesses triennales; et son titre d’abbaye ayant été supprimé en 1674, il n’y eut dès lors que des prieures. Elle observait la règle des Cordelières de Longchamp; les religieuses étaient appelées Filles de Sainte-Claire de la Pauvreté-Notre-Dame ou Religieuses de Sainte-Claire et de Saint-François ; elles étaient Urbanistes. Les Petites-Cordelières de la rue de Grenelle, détachées en 1632 de leur couvent, leur furent réunies en 1749, après la suppression de leur maison.

La notice imprimée en 1652 donne quelques détails assez intéressants sur l’état du couvent à cette époque. « La maison des Cordelières, dit-elle, est appelée de Saint-Marcel, à cause du faubourg de Paris ainsi nommé, à l’extrémité duquel il est agréablement situé, dans un vallon environné de beaux et spacieux jardinages, vergers, petits bois, prez, estang, et arrousez par un ruisseau, multiplié ( non- obstant sa petitesse) en plusieurs canaux : le tout consistant en vingt-cinq arpents de terre ou environ, et fort bien enclos de doubles murailles, dont les unes font la clôture de ce qui est de l’intérieur du monastère, et les autres de ce que dessus, tant pour ses usages que de ses officiers. »

L’église était fort simple. Le cloître, composé d’une suite d’arcades d’un gothique léger et très élégant, méritait plus d’attention. Il avait été construit par la princesse Blanche dont on voyait les armes gravées en plusieurs endroits. A l’extrémité du grand dortoir du monastère, était une chapelle, la même, à ce que l’on croyait, où saint-Louis venait entendre chaque jour la messe quand il demeurait en ces lieux. La sacristie renfermait un assez grand nombre de reliquaires très riches, revêtus d’or, d’argent, de rubis, d’émeraudes, de diamants. On y conservait également « le petit habit gris que saint-Louis, roy de France ( comme il étoit du tiers ordre de Saint-François), portoit ordinairement sous ses habits royaux, et son manteau royal fait d’une belle panne, tout parsemé de fleurs de lys d’or en broderie, toutes bordées de petites fines perles. » Au commencement du XVIIe siècle, on fit de ce manteau plusieurs ornements d’église : une chasuble et deux tuniques qui servaient seulement le jour de la fête de saint-Louis. Dans les archives du monastère, on gardait des bulles et chartes de Nicolas IV, Honorius IV, Clément V, Pie II, saint-Louis, Philippe-le-Hardi, Philippe- le-Bel, Philippe-le-Long et autres rois et papes, qui exemptaient le monastère de la juridiction de l’évêque et lui accordaient divers privilèges.

Le couvent des Grandes-Cordelières, aujourd’hui entièrement détruit, a été remplacé par des établissements industriels. La rue Pascal a été ouverte sur le terrain qu’il occupait. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : LPLT

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