LIEUX HISTORIQUE

Couvent des Dames de l’Assomption (Disparu)

Couvent

« J’ai parlé de l’événement qui amena la suppression de l’hôpital des Haudriettes, et la translation des veuves qui l’habitaient dans une maison fondée en 1622 dans la rue Saint-Honoré, sous le nom de couvent des Filles de l’Assomption : voici le lieu de poursuivre ce récit.

Depuis le commencement du XIVe siècle, « les douze pauvres femmes veuves s’occupant d’œuvres de piété, » aussi nommées les Bonnes-Femmes d’Etienne Haudry, vivaient dans leur maison du quartier de la Grève, mais, à ce qu’il paraît, d’une manière assez peu édifiante, vers la fin surtout. On racontait que « le démon s’était introduit chez plusieurs des bonnes-femmes, et possédait particulièrement Marthe Brossier l’une d’entre elles. »

Le 3 février 1622, les jésuites vendirent aux Haudriettes une maison située à l’angle de la rue Saint-Honoré et de la rue Neuve-du-Luxembourg, et qu’ils avaient achetée, dix-sept ans auparavant, du cardinal François de La Rochefoucauld. Le cardinal, auquel sa qualité de grand aumônier de France donnait le pouvoir de réformer les Haudriettes, et qui avait résolu de le faire, supprima six mois après cette congrégation hospitalière, et fit servir l’établissement de la rue Saint-Honoré à une institution nouvelle qu’il fonda sous le nom de couvent des religieuses de l’Assomption. Il avait même déjà cédé à ces dernières une partie de l’emplacement d’un hôtel contigu qu’il habitait. Le couvent de l’Assomption fut soumis à la juridiction du grand-aumônier de France et reçut la règle de saint Augustin.

Sur quarante religieuses qui se trouvaient à cette époque dans l’hôpital des Haudriettes, six seulement avaient secondé les vues du cardinal et favorisé la suppression de la communauté. Le 20 juillet 1622, elles lui avaient présenté une requête le suppliant d’ordonner leur translation dans un autre lieu où elles pussent rigoureusement observer les règlements de l’église. Le prélat vint dès le lendemain visiter l’hôpital, constata la justesse de leurs réclamations, et chargea Berger, conseiller au parlement, et d’Hinselin, correcteur en la chambre des comptes, de chercher pour les Haudriettes un autre logement. C’est alors que peu de jours après il fut déclaré comme résultat des recherches des deux commissaires, que nul endroit ne convenait mieux que l hôtel où le cardinal avait assis les premiers fondements du couvent de l’Assomption.

Le 4 septembre, il fut enjoint aux deux mêmes officiers de faire conduire au plus tôt les Haudriettes à l’Assomption. Deux jours après, le 6, Berger et Hinselin vinrent, assistés de quelques dames de haut rang et de haute piété, procéder à la translation. Quinze Haudriettes furent, ce jour-là, enlevées de leur couvent, et transportées dans celui de la rue Saint-Honoré.

« Le 20 novembre suivant, une sentence du cardinal de La Rochefoucauld autorisa cette translation, supprima l’hôpital d’Étienne Haudri, et en attribua les revenus au couvent de l’Assomption. Le pape Grégoire XV et le roi approuvèrent la suppression de cet hôpital et la mutation des Haudriettes; mais celles de ces religieuses qui n’avaient pas voulu être transférées au couvent de l’Assomption avec leurs co-recluses formèrent un pourvoi au grand-conseil, et firent opposition à l’enregistrement des bulles du pape et des lettres-patentes du roi. Un arrêt du 13 décembre 1624 intervint, qui ordonna que ces filles se raient réintégrées dans leur hôpital, et seraient rétablies en tous leurs biens et revenus. Le cardinal de La Rochefoucauld eut le crédit de faire évoquer l’affaire au conseil privé, lequel fit défense aux Haudriettes de se prévaloir du jugement qu’elles avaient obtenu, et cassa, le 11 juillet 1625, l’arrêt du grand-conseil du 13 décembre 1624. A peine le cardinal fut-il mort, que les Haudriettes firent intervenir Adam Haudri, l’un des descendants de leur fondateur, et adressèrent requête au parlement, le 16 juin 1645 : « Suppliant la cour d’empêcher que la mémoire et les monuments de la charité de leur fondateur fussent abolis, et de vouloir bien rétablir dans son hôpital les veuvesqu’il y avait fondées. » Le 16 mars 1646, elles présentèrent une requête au grand-conseil, pour l’engager à maintenir son arrêt du 13 décembre 1624, et de leur faire rendre leur hôpital et leurs biens. En 1649, elles firent intervenir le cardinal Alphonse du Plessis, grand-aumônier de France, et elles obtinrent, le 9 août 1651, un arrêt qui con damnait les Filles de l’Assomption à rapporter les titres et papiers qui leur constituaient les biens et revenus de l’hôpital des Haudriettes. Les religieuses de l’Assomption formèrent pourvoi par requête civile, et obtinrent des lettres-patentes du roi qui portaient approbation de leur conduite, et autorisaient les actes du feu cardinal de La Rochefoucauld. Survint un arrêt du 11 décembre qui appointa les parties; enfin, le 15 du mois de juin 1659, les administrateurs de l’hôpital général étant intervenus au procès, démontrèrent que le roi leur avait accordé, par lettres du mois de décembre 1657, toutes les maisons, revenus, hôpitaux, et tous les autres biens des pauvres de la prévôté de Paris, soit usurpés, délaissés ou détournés pour un usage autre que pour celui déterminé par leur fondateur. Les administrateurs de l’hôpital général durent céder devant le crédit des Filles de l’Assomption, et ils se laissèrent dé bouter de leur demande.»

Jusqu’en 1670 les religieuses de l’Assomption n’eurent qu’une petite chapelle. S’y trouvant trop à l’étroit, elles achetèrent alors un hôtel voisin sur l’emplacement duquel elles firent construire l’église que nous voyons encore aujourd’hui. Cet édifice fut achevé en 1676; le 14 août de cette année, la veille de l’Assomption de la Vierge, l’église fut bénite par l’archevêque de Bourges qui, le lendemain, y dit la première messe et officia pontificalement.

Ce monument est l’ouvrage de Charles Erard, alors directeur de l’Académie royale de peinture, et mort en 1689 directeur de l’école de Rome. Il est de forme ronde, et consiste en un dôme décoré de quatre arcs, entre lesquels sont des pilastres corinthiens accouplés qui soutiennent un grand entablement La circonférence de la calotte sphérique qui surmonte le dôme est d’environ soixante mètres dans œuvre. On a surtout reproché à cette église d’être trop élevée pour son diamètre. L’effet résultant de ce vice, qu’exagère encore la nudité du mur, donne à l’intérieur du dôme la désagréable apparence d’un puits profond, et nullement la grâce d’une coupole bien proportionnée. Enfin, si l’on descend à l’examen des détails, on trouve dans le dessin de ce monument bien des fautes graves qui choquent le goût et blessent les règles de l’art. Ce qu’il y a de plus remarquable dans sa construction, c’est la charpente, ou forêt, en bois de châtaignier.

Dans l’intérieur de l’Assomption se voyaient plusieurs bons tableaux : Une Nativité peinte par Houasse; une Passion, par Noël Coypel; une Visitation et une Purification, par Antoine Coypel; un Saint Pierre en prison, par Charles La Fosse; un Mariage de la Vierge, par Bon Boullongne; une Annonciation, par Stella; enfin une Assomption de la Vierge, peinte à fresque sur la voûte, par La Fosse. Parmi quelques peintures modernes qu’on a placées dans cette église depuis qu’elle est de venue paroissiale, on remarque un ouvrage de M. Gautherot où saint Louis est représenté donnant la sépulture à un soldat de son armée.

Les religieuses de l’Assomption furent supprimées par suite du décret sur l’aliénation des biens domaniaux ecclésiastiques, rendu dans la séance de la convention du 19 mars 1790. Avec elles disparut la procession solennelle de l’Assomption, citée dans les annales religieuses à cause de sa magnificence, et célébrée avec dévotion jus qu’en 1789. Le rapporteur du projet d’aliénation était M. de Larochefoucauld, l’un des descendants du cardinal qui fut le fondateur des Filles de l’Assomption. Lorsque les églises furent rendues au culte catholique, en 1795, l’église de l’Assomption reprit sa destination primitive. On ne sait ce qu’elle devint pendant la tourmente révolutionnaire : ce qu’on peut affirmer, c’est que l’église fut transformée en magasin. Les archives du couvent furent aussi brûlées à cette époque.

Napoléon, qui avait placé son patron à la date du 15 août, jour de la fête l’Assomption, décida que cette église serait à l’avenir la paroisse du premier arrondissement de Paris, et la désigna sous le titre d’église impériale (1802).Elle remplaça ainsi l’église de Sainte-Madeleine de la Ville-l’Évêque qu’on avait démolie au commencement de la révolution, et dont elle reçut officiellement le nom.

L’abbé Catelin, qui fut tué à Saint-Firmin dans les septembrisades, était curé de l’Assomption. Parmi ses successeurs on distingue M. Feutrier, qui devint depuis évêque de Beauvais et ministre de l’instruction publique et des cultes. Son cœur est inhumé à côté du maître-autel. A gauche du portail, dans la cour même qui précède l’église, on remarque une chapelle élevée en 1822 et dédiée à saint-Hyacinthe.

Le culte de l’église de l’Assomption sera incessamment transporté à la nouvelle église de la Madelaine presque entièrement terminée aujourd’hui. L’Assomption sera consacrée, dit-on, au culte protestant. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : Plan Turgot, 1734-1739, Gallica.

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