LIEUX HISTORIQUE

Couvent des Théatins ( Disparu )

Couvent

Adresse : 21 Quai Voltaire, 75007 Paris, France

« L’ordre des Théatins, institué en Italie sous le titre de clercs réguliers, vers 1524, par saint Gaëtan, gentilhomme de Vicence, et par Jean-Pierre Caraffe, archevêque de Théate (Chieti), prit la dénomination de Théatins, lorsque l’archevêque de Théate eut été élu pape sous le nom de Paul IV. Le cardinal Mazarin ayant formé le dessein d’introduire cet ordre à Paris, acheta, en 1642, sur le quai Malaquais, une maison où il établit quatre religieux en 1644; mais leur établissement légal n’eut lieu que quatre années après. Ce fut seulement en 1648 que, sur leur requête présentée à Henri de Bourbon, abbé de Saint-Germain, ils obtinrent l’autorisation nécessaire. Le 7 août de la même année, le prieur de l’abbaye bénit leur chapelle, et le roi plaça lui-même la croix sur le portail de la maison, qui, d’après ses ordres, fut nommée Sainte-Anne la royale. Des lettres patentes confirmèrent, en 1653, l’établissement de cette communauté.

Les Théatins partagèrent la disgrâce de Mazarin et le suivirent dans sa fuite; aussi leur laissa-t-il en mourant un magnifique témoignage de sa bienveillance : par son testament il légua à ces religieux une somme de 300 000 livres pour bâtir une église à la place de leur chapelle qui était devenue trop petite. Ils en confièrent l’exécution au père Camille Guarini, qu’ils firent venir exprès d’Italie, où il passait, parmi les religieux de l’ordre, pour un grand architecte. Non seulement Guarini construisit un monument du plus mauvais goût, mais il lui donna des proportions si gigantesques, qu’il fallut en suspendre l’exécution. Cette église avait été commencée en 1662, et le prince de Contien avait posé la première pierre au nom du roi. Ce ne fut qu’en 1714 qu’il fut possible d’en reprendre les travaux, au moyen d’une loterie que le roi accorda. De toute l’ancienne église on ne conserva que la croisée. Le nouvel édifice fut bénit en 1720.

Le portail, sur le quai, fut érigé en 1747 par les libéralités du dauphin, père de Louis XVI, et à la sollicitation de Boyer, évêque de Mirepoix, qui avait été religieux dans cette maison. Les dessins en furent donnés par Desmaisons, architecte, et tout médiocre qu’il était, ce portail passait alors pour un morceau distingué, en le comparant à ce que produisait le goût bizarre de cette époque.

La bibliothèque des Théatins était composée d’environ douze mille volumes.

Cette maison, la seule qu’il y eût en France de cet ordre, a produit plusieurs sujets d’un vrai mérite, et s’est toujours soutenue avec honneur, quoique la règle de son institut défendît, à la fois, à ses membres d’avoir aucune propriété et de demander l’aumône. Ils se contentaient de recevoir ce qu’on leur donnait.

Parmi les hommes dignes de mémoire qui ont porté l’habit de théatin, il faut distinguer le P. Alexis du Buc, controversiste fameux, le P. Quinquet et le P. Boursault, fils de l’auteur comique du même nom, tous deux habiles prédicateurs; enfin, et surtout, le P. François Boyer, devenu successivement évêque de Mirepoix, membre des trois académies, et aumônier de la dauphine.

Parmi les curiosités de l’église des Théatins, on remarquait, derrière l’autel, le Paralytique à la piscine, copie d’un tableau de Restout, qui se voyait à Saint-Martin-des-champs. Dans la chapelle Sainte-Anne, la Visitation, sans nom d’auteur; dans la chapelle située vis-à-vis, Saint-Gaëtan, également sans nom d’auteur; dans le réfectoire, une Cène attribuée au Titien.

Le cœur du cardinal Mazarin avait été inhumé dans l’église des Théatins. On y voyait aussi les tombeaux de plusieurs hommes distingués : de Pompée Varesi, nonce du pape, mort en 1678; de Delorme, médecin célèbre, mort en 1678; d’Edme Boursault, auteur comique, mort en 1701; de Louis d’Aubusson, duc de la Feuillade, mort en 1725; de Frédéric-Jules de la Tour d’Auvergne, connu sous le nom de chevalier de Bouillon et de prince d’Auvergne, mort en 1733. Dans la chapelle de la Vierge on voyait aussi le mausolée du marquis du Terrail, maréchal des camps et armées du roi, exécuté par Broche jeune.
Quelques années après la suppression des couvents, les bâtiments des Théatins furent convertis en salle de spectacle; mais on n’y joua jamais : on y donna des bals et des fêtes, et en octobre 1815, on y établit un café appelé le café des Muses. De 1821 à 1823, ce café et toutes les anciennes dépendances du couvent ont été démolis et remplacés par une maison particulière. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : Plan Turgot, 1734-1739, Gallica.

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