LIEUX HISTORIQUE

Église royale et collégiale de sainte-Opportune (Disparue – Emplacement)

Église

Adresse : 2 Place Sainte-Opportune, 75001 Paris, France

« Les discussions sur l’origine des églises n’ont jamais été plus longues et plus compliquées qu’à l’égard de celle de Sainte -Opportune, église aujourd’hui démolie, et qui se trouvait sur la place appelée de son nom Sainte-Opportune.

Ce qui paraît certain, c’est que la chapelle de Sainte-Opportune, comme celles de Saint-Leufroy et de Saint-Magloire, fut fondée ou reconstruite après que la tranquillité fut rétablie dans les pays ravagés par les Normands.

Hildebrand, ou Hidebert, évêque de Séez, pour soustraire aux ravages des Normands ses riches reliquaires, et notamment la châsse qui renfermait le corps de sainte-Opportune, fille du comte d’Hièmes, abbesse d’Almenèche, se réfugia avec son clergé d’abord à Moussy-le-Neuf, et ensuite à Paris, dans la Cité. Lorsqu’il voulut retourner dans son diocèse, il laissa une partie des reliques de sainte-Opportune à l’évêque de Paris, qui les fit déposer dans une chapelle du faubourg septentrional de la ville nommée Notre-Dame-des-Bois, parce qu’elle était située à l’entrée de la forêt qui couvrait alors tous les environs jusqu’à Montmartre. Cette chapelle, dotée par les rois et enrichie d’une partie des reliques de sainte-Opportune, fut rebâtie avec plus de développement, devint paroissiale vers la fin du XIIe siècle, et reçut même un chapitre ou collège de chanoines.

Sous Louis-le-Gros, il arriva en cette église deux miracles, qui ne sont à omettre, dit Dubreuil qui les rapporte.

« Le premier est d’un pèlerin qui était venu faire ses dévotions en l’église de Sainte-Opportune, et s’en retournant fut occis par l’aspect d’un serpent […] qu’il trouva en son chemin. Mais étant rapporté en ladite église, il ressuscita par les mérites et intercession de sainte-Opportune. Pour ce miracle, advenu en 1154, ledit roi ( Louis-le-Jeune ) donna à icelle église des prés et marais qui sont entre Montmartre et Paris. Le second miracle advenu en même temps est d’Adelard, homme noble, aveugle par l’espace de trente ans, qui le jour de la fête Sainte-Opportune, en son église reçut la vue. En mémoire de quoi le même roi donna encore des prés et champeaux, c’est-à-dire des terres proches de la ville, à ladite église. » Dans ces terres cultivables, appelées cultures, se trouvaient ou furent construites des granges pour enfermer les moissons. La plus remarquable se nommait au XIIIe siècle dans les documents latins, Granchia Batilliaca, Granchia Bataillie, Granchia Bail-taillée, et au XIVe siècle, dans les chartes françaises, la Grange au Gastelier : ce fut plus tard la Grange Batelière.

Ces donations permirent au clergé de Sainte-Opportune de faire quelques réparations à leur église. Il parait que vers l’an 1154 le chœur fut rebâti. Mais si ce fait, rapporté par l’historien de la vie de sainte Opportune, est vrai, ce chœur fut ensuite démoli; car l’édifice de l’église de Sainte-Opportune qui existait à la fin du XVIIIe siècle ne datait que du XIIIe ou XIVe. La tour, encore plus nouvelle, était curieuse par les ornements dont elle était couverte, tels que fleurs-de-lis, festons, cornes d’abondance, trophées, décorations, qui indiquaient qu’elle avait été bâtie par la munificence des rois. Aussi l’église était-elle qualifiée d’église royale, et à ce titre elle jouissait du droit de committimus (privilège que le roi donnait aux officiers de sa maison et à certaines communautés de plaider en première instance , dans certains cas , aux requêtes du palais et de l’hôtel.), et de toutes les autres prérogatives d’églises de fondation royale.

En 1311, Guillaume d’Aurillac, évêque de Paris, établit à Sainte-Opportune deux marguilliers laïques, auxquels il donna l’administration de la fabrique.

L’église possédait plusieurs reliques renommées, et entre autres une côte de sainte-Opportune, que l’on appliquait sur le cou des malades. En 1374, elle obtint de l’abbé de Cluny, propriétaire de la terre de Moussy-le-Neuf, un bras de la même sainte, qui fut apporté dans l’église avec grands luminaires et grande suite de peuple. Charles V suivi de sa cour accompagna le cortège de l’hôtel Saint-Paul à l’église.

Lorsqu’en 1569 on exécuta Philippe Gatine pour cause de calvinisme, il fut ordonné qu’on prendrait sur ses biens une somme destinée à faire à perpétuité le service du Saint-Sacrement, le jeudi de chaque semaine, en l’église de Sainte-Opportune, sa paroisse. Cette cérémonie parait s’être pratiquée jusqu’à la révolution.

On voyait à Sainte-Opportune une Présentation au temple, de Jouvenet; une Mère de pitié, de Champagne; les tombeaux de François Conan, maître des requêtes, savant jurisconsulte, et de Jeanne Hennequin, sa femme, dont les descendants ont eu des alliances avec les maisons d’O, de Rieux, de Grammont. Dans la chapelle dite de Notre-Dame-des-Bois, se trouvait la sépulture de la famille Perrot. Le plus ancien tombeau était celui de Mille Perrot, mort en 1515.

On remarquait encore dans cette église un candélabre à dix branches, d’un fort beau travail, que lui avait donné Charles-Quint lors de son séjour à Paris, pendant lequel il visita l’église de Sainte-Opportune.

Quelques chanoines de Sainte-Opportune se sont distingués dans les lettres. François Macé, René Richard et Jean Mallemans ont laissé plusieurs ouvrages historiques ou littéraires.

Cette église fut démolie en 1797. Une maison particulière qui porte le n° 10 s’élève sur une partie de son emplacement. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : Plan Turgot, 1734-1739, Gallica.

Église royale et collégiale de sainte Opportune