LIEUX HISTORIQUE

Eglise Saint-André-des-Arts (Disparue)

Église

Adresse : Place Saint-André des Arts, 75006 Paris, France

« Avant la construction de l’église Saint-André-des-Arcs, il existait, suivant plusieurs historiens, sur l’emplacement qu’elle occupa depuis, une chapelle dédiée à saint Andéol; mais les meilleurs critiques ont démontré que le nom de saint-Andéol, que l’on prononçait aussi Andeu, était le même que celui de saint-André ou saint-Andrieu, comme on disait au moyen-âge. Les noms de saint-Andéol ou de saint-André désignaient la même église, celle de Saint-André-des-Arcs.

Voici dans quelles circonstances elle fut élevée. La construction de l’enceinte de Paris sous Philippe-Auguste fut l’occasion de grands débats entre plusieurs seigneurs ecclésiastiques. Une certaine étendue des terres de Saint-Germain-des-Prés avait été renfermée dans la nouvelle enceinte. L’évêque de Paris réclamait la juridiction sur tout le territoire qu’elle comprenait. L’archiprêtre de Saint-Séverin prétendait en même temps faire entrer tout ce territoire dans sa paroisse. L’abbé de Saint-Germain-des-Prés et le curé de Saint-Sulpice s’opposèrent et en appelèrent au pape; malheureusement pour eux ils n’attendirent point sa décision, et remirent le jugement de cette affaire à des arbitres. Ceux-ci, par une sentence du mois de janvier 1210, accordèrent à l’évêque la juridiction dans la ville, à l’abbé la continuation du droit de justice sur la paroisse de Saint-Séverin et la faculté de construire, dans l’espace de trois ans, une ou deux églises paroissiales et d’en nommer les curés. L’église de Saint-André-des-Arcs fut une de ces églises.

La construction commença immédiatement dans une partie du territoire qui avait appartenu jusque là à l’abbaye de Saint-Germain-des- Prés, et peut-être sur l’emplacement de quelque ancienne chapelle. L’édifice était terminé en 1212.

L’histoire de Saint-André-des-Arcs offre peu de faits importants. On apprend de Sauval qu’il existait au XV siècle, dans cette église une confrérie de Saint- Jean-l’Évangéliste, érigée et fondée par les libraires, qui dans ce temps ne vendaient que des manuscrits, par les écrivains, les enlumineurs, les relieurs et les parcheminiers, « relevant de l’Université, comme suppôts. » Cette confrérie fut confirmée en 1467 par Louis XI.

Un trait, peu important au reste, du règne de ce roi, se rapporte à Saint-André-des-Arcs. Jean Cœur, archevêque de Bourges, fils du fameux Jacques Cœur, avait refusé un archidiaconat à Louis XI qui le lui demandait pour un de ses favoris; le roi irrité défendit au prélat de retourner à son diocèse. Comme on était en carême, l’archevêque commença une suite de sermons dans l’église de Saint-André-des-Arcs. Son éloquence attirait dans l’église un concours prodigieux d’auditeurs. Louis XI, soit qu’il voulût priver Jean Cœur de l’honneur de réunir un si nombreux auditoire, soit plutôt qu’il craignît quelques allusions de ses prédications, lui enjoignit l’ordre de retourner aussitôt à Bourges.

Jaillot a donné, dans ses Recherches sur Paris, de curieux détails sur l’origine de la dénomination de l’église Saint-André-des-Arcs.

Cet habile critique prétend que l’église n’eut point d’abord de surnom. Le premier acte connu dans lequel elle en porte un, est de l’an 1220. L’église y est nommée Saint-Andreas in Laajo; dans d’autres titres de 1254 et de 1260, on lit Saint-Andreas-de-Assiciis et de Arciciis, de Assibus en 1261, de Arsiciis en 1274, et Saint-Andreas sans aucun surnom dans une transaction passée en 1272, entre Philippe-le-Hardi et l’abbaye de Saint-Germain. Un titre de 1284 l’offre pour la première fois avec le surnom de Arcubus; et Jaillot pense que ce mot de Arcubus ou Arcs ne peut venir que du nom altéré du clos de Laas, qui devait cette dénomination au palais romain, arx, dont il dépendait. Jaillot réfute ensuite les conjectures de Félibien et de Lebeuf, qui veulent que le vrai nom de l’église soit Saint-André-des-Ars, en donnant à ce dernier mot la signification de brûlés, arsi, qu’ils veulent expliquer par l’incendie du faubourg méridional lors des invasions des Normands. A l’égard des autres interprétations hasardées sur cette étymologie, lesquelles supposent que le surnom des Arts a été donné à cette église parce qu’elle était située à l’entrée du territoire de l’Université où l’on enseignait les arts; des Arcs, parce qu’on fabriquait autrefois des armes de cette espèce dans son voisinage, ou qu’il y avait à peu de distance des arcades et un jardin dans lequel on s’exerçait à tirer de l’arc, elles ne méritent guère d’être sérieusement réfutées. Pour autoriser cette dernière dénomination, quelques auteurs ont établi dans ce quartier une manufacture d’armes. Près de Saint-André, on faisait, disent-ils, des arcs, dans la rue de la Vieille-Bouderie, on forgeait des boucliers; les flèches se faisaient dans la rue des Sajettes. Mais on verra plus tard que la rue de la Vieille-Bouclerie avait anciennement un autre nom, et que la rue du Cimetière-Saint-André n’a jamais été nommée rue des Sajettes ou Sagettes, mais des Sachettes, nom d’une communauté de pauvres filles qui s’y étaient établies.

Il résulte de la discussion de Jaillot un fait que je crois fondé et que j’adopte, c’est que l’église Saint-André-des-Arcs doit son surnom au clos de Laas, dans lequel elle était située. On devrait donc écrire Saint-André-des-As ou des Ars, comme transformation du mot arx, et non point comme traduction du mot arsi. Toutefois, j’ai cru devoir ne pas m’écarter de l’usage adopté quant au nom de l’église de Saint-André, et écrire comme on l’a fait jusqu’ici Saint André-des-Arcs.

Parmi les curés de Saint-André-des-Arcs, on remarque Thomas de Courcelles, « aussi aimable par sa vertu qu’admirable par son savoir, » dit AEneas Sylvius qui le connut au concile de Bâle, en 1438, comme recteur de l’Université de Paris, Jean Hue, notable docteur, selon la chronique de Louis XI; Ambroise de Cambrai; Christophe Aubry, grand ligueur, qui s’expatria en 1595; Claude Léger, dont les vertus et la bienfaisance ont mérité les éloges de M. Dulaure lui-même.

L’église de Saint-André, telle qu’elle était à la fin du XVIIIe siècle, offrait dans son ensemble des styles d’architecture de différentes époques. Le fond du sanctuaire était de la première construction, 1210; le reste était bien postérieur. Le portail avait été reconstruit, ainsi que beau coup d’autres parties, en 1660, sur les dessins d’un architecte nommé Gamard. La tour, encore d’un caractère gothique prononcé, paraissait de la fin du XVe siècle. On y voyait, dit Lebeuf, des traces de coups de mousquet qu’elle avait essuyés au temps des troubles de Paris; les niches et les statues, qui ornaient l’extérieur le long de la rue du Cimetière, étaient du XVIe siècle.

L’intérieur offrait plusieurs tableaux de Hallé, de Sanson et de Res tout. Sur l’un des vitraux, on voyait une allégorie souvent reproduite dans les églises : c’était Jésus-Christ foulé comme des raisins par un pressoir, avec cette sentence d’Isaïe en caractères gothiques du XVIe siècle : Quare rubrum est indumentum tuum ? Torculor calcavi solus. « Dans une chapelle près des cloches, aux vitres, dit Sauval, est représenté un Adam et une Eve, avec Rorate cœli desuper : c’est, dit-on, un hiéroglyphe, » c’est le symbole du mariage chrétien. Dans une chapelle on voyait un médaillon en marbre représentant saint-André, donné en ex voto, par Armand Arouet, frère de Voltaire. La plus riche chapelle de l’église était celle qui avait été fondée par Jacques Coytier, médecin de Louis XI, et qu’embellirent après lui ses héritiers. On sait que Coytier employa souvent l’heureuse in fluence qu’il exerçait sur Louis XI pour le détourner de projets sanguinaires, en l’effrayant par ses prédictions terribles.

Aux deux côtés du sanctuaire, étaient deux monuments commémoratifs: l’un, d’Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conti, morte en 1672; l’autre, de François-Louis de Bourbon, prince de Conti, son fils, décédé en 1709. Élevé sous les yeux du grand Condé, le prince de Conti se passionna facilement pour la gloire, et donna des preuves de sa bravoure et de sa science militaire en Hongrie contre les Turcs, à Sleinkerque et à Nerwinde contre les ennemis de Louis XIV. « Conti, dit Voltaire, ressemblait au grand Condé par l’esprit et par le courage, et il fut toujours animé du désir de plaire, qualité qui manqua au grand Condé. » Saint-Simon, qui semble n’avoir écrit ses Mémoires que pour dire du mal de tout le monde, loue le prince sans restriction, peut-être parce qu’il ne put jamais obtenir la bienveillance de Louis XIV. Son mausolée, ouvrage de Coustou l’aîné, offrait la déesse Pallas tenant le portrait du prince qu’elle semblait regretter : allégorie dont on a remarqué l’inconvenance pour une église chrétienne. Ce monument fut transporté au musée des Petits-Augustins. Le tombeau d’Anne-Marie Martinozzi, détruit pendant la révolution, avait été construit sur les dessins de Girardon; il représentait la princesse entourée des attributs de la Foi, de l’Espérance et de la Charité.

La famille de Thou, plus illustre par le mérite personnel de chacun de ses membres que par son origine peu ancienne, possédait dans l’église Saint-André-des-Arcs une chapelle et un caveau sépulcral. La chapelle renfermait les monuments élevés à la mémoire de Christophe de Thou, premier président du parlement, mort en 1582, et de Jacques-Auguste de Thou, l’historien, fils du précédent et père de l’infortunée victime du cardinal de Richelieu. « La vie de Christophe de Thou, dit Pasquier, fut belle et honorable, et la fin comme la vie. » Cependant le président aimait le luxe et la magnificence, et l’on a remarqué que c’est le premier habitant de Paris qui ait eu un carrosse. Son tombeau offrait au-dessous de son buste entouré de vertus et de génies, les armoiries de la famille de Thou qui étaient d’argent, un chevron de sable accompagné de trois mouches à miel de même. Les armoiries, les génies et les vertus furent brisés pendant la révolution, le buste fut déposé aux Petits-Augustins où M. Lenoir eut l’heureuse idée de le placer au milieu d’une décoration faite avec les débris conservés de la chapelle que sa famille avait dans l’église de Saint-André-des-Arcs. L’austère vertu de l’historien est connue de tout le monde; son ouvrage est la source la plus sûre pour la connaissance des événements du XVIe siècle. Bayle le proclame un chef-d’œuvre, et Bossuet invoque continuellement l’autorité du grand auteur, du fidèle historien. Son monument funéraire, exécuté par Auguier, le représente, revêtu d’un manteau d’hermine, à genoux devant un prie-Dieu. Les statues de ses deux femmes étaient placées en avant du tombeau.

Dans la chapelle de Saint-Antoine étaient les tombeaux de Pierre Séguier, président au parlement, mort en 1530, et de Pierre Séguier, son petit-fils, maître des requêtes, mort en 1638.

Plusieurs personnes distinguées dans les lettres et dans les arts avaient été inhumées dans cette église sans qu’aucun ornement distinguât leur tombe. Tels étaient : André Duchesne, mort en 1640, un des hommes à qui la science historique a le plus d’obligations; Pierre d’Hozier, généalogiste fameux, mort en 1660; Nanteuil, habile graveur, mort en 1670; Lenain de Tillemont, savant historien, mort en 1637; Houdard de Lamothe, de l’Académie française, fils d’un chapelier de Paris, mort en 1171; Joly de Fleury, procureur-général du parlement; le bon abbé Le Batteux, littérateur aimable et instruit, mort en 1780; son tombeau, déposé aux Petits-Augustins, portait cette simple inscription : Amicus amico. Celui de Claude Léger, curé de Saint-André-des-Arcs, dont j’ai parlé déjà, représentait ce bienfaisant pasteur descendant avec calme au tombeau, appuyé sur la religion. Il a été brisé dans les troubles de la révolution. Une des plus anciennes épitaphes de cette église, remarquable par l’énergie de l’expression, était celle de Mathieu Chartier, conseiller au parlement, surnommé le Père des Pauvres.

Le cimetière de l’église Saint-André-des-Arcs, qui n’était point contigu à l’église, se trouvait sur l’emplacement que traverse la rue du Cimetiére-Saint-André. On y remarquait les tombes du fameux jurisconsulte Dumoulin, mort en 1566, et de Henri d’Aguesseau, père du chancelier.

L’église de Saint-André-des-Arcs et celle de Saint-Sulpice étaient les seules qui fussent isolées dans Paris. La première était entourée par trois rues et un passage public. Elle fut néanmoins démolie en 1790. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : Plan Turgot, 1734-1739, Gallica.

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