LIEUX HISTORIQUE

Église Saint Benoît le Bétourné puis théatre du Panthéon (Emplacement – Disparue)

Église

Adresse : 46 Rue Saint-Jacques, 75005 Paris, France

Sous la domination romaine, il existait en ce lieu, encore entouré de vignes au treizième siècle, un autel consacré à Bacchus : cette conjecture est appuyée sur l’origine incertaine de cette église, sur les fables qu’on a imaginées pour cacher celle incertitude, et sur le nom de Bacchus, que donne le plus ancien acte qui fasse mention de cette église. Cet acte, est celui qui contient la donation faite en 1030 ou 1031, par Henri Ier, en faveur de l’évêque de Paris, de plusieurs églises abandonnées.

Dans l’église Saint-Benoît, qui a succédé à celle Saint- Bacchus , on a rendu un culte à ce dernier saint, nommé en français saint Bacch, sans l’associer à saint Sergius, comme l’ont fait plusieurs hagiographes, parce que la tête de l’un et de l’autre saint sont tombées le même jour. Le nom de saint Bacchus, son défaut de légende, le lieu de son culte, situé au milieu d’un vignoble, la coïncidence du jour de sa fête avec le jour où l’on célébrait celle du dieu du vin dans les environs de Paris, rendent la conjecture très-vraisemblable.

On ne sait pourquoi cette église avait sou chevet tourné du côté de l’occident, situation contraire au rit observé généralement par les païens et les chrétiens, qui obligeait le prêtre célébrant de tourner la face du côté du soleil levant.
Cette contravention à l’usage général valut à l’église Saint-Benoît les surnoms de Bélournèe ou mal tournée.

Au quatorzième siècle, on fit disparaître cette inconvenance, en transportant du côté de l’orient l’autel placé à l’occident de l’église. Alors elle reçut le sur nom de Bien tournée.
Sous François Ier, en 1517, on entreprit de rebâtir cette église; la nef et les bas-côtés furent achevés. Au dix-septième siècle, ou ‘reconstruisit le sanctuaire sur les dessins de Claude Perrault. Son architecture, composée d’arcades ornées de pilastres corinthiens, n’était point en harmonie avec les formes gothiques et les voûtes en ogive de la nef.

Jean Boucher, docteur de Sorbonne, fut, en 1586, nommé curé de cette paroisse; prédicateur des plus séditieux de la ligue, souvent, au son du tocsin, il ameutait ses paroissiens contre Henri III. Il fut l’apologiste de l’assassin de ce roi, ce qui lit croire qu’il était son complice. Il écrivit des libelles contre Henri IV. Ce roi, dés qu’il fut maître de Paris, chassa de
cette ville ce curé malfaisant qui se relira à Tournay, où, en 1646, il termina sa vie turbulente. Le chapitre de Saint-Benoît avait, sur l’étendue de sa paroisse, une juridiction, des officiers et des prisons.
Cette église contenait les cendres ou les monuments sépulcraux de plusieurs personnes dignes de mémoire : Jean Dorât, poète, surnommé autrefois le Pindare français ; René Chopin, Juan Domat , deux célèbres jurisconsultes; Claude Perrault, savant architecte ; Michel Baron , comédien ; l’abbé René Pucelle , célèbre par son attachement au parti anti-jésuitique, mort en 1745.
En 1812, celte église fut fermée : ensuite elle a servi de dépôt aux farines.

Eric Bernard, acteur de l’Odéon, la transforma en théâtre en 1831. Le théâtre du Panthéon programma des vaudevilles et des mélodrames. Il fût dirigé par Théodore Nezel de septembre 1836 à avril 1839 et fermé définitivement en 1847.
Il fut détruit par le percement de la rue des écoles en 1854.

Source : J.-A. Dulaure, Histoire de Paris et de ses monuments, Ed. Larousse, 1846, Paris.

Crédit photo :
Vue intérieure de l’église Saint-Benoit-le-Bétourné – la nef méridionale, 1832. Huile sur toile. Paris, musée Carnavalet.© Musée Carnavalet

Église Saint Benoît le Bétourné puis théatre du Panthéon ( Emplacement - Disparue )