LIEUX HISTORIQUE

Église Saint-Denis-du-Pas (Emplacement – Disparue)

Église

Adresse : Square Jean XXIII 75004 paris

Adossée à la Cathédrale

« Cette église était située au chevet de la cathédrale. Depuis la démolition de Saint-Jean-le-Rond (1748), elle était devenue la paroisse du cloître Notre-Dame sous le nom de Saint-Denis et Saint- Jean- Baptiste.

Nous ne rappellerons pas ici les longues discussions qui ont agité les savants au sujet de l’origine de cette église et de l’époque à laquelle il faut placer sa fondation. Les uns la font exister avant la monarchie, et la proclament la plus ancienne église de Paris; d’autres pensent qu’elle n’existait pas avant le IXe siècle ou même avant le XIIe. Cependant toutes les probabilités se réunissent pour rapporter à la première race l’origine de cette église.

Cette église, qui était fort petite, ne contenait en tout que trois autels, occupés, à tous les jours de fête, par les prêtres de Notre-Dame, qui tenaient à honneur d’y célébrer l’office divin. Il y avait anciennement à gauche un gros clocher en forme de tour qui renfermait quatre cloches; le chapitre de Notre-Dame le fit abattre, parce que le son de ces cloches troublait ceux qui officiaient dans la cathédrale.

Avant les changements qui, en 1735, durent embellir Saint-Denis-du- Pas, voici les deux sépultures les plus remarquables qu’elle pouvait renfermer. Une tombe située dans la nef était surmontée d’une figure revêtue d’habits sacerdotaux, autour de laquelle on lisait cette inscription en grands caractères gothiques : Hic jacet Odo dementis decanus sancti Martini Turoncnsis et archidiaconus parisiensis. Une autre tombe de cuivre, très épaisse, portait une inscription latine en l’honneur de Nicolas, natif de Baye, du diocèse de Châlons, chanoine de Soissons et curé de Montigny-Lancoux, au diocèse de Sens, puis greffier du parlement et chanoine prêtre de Paris. Les registres du parlement mentionnent, à la date du 28 juillet 1475, que le chapitre de Paris fut condamné à souffrir qu’on érigeât dans cette église une tombe au conseiller Aymé Gombert qui y avait été inhumé.

Au XVIIe siècle, Saint-Denis-du-Pas servit à différentes cérémonies. Le dimanche 8 janvier 1606, Henri de Gondi,évêque de Paris, y donna le pallium (bandelette de laine réservée à certaines occasions) à André Frémiot, archevêque de Bourges. Le 8 mai 1610, le cardinal Pierre de Gondi y maria Henri de Gondi, duc de Retz, à Jeanne des Peaux. L’évêque de Paris dont nous avons parlé y sacra plusieurs évêques : le 15 novembre 1615, Guillaume, évêque de Riez; le 16 août 1616, Henri Clausse, évêque d’Aire; le 25 juin 1617, Louis Bertier, évêque d’Héliopolis.

Depuis le commencement de la troisième race, l’église de Saint-Denis-du-Pas, faute de fondations suffisantes pour y entretenir des ecclésiastiques, était demeurée déserte jusqu’au règne de Louis VII, dit le Jeune; et jusqu’à l’épiscopat de Thibault on n’y disait point de messe, « si ce n’estoit quelqu’un de la grande église qui y allast par dévotion, dit Malingre. » Simon de Passy ou Pecy, ou pour mieux dire de Poissy, de Pissiaco, chanoine de Paris, fit réparer cette église en 1148, longtemps avant que la grande église de Paris fût achevée, et lui donna trente livres de rente pour la fondation d’une prébende. Osmond, son frère, aussi chanoine de Paris en 1161, sous le règne du même roi Louis VII, et sous le pontificat de Maurice, évêque de Paris, fonda une seconde prébende.

Simon et Osmond s’étaient réservé le droit de nommer à ces bénéfices pendant leur vie, et après leur mort c’était le chapitre qui devait nommer les bénéficiers. Ainsi ces prébendes devenaient des annexes de Notre-Dame. En 1178, Simon de Saint-Denis, chanoine de Paris, en ajouta deux autres, et quelque temps après il y en eut une cinquième.

Ces cinq prêtres devaient dire quelques messes dans la semaine en l’honneur des fondateurs; ils avaient le droit de prendre place aux hautes chaises du chœur de l’église de Paris, et officiaient à l’autel; ils étaient partout égaux et établis ad instar unius magnorum canonicorum presbyterorum Parisiensis ecclesiœ; seulement ils n’assistaient pas aux délibérations du chapitre, et ils ne recevaient pas, comme les chanoines de la grande église, une certaine quantité de grains. Mais le revenu de ces prébendes était considérable pour l’époque; aussi, par sa délibération du mois de juillet 1282, le chapitre ordonna qu’elles seraient toutes divisées en deux parts, après la mort de ceux qui en avaient alors la jouissance. Quelque temps auparavant, il avait déjà partagé de cette manière la prébende qui était restée vacante par la mort de Gilbert de Châteaufort. C’est ainsi que se formèrent les dix prébendes de Saint-Denis, dont cinq étaient sacerdotales, trois diaconales, et deux sous-diaconales : « et sont demeurées en cette façon jusques à présent, dit Malingre. Le corps du chapitre de Paris confère ces bénéfices. Cette petite compagnie, ainsi que la lune prend la clarté du soleil et la donne aux estres inférieurs, imite ses supérieurs de si près, qu’elle sert de miroir et d’exemple à tous les corps et sociétés qui servent et dépendent de la grande église. Cent dix chanoines se lèvent et sortent du chœur de la grande église de Notre-Dame après l’invitatoire de matines achevé, et s’en vont dire leurs matines en ladite chapelle de Saint-Denis. » Ces dix bénéficiers portaient le titre de chanoines de Saint -Denis -du- Pas.

Lorsqu’en 1748 l’église de Saint-Jean-le-Rond fut abattue, le service qui s’y faisait fut transféré à Saint-Denis-du-Pas, qui devint, comme je l’ai dit, la paroisse du cloître. Elle était desservie par deux chanoines qui y exerçaient les fonctions de curé. Pendant la révolution, Saint-Denis-du-Pas, ainsi que le palais archiépiscopal, fut destiné à devenir une succursale de l’Hôtel-Dieu, et elle fut convertie en une salle de malades. Elle a été démolie depuis. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

photo : Velvet

Église Saint-Denis-du-Pas ( Emplacement - Disparue )