LIEUX HISTORIQUE

Église Saint-Etienne du Mont

Église

Adresse : 53 Rue de la Montagne Sainte Geneviève, 75005 Paris

« Jusque vers l’année 1190, pendant laquelle Philippe-Auguste ordonna de construire la nouvelle enceinte de Paris, les environs de l’église de Sainte-Geneviève restèrent couverts de vignobles, et la crypte, ou église inférieure de Sainte-Geneviève, suffit aux besoins religieux de la paroisse du Mont. Mais, après la construction de la nouvelle clôture, les Parisiens se portèrent en foule sur ces terrains incultes, et ainsi mis à l’abri des attaques extérieures, ils construisirent un grand nombre de maisons. La population de cette paroisse augmenta si rapidement qu’on se vit dans la nécessité de faire bâtir une nouvelle église paroissiale. L’abbé de Sainte-Geneviève et les chanoines abandonnèrent à cet effet un terrain contigu à leur église sur lequel on construisit une chapelle pour servir de paroisse. On ne sait pas précisément l’époque de la fondation de cette chapelle ni pourquoi elle fut dédiée sous le nom de Saint-Étienne; Jaillot pense qu’elle fut commencée du temps de Galon, abbé de Sainte- Geneviève, mort en 1223. Un passage de Guillaume-le Breton, nous en fournit la preuve. Cet auteur dit que la foudre tomba en 1221 sur une maison de charité, située devant l’église de Saint-Étienne-du-Mont.

Lebeuf, pour expliquer l’origine du vocable sous lequel on la désigne, pense que peut-être l’évêque de Paris donna pour sa dédicace quelques fragments des reliques de Saint-Étienne, que l’on avait trouvées dans la vieille basilique de Saint-Étienne, lorsqu’on la démolit en 1218.

Saint-Étienne dépendait entièrement de l’église de Sainte-Geneviève; on ne pouvait y entrer que par une porte percée dans le mur même de Sainte-Geneviève, et les fonts baptismaux sont restés pendant quatre cents ans dans cette dernière église.

Saint-Étienne-du-Mont a subsisté ainsi jusqu’en 1491. A cette époque, l’augmentation considérable des habitants de la paroisse força les marguilliers à agrandir leur chapelle. Ils demandèrent, à cet effet, à l’abbé de Sainte-Geneviève quelques toises de terrain; ils sollicitèrent aussi la permission d’élever leurs clochers, d’avoir quatre cloches et une porte particulière. L’abbé accorda, du consentement des chanoines, une portion de l’infirmerie qui se trouvait au chevet de cette église; mais il ne voulut jamais consentir à ce que Saint-Étienne eût une porte particulière. Cependant, au lieu de se contenter d’agrandir l’édifice, on le rebâtit entièrement; c’est au moins ce qui parait résulter de l’architecture de ce monument. On entreprit sa reconstruction pendant le règne de François Ier, vers l’an 1517, et, sauf les additions et le portail, l’église est tout entière de cette époque, où le style gothique se mélangeait avec l’architecture italienne ou de la renaissance. On commença par construire les parties orientales; en 1588, on construisit les chapelles et l’aile méridionales. Dès l’an 1541, on avait tellement avancé l’ouvrage, que l’évêque de Mégare y vint, comme délégué de l’évêque de Paris, faire la bénédiction des autels. On apercevait jadis cette date sur le vitrail d’une des chapelles du nord. Pour hâter l’avancement de la nouvelle église, l’évêque de Paris accorda aux marguilliers le droit d’appliquer au paiement des travaux le prix des indulgences du beurre et du lait pendant le carême. Cette permission fut réitérée en 1552 et 1563. Ces dates indiquent suffisamment que la construction de Saint-Étienne continua pendant les règnes de Henri II et Charles IX; c’est alors que l’on dut construire la partie occidentale de l’édifice. L’architecte, gêné par le portail de Sainte-Geneviève, a été obligé de donner à la nef un axe différent de celui du chœur, ce qui fait paraître l’église tortue, dit Lebeuf.

En 1606, on bâtit la chapelle de la Communion et les charniers. En 1610, Marguerite de Valois, femme de Henri IV, posa la première pierre du portail; qui ne fut fini qu’en 1617. « Depuis quinze ans, dit Malingre qui écrivait en 1640, la tour de cette église a été rehaussée, au haut de laquelle est une lanterne où est la cloche de l’horloge fort grosse. Cette tour est garnie d’une assez bonne sonnerie, qui ne se peut sonner en branle, à cause de la faiblesse de la tour et de la charpenterie. » Enfin, les travaux paraissent avoir été complètement achevés l’an 1626. En effet, François de Gondi, premier archevêque de Paris, fit la dédicace de la nouvelle église, le dimanche 15 février de cette année, et les fonts baptismaux, qui jusqu’alors étaient restés à Sainte-Geneviève, furent transportés à Saint-Étienne du-Mont.
Le clergé de cette église fut presque toujours en contestation, soit avec les évêques, soit avec le gouvernement. Les premières querelles eurent d’abord un motif d’intérêt. On se disputa une partie des revenus et des produits de la paroisse, et ce ne fut guère qu’à la fin du XVIIe siècle que la haute protection accordée par la reine à Saint-Étienne-du-Mont vint terminer les différends. Ce fut à Saint-Étienne-du-Mont qu’en 1503, le 22 novembre, un jeune homme, poussé par un zèle fanatique, se précipita sur le prêtre célébrant la messe, et arracha l’hostie de ses mains. Il fut condamné à avoir le poing coupé, à être pendu, étranglé, et son corps brûlé à la place Haubert. Cinq jours après, il se fit, par l’ordre du clergé et de la cour, une procession générale, qui s’est continuée jusqu’aux événements de 1789, et à laquelle le roi Charles IX, la reine-mère et toute la cour assistèrent, portant à la main un cierge de cire blanche.

Le curé de Saint-Étienne-du-Mont s étant plaint que le nommé Michau, un de ses paroissiens, l’avait fait attendre pour la bénédiction du lit nuptial, Pierre de Gondi, évêque de Paris, ordonna qu’à l’avenir cette cérémonie se ferait pendant le jour, ou du moins avant le souper. Autrefois les nouveaux mariés ne pouvaient pas aller se mettre au lit avant qu’il fût bénit. C’était un droit de plus pour le clergé, à qui l’on devait aussi ce qu’on appelait les plats de noces, c’est-à-dire leur dîner en argent ou en espèces.

En 1750, les jésuites ayant gagné Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, décidèrent ce prélat à ordonner la stricte exécution des billets de confession. Les curés soumis à ses ordres s’y conformèrent, et ne voulurent point administrer les sacrements à ceux qui ne présentaient point le billet exige. Bouettin, curé de Saint-Étienne-du- Mont, fidèle à l’ordre de son archevêque, refusa les sacrements au sieur Coflin, conseiller au Châtelet, parce qu’il n’avait point de billet de confession. Un arrêt récent du parlement n’empêcha point Meuriset, curé de la même paroisse, de refuser les secours de la religion à des malades qui n’avaient point de billet. Il fut condamné, malgré M. de Beaumont, au bannissement. Mais la crainte d’un pareil châtiment n’épouvanta point les prêtres de cette église, et le parlement se vit forcé de condamner à la même peine pour les mêmes délits le curé Ansel. Un autre vicaire de la même paroisse, nommé Coulet, ayant refusé le viatique au sieur de La Crosse, fut condamné par cette même cour à une forte amende. L’archevêque le récompensa aussitôt en lui donnant une cure considérable. Cette querelle et ces dissensions se terminèrent par l’exil des jésuites, qui seuls avaient provoqué ces scandaleux refus.

Dans cette église avaient été inhumés : Blaise de Vigenère, traducteur des Commentaires de César et de beaucoup d’ouvrages de divers genres, mort en 1596. Nicolas Thognet, habile chirurgien, mort en 1642. Jean Perrau, professeur au collège royal, mort en 1645. Pierre Perrault, avocat au parlement, père du célèbre architecte; ce dernier avait fait élever à son père un monument représentant un génie en pleurs éteignant un flambeau; ce monument était dû à Girardon. Eustache Lesueur, l’un des plus grands peintres de l’école française, mort en 1655. Jean-Baptiste Morin, médecin et professeur royal de mathématiques, mort en 1656. Antoine Le Maître et Isaac Le Maître de Sacy, son frère, membres de la société de Port- Royal, morts, le premier en 1658, le second en 1684. Blaise Pascal, mort en 1662. Jean Racine, mort en 1699. — Pierre Barbay, professeur en philosophie dans l’Université de Paris, mort en 1664.François Pinsson, avocat au parlement, auteur de plusieurs ouvrages, mort en 1691. Jean Gallois, de l’Académie française, professeur de grec au collège royal, mort en 1707. Jean Miron, docteur en théologie de la Faculté de Paris. Pierre Petit, poète latin estimé, mort en 1687. Joseph Pitton de Tournefort, célèbre botaniste, mort en 1708. Simon Piètre, médecin célèbre, qui, par son testament, avait défendu qu’on l’enterrât dans l’église, de peur de nuire à la santé des vivants, fut inhumé dans le cimetière de Saint-Étienne.

J’ai dit plus haut que l’église de Saint-Étienne-du-Mont, bâtie (sauf le portail) dans la première moitié du XVIe siècle, était un de ces curieux échantillons du mélange des deux styles gothique et de la renaissance. Les voûtes ogivales de la nef et des bas-côtés sont d’une grande hardiesse; mais ce qui frappe surtout lorsqu’on entre à Saint- Étienne, c’est son magnifique jubé : la voûte très surbaissée de ce jubé a été construite en 1600, à une époque où l’arc aigu avait tout-à-fait disparu. On remarque aussi les beaux escaliers tournant en spirale au tour du fût de deux colonnes, et qui mènent aux galeries supérieures et au sommet du jubé. Le crucifix qui décore le jubé est attribué à Jean Goujon, et par d’autres, avec plus de raison, à Biart père. On voyait autrefois sur le mur du chœur trois bas-reliefs de Germain Pilon; le plus remarquable était celui où l’artiste avait représenté Jésus-Christ au jardin des Olives. Pilon avait aussi orné le pourtour du chœur des figures des douze apôtres, et sculpté un Christ porté au tombeau par Nicodème et Joseph suivis des trois Maries; ce groupe était placé sous la voûte qui menait de Saint-Étienne à Sainte-Geneviève. La chaire, sculptée par Claude Lestocard, d’Arras, sur les dessins de Laurent de La Hire, est un des morceaux les plus remarquables de ce genre.

Saint-Étienne présente une suite de vitraux fort précieux. Les plus beaux sont dus à Nicolas Pinaigrier, verrier du XVIe siècle. Ils représentent le Jugement dernier et la Fin du monde, et ont été faits d’après les cartons de Jean Cousin. Dès les premières années de la réapparition de la peinture sur verre en France, on a donné à Saint-Étienne des vitraux peints sur glace, et on les a placés dans la chapelle de la Vierge.

Laurent de la Hire avait fait les cartons des magnifiques tapisseries qui, longtemps, ont fait l’admiration des connaisseurs: elles représentaient la Vie de saint-Étienne. Enfin, parmi les tableaux qui décorent cette église, nous citerons un tableau de de Troy, un autre de Largillière, et un Saint-Étienne prêchant l’Évangile, dû au pinceau de M. Abel de Pujol. Autrefois il y avait un tableau de Lesueur représentant la Résurrection de Tabilhe. Lorsque le culte de Sainte-Geneviève fut transféré dans l’église de Saint-Étienne-du-Mont, la châsse où reposèrent pendant tant de siècles les restes de la patronne de Paris a été transportée à Saint-Étienne, où elle attire chaque année un grand concours de fidèles. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

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Église Saint-Etienne du Mont