LIEUX HISTORIQUE

Eglise Saint Eustache

Église

Adresse : 2 Impasse Saint-Eustache, 75001 Paris

« L’église de Saint-Eustache , comme paroisse, date des premières années du XIIIème siècle.
Dans les vingt dernières années du XIIème siècle, la population de Paris s’était portée avec une telle affluence vers Montmartre, qu’un bourg considérable s’y était fondé, et s’appelait le Nouveau bourg-Saint-Germain-l’Auxerrois. L’église de ce nom, ne pouvant plus contenir ses nouveaux paroissiens, autorisa la fondation de deux chapelles ; l’une d’elles fut dédiée à sainte Agnès.

Dès l’année 1216, l’église Saint-Eustache existait déjà, et il n’est guère permis d’en douter, quand on retrouve dans l’enceinte de Philippe Auguste, achevée en 1211 , la porte la plus voisine, désignée sous le nom de Porte Saint-Eustache.
D’un autre côté, on ne peut croire que la chapelle de sainte Agnès, qui était nouvelle en 1213 , ait été détruite avant l’année 1216, et remplacée par l’église Saint-Eustache, ce qui ne serait possible qu’à la condition d’un accident dont il serait dès-lors resté quelque trace. Il faut donc expliquer l’élévation de Saint-Eustache à la place de la chapelle Sainte-Agnès , par un simple accroissement de celle-ci devenue ainsi une partie du nouvel édifice. C’est un fait que l’on retrouve assez souvent dans notre histoire monumentale, pour qu’on l’admette ici, où toute autre version est impossible.
Reste la difficulté la plus sérieuse : comment cette chapelle dite da Sainte-Agnès, a-t-elle été, lors de son accroissement , dédiée à saint Eustache, et comment de ces deux patrons le der nier l’a-t-il emporté sur l’autre. Suivant quelques auteurs, à l’orient de la chapelle de sainte Agnès existait une autre chapelle vouée à saint Eustase, moine de l’abbaye de Luxell; cette chapelle en ruine aurait nécessité la réédification, ou plutôt l’accroissement de la chapelle de sainte Agnès, qui, dès-lors et par corruption, aurait été consacrée à saint Eustache. Cette version ne serait admissible, que si l’on retrouvait quelque trace de l’existence d’une chapelle de saint Eustase , et on n’a jusqu’à ce jour formé, à cet égard, que de simples conjectures. Dans tous les cas, il est bien difficile d’admettre cette prétendue corruption d’Eustase en Eustache, corruption dont le clergé eut été l’auteur; ce qui est invraisemblable , car il n’avait pas d’intérêt à cette substitution d’un saint à un autre, et on ne peut guère l’accuser d’a voir agi par ignorance en ces sortes de matières. Nous nous en tiendrons à l’abbé Lebeuf, plus digne de confiance, à tous égards; il avance qu’une partie des reliques de saint Eustache, martyr,que Rome avait envoyée, cent ans avant, à l’église de Saint-Denis, fut transportée à Paris dans la nouvelle église, et donna lieu à la dédicace.

De 1216 à 1254, on trouve à chaque instant la paroisse Saint Eustache en contestation avec le doyen et le chapitre de Saint-Germain-l’Auxerrois, dont elle relevait, tantôt au sujet de la nomination à ses bénéfices, tantôt pour les produits mêmes de l’église que revendiquait Saint – Germain – l’Auxerrois. En 1254
seulement, Renaud, évêque de Paris, choisi pour arbitre entre les parties , fixa leurs droits respectifs. Mais il ne put si bien faire que la discorde ne vînt bientôt diviser encore les deux églises, et, en 1407, une nouvelle sentence arbitrale intervint sur des contestations analogues à celles qu’avait terminées la sentence de 1254. Ce fut seulement en 1539, que Jean Lecoq, alors curé de Saint-Eustache, traita avec Saint-Germain-l’Auxerrois de l’affranchissement de sa cure et la libéra, moyennant une somme d’argent.

Un des curés de Saint-Eustache, et l’un des personnages les plus importants de son époque. René Benoist, nous l’avons nommé, était né près d’Angers, en 1541. Protégé par le cardinal de Lorraine, il fut attaché, comme confesseur à la reine Marie, et, après la mort de son royal époux, la suivit en Ecosse. Revenu à Paris, deux ans après, il obtint, en 1566, la cure de Saint-Pierre-des-Arcis, et, en 1569,celle de Saint-Eustache, qu’il devait garder pendant quarante ans, et avec tant d’autorité, que les ligueurs l’appelèrent \e Pape des Halles.

L’église, qui était le théâtre des prédications de René Benoist, n’était déjà plus celle de 1216 : Dès les premières années du XVIème siècle, on avait décidé sa reconstruction.
Après de longs travaux et de nombreux projets pour la nouvelle église, les plans de l’architecte David furent admis par la fabrique, et, le 19 août 1532, Jean de la Barre, comte d’Étampes, alors prévôt de Paris , posa la première pierre de l’édifice que nous admirons aujourd’hui. Mais les travaux ne devaient pas si tôt finir. Les fonds amassés pour la reconstruction étaient insufilsants, les libéralités ne purent elles-mêmes combler le déficit, et plusieurs fois, faute d’argent, les travaux furent interrompus pendant de longs intervalles. En 1541, quatre autels avaient été bénis par Gui , évêque de Mégare c’étaient ceux de la Trinité, de saint Fiacre, do saint Venice et de saint Nicolas.
Le même évêque bénit, en 1549, cinq nouveaux autels. Le choeur ne fut commencé qu’en 1624, et, c’est seulement le 26 avril 1637, que Paul de Gondy, archevêque de Paris, consacra l’église entière et la mit sous l’invocation de sainte Agnès, saint Eustache et saint Louis. On voit encore aujourd’hui l’inscription qui relate cette consécration, elle a été retrouvée et replacée dans l’un des bas-côtés de l’église. Ce n’est qu’en 1642 que l’édifice fut complètement terminé.

Dès l’année 1688, le portail vit sa destruction arrêtée, et la fabrique de Saint-Eustache recevoir du ministre Colbert une somme de vingt mille livres, destinés à être capitalisés jusqu’à concurrence de la somme nécessaire à la construction d’un nouveau portail. Lorsque cette somme eut produit un capital de 111,000 livres environ, les travaux furent décidés, et, le 22 mai 1754, le duc de Chartres vint, au
nom de son père le duc d’Orléans, poser la première pierre du nouveau portail. Les dessins étaient de M. Mansard de Jouy et de M. Moreau. Commencé en 1754, interrompu à diverses époques, il ne put jamais être entièrement fini, et, aujourd’hui
encore, une des tours, celle du midi, est restée inachevée.

Dès que les fureurs révolutionnaires permirent de rouvrir les églises, Saint-Eustache fut rendu au culte, et l’abbé Bossu fut appelé à remplacer M. Poupart. Depuis, et jusqu’à nos jours, l’église de Saint-Eustache n’a dans son histoire qu’un fait qui trouve
ici sa place. C’est la consécration , faite le ’28 décembre 1804 , de la chapelle de la Vierge, par le pape Pie VII, alors à Paris pour le sacre de l’empereur.

À sa mort en 1683, Colbert est inhumé dans l’église Saint-Eustache, dont il était paroissien. Deux ans après, sa veuve, Marie Charron, commande aux sculpteurs Tuby et Coysevox l’exécution d’un tombeau dont le dessin est fourni par Charles Le Brun.
Ce tombeau prend place sous une arcade donnant sur la chapelle de la Vierge.

Le tombeau de Colbert avait été, pendant la révolution, transporté au musée des Petits-Augustins; il a été rétabli postérieurement dans la chapelle de la Vierge, mais il n’est revenu qu’incomplet.
On retrouve encore le médaillon de François Chevert, et celui de M. Secousse, curé de Saint-Eustache.
Nous mentionnerons aussi les tableaux suivants :
Au-dessus du portail du bas-côté gauche, la Condamnation de saint Eus tache, par Miie Vaulchier, fille de l’ancien directeur des postes; le Baptême de Jésus- Christ, donné par la ville de Paris en 1825 ou 1826. Au-dessus du portail de droite , la Veuve de Naïm , et Jésus-Chtist préchant dans le désert. Tout près de là, sur le mur à droite, saint Louis mourant recevant le saint viatique, peint par Doyen. Ce tableau ornait autrefois le maître-autel de l’École-Militaire. Dans la chapelle de l’Ange-Gardien, Tobie conduit par un Ange; ce tableau, qui ne manque pas d’un certain mérite, a été attribué à Raphaël, mais il n’est certaineinent pas de lui. Au-dessus du portail latéral du midi, la Cène , que l’on croit être de Probus; le Martyr de saint Jean Népomucène, par Marigny, donné par la Ville en 1827 ; Jésus chassant les vendeurs du Temple, aussi donné par la Ville. Dans la chapelle du Sacré-Coeur, la Conversion du Sacré-Coeur; la Conversion de saint Augustin, peinte par Dominique, donnée par la Ville en 1819. Dans la chapelle voisine , le tableau des Disciples d’Emmaûs , par Lagrenée; dans la chapelle de la Vierge, consacrée par Pie VII, le 28 décembre 1804 , le Martyre de sainte Agnès; le Baptême de Jésus . Christ , par Stella; Moïse (‘ans le désert , par Lagrenée , et la Guérison des Lépreux, de Vanloo. La statue en marbre de cette chapelle est de Pigalle. Le portail nord est orné de la Nativité &\. de l’Adoration des Bergers, par Vanloo. Enfin, à l’entrée de ce portail on remarque un bénitier, de Bion, qui représente le pape Alexandre distribuant l’eau bénite, deux anges soutiennent le Pape qui foule au pied le démon.

Source :
Les églises de Paris, sous le patronage de l’archevêque de Paris, 1843

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