LIEUX HISTORIQUE

Église Saint-Germain des Prés

Église

Adresse : 3 Place Saint-Germain des Prés, 75006 Paris, France

« L’église et le monastère de Saint-Germain des Prés remontent, comme l’église cathédrale de Notre-Dame dans la Cité, et comme l’église collégiale de Saint-Germain-l’Auxerrois sur la rive droite, aux plus anciennes époques de la monarchie mérovingienne, c’est-à-dire à Childebert Ier et à Ultrogothe, sa femme, qui régnèrent à Paris de 511 à 538.

Childebert, revenant d’une expédition contre les Wisigoths, rapporta d’Espagne comme trophées de sa victoire la tunique de saint Vincent, une croix d’or et de pierreries conquises à Tolède, et des vases qui passaient pour avoir appartenu à Salomon. Par le conseil de saint Germain, évêque de Paris, il construisit, pour recevoir et garder les saintes reliques, une église et un monastère à l’extrémité occidentale des jardins dépendant du palais des Thermes. Le jour même de la mort de Childebert, en 558, saint Germain dédia la nouvelle église sous le titre de Sainte-Croix et de Saint-Vincent, et il y fut lui-même inhumé lorsqu’il mourut en 596.

Bientôt l’abbaye de Sainte-Vincent ne porta plus d’autre nom que celui de saint Germain, et devint la sépulture des rois ; des princes et des reines de la dynastie mérovingienne. L’abbaye demeura longtemps isolée sur le versant méridional du petit Pré aux Clercs ; les hautes murailles élevées autour du couvent en 1239 par Simon, abbé de Saint-Germain, devinrent en 1368 de véritables fortifications par ordre de Charles V, qui, en guerre avec les Anglais, craignait une surprise de leur part contre les faubourgs de Paris ; en même temps fut creusé un petit canal large de huit à onze toises et profond de cinq toises, qui mettait les fossés de l’abbaye en communication avec la Seine. Ce canal, appelé la petite Seine ou la Noue, et qui séparait le petit Pré aux Clercs du grand, comblé vers le milieu du XVIe siècle, devint ensuite la file des Petits-Augustins, puis la rue Bonaparte.

A la même époque, l’enceinte de l’abbaye, qui s’étendait sur la rue de l’Échaudé à l’est, la rue Sainte-Marguerit (Gozlin) au midi, la rue Saint-Benoît à l’ouest, et la rue Jacob au nord, fut démantelée, et les terrains qu’elle circonscrivait se couvrirent rapidement de constructions privées. Deux des anciennes portes par lesquelles on y pénétrait, celles de Sainte-Marguerite et de Saint-Benoît, subsistaient encore au XIXe siècle ; elles ont été emportées, ainsi que les rues d’Erfurt, de Childebert et Sainte-Marthe, qui dessinaient une sorte de cloître autour de la place Saint-Germain des Prés, par le percement de la rue de Rennes.

Il ne reste de l’abbaye et de ses dépendances que des fragments épars ; enfin, l’église elle-même, privée des sépultures mérovingiennes qui, après avoir été violées et dispersées, se trouvent aujourd’hui réunies dans les caveaux de l’abbaye de Saint-Denis, a été cruellement mutilée. Trois fois brûlée et ruinée par les Normands, elle fut rebâtie aux frais du roi Robert dans les premières années du XIe siècle (1001 à 1014), quoiqu’elle n’eût été achevée que longtemps après. Le pape Alexandre III en fit la dédicace le 21 août 1163 ; elle demeure, dans ses parties les plus anciennes, plus âgée d’environ deux siècles que Notre-Dame de Paris.

Le plan de ce sanctuaire est une croix latine dont les croisillons ou transepts sont- extrêmement courts relativement à la longueur de la nef, 21 mètres sur 65 ; sa hauteur est de 19 mètres. La nef, accompagnée de bas côtés, se partage dans sa longueur en cinq travées ; elle a été refaite, depuis l’abbé Morard, son premier constructeur, sous Robert II, d’abord en 1644, puis de 1820 à 1824, et restaurée encore une fois sous Napoléon III ; les chapiteaux qui soutiennent les arcs latéraux de la nef ont été refaits pour la plupart sur le modèle des anciens, qui sont conservés, au nombre de douze, dans la grande salle du palais des Thermés.
Le choeur a gardé intact le style du XIIe siècle, époque de transition, où le cintre et l’ogive se trouvent en présence. Au-dessus du choeur règne une galerie dont les baies sont supportées par des colonnes presque toutes en marbres rares et les autres en pierres ; leurs chapiteaux sont admirés des connaisseurs ; ils représentent le plus étrange fouillis de têtes humaines, de lions, de harpies, de branches de feuillages et d’oiseaux. La nef, entre le porche d’entrée et le transept, n’est éclairée que par les hautes fenêtres percées dans le mur du midi, tandis que la muraille du nord est pleine, les jours, s’il en exista jamais de ce côté, étant bouchés par l’une des ailes non démolies de l’ancien cloître, qui s’applique exactement au côté gauche de l’église.

A l’intérieur de Saint-Germain des Prés, on voit, dans une chapelle de gauche le tombeau du roi de Pologne Jean-Casimir Sobieski, mort abbé de Saint-Germain des Prés en 1672 ; dans une chapelle de droite le tombeau d’Olivier et Louis de Castellan, tués au service de Louis XIV ; un peu plus loin, la chapelle des Douglas, princes d’Écosse. Une double plaque de marbre noir, érigée en 1819 par les soins de l’Académie française, renferme les épitaphes de Boileau, de Descartes, du P. Mabillon et du P. Montfaucon, dont les restes, recueillis par Alexandre Lenoir au Musée des Petits-Augustins, furent déposés à Saint-Germain des Prés après la suppression du musée.
Au cours de sa dernière restauration, l’église entière, depuis la voûte jusqu’aux murailles, a été peinte de diverses couleurs, sous la direction de l’architecte Baltard ; cette décoration polychrome s’applique même aux colonnes, dont les chapiteaux sont dorés. Tout autour du chœur et de la nef, Hippolyte Flandrin, le plus célèbre des élèves d’Ingres, a peint à la cire une suite de compositions tirées de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Cet artiste distingué, et pénétré de la foi chrétienne qui guidait ses pinceaux, mourut en 1864 avant d’avoir complété son oeuvre en peignant les croisillons du transept ; Alexandre Hesse et Sébastien Cornu ont achevé cette partie de la décoration générale. Un monument en marbre blanc, exécuté par le sculpteur Oudiné, surmonté du buste d’Hippolyte Flandrin, a été érigé par ses admirateurs et ses amis dans le bas côté septentrional, qui n’a ni fenêtres ni chapelles.

A l’extérieur, la vieille église s’annonce par un porche mesquin, construit au XVIIe siècle et surmonté d’une grosse tour carrée ; à son plus haut étage, deux baies cintrées du XIIe siècle, accompagnées de colonnes, s’ouvrent sur chacune de ses quatre faces et laissent échapper les vibrations de ses cloches sonores ; terminée par une haute flèche couverte en ardoises, la tour de Saint-Germain des Prés, avec ses arceaux romans, domine majestueusement cette région de Paris, qui est née et s’est développée sous son ombre.

Dans les angles du choeur et du transept, on aperçoit à droite, du côté du boulevard Saint-Germain, et à gauche, du côté de la rue de l’Abbaye, deux masses carrées, s’arrêtant à la naissance de la voûte : c’est la base des deux autres tours, qui donnaient une physionomie originale à Saint Germain des Prés et l’avaient fait surnommer l’église aux trois clochers ; elles ont été détruites en 1822, sous Louis XVIII, « par économie », afin d’épargner les frais de leur restauration ; et si on les a laissées subsister dans leur partie inférieure, c’est qu’elles ont paru nécessaires comme appui de l’église. »

Source : A. Vitu, Paris: 450 dessins inédits d’après nature, Ed Quantin, 1890, Paris.

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