LIEUX HISTORIQUE

Église Saint-Germain-l’Auxerrois

Église

Adresse : 2 Place du Louvre, 75001 Paris, France

« L’origine de cette église, comme celle de Saint-Germain-des Prés, remonte au milieu du sixième siècle, c’est-à-dire au règne de Childebert ler, fils de Clovis. Ce prince, sur l’invitation de saint Germain , évêque de Paris, fonda la première pour que les objets précieux qu’il avait apportés d’Espagne , et qui consistaient en un fragment de la vraie croix, une étole ou tunique du martyr saint-Vincent, et quelques autres reliques de divers saints, y fussent religieusement conservés. En même temps, et pour satisfaire au voeu de sa femme, la reine Ultrogothe, il ordonna la construction d’une seconde Basilique sur la rive droite de la Seine, sous le vocable du même saint Vincent et de saint Germain, évêque d’Auxerre.

Les actes de la dernière de ces fondations ne nous sont point parvenus, il est vrai, mais elle est attestée par une tradition constante, par tous nos anciens historiens, en un mot, par une foule de documents qu’il serait trop long d’énumérer, et qui tous font coïncider cette fondation avec cette de la précédente. Nous savons, en outre, avec certitude, qu’on mit environ trente ans à bâtir l’Église. et qu’elle fut terminée en 581 , du temps de Chilpéric. Cependant, Félibien conteste la dédicace sous le nom de saint Germain; il croit qu’elle n’eut lieu que sous celui de saint Vincent. Sauval, lui, ne se prononce ni pour l’un ni pour l’autre des deux patrons, et, à l’égard de l’époque de fondation, il dit qu’elle est incertaine. Toussaint Duplessis et l’abbé Le Beuf rejettent la titularité de saint Vincent, et admettent celle de Saïnt-Germain-I’Auxerrois. Jaillot, Saint-Vider, et Dulaure veulent que l’Église ait été uniquement érigée à Saint-Germain-des-Prés par Chilpéric et non par Childebert, attendu, disent-ils, qu’elle a porté la désignation de Saint-Germain-le-Rond jusqu’au neuvième siècle, sans que jamais on y associât celui de Saint-Vincent.

Il résulte de l’ensemble des notions, souvent contradictoires, qu’on trouve éparses dans une foule d’auteurs anciens et modernes, que l‘église de Saint-Germain-l’Auxerrois était desservie et administrée par un collège ou chapitre de chanoines réguliers, qui relevait de l’ordinaire diocésain.

Les églises de Paris éprouvèrent en général les funestes effets des attaques des Normands.

Les Normands se montrèrent pour la première fois sur les côtes de France en l’an 800, et aux embouchures de la Seine en 820. A dater de là jusqu’en 890, Paris devient le théâtre des cruels et cupides exploits de ces peuples. L’espèce d’anarchie dans laquelle les descendants de Charlemagne laissèrent tomber leur gouvernement, autant par faiblesse que par incapacité, explique la fréquence de leurs irruptions sur la capitale même. Peu s’en fallut qu’ils ne s’en rendissent entièrement maîtres,dans celle qui eut lieu sous Charles-le-Gros. Ils y abordèrent avec une armée de trente ou quarante mille hommes, commandés par quatre de leurs rois ou généraux, et sept cents grandes barques, sans compter un nombre immense de bateaux. Tout cet armement couvrait plus de deux lieues de la rivière au-dessus de la ville, entourée d’une forte muraille, composée de l’île Notre-Dame, dont le terrain, appartenant au chapitre de cette cathédrale, était séparé de l’île aux Vaches, par un canal que l’on combla au commencement du dix-septième siècle, époque à laquelle elle prit le nom de Saint-Louis.

Ils en ouvrirent le siège au mois de novembre de l’an 885, et ne le levèrent que dans le même mois de l’année 886. Ils établirent un camp de retranchement dans le faubourg Saint-Germain-I’Auxerrois , ils entourèrent le cloître de l’église d’un fossé dont une rue a depuis conservé le nom, et firent de ce point le centre de leurs opérations, contre les tours qui défendaient l’approche des deux ponts en bois, par lesquels on communiquait à la ville. Les parisiens, dans cette lutte aussi longue qu’acharnée, se signalèrent par des prodiges de valeur. La conduite de l’évêque Goslin ou Gauzelin et du comte de Paris, Eudes, fils de Robert-le-Fort, bisaieul de Hugues-Capet, fut admirable : l’un exhortait, encourageait, priait Dieu, invoquait les saints patrons de la ville sur la brèche et au milieu, des périls; l’autre, présent partout, observait, dirigeait, combattait avec intrépidité; aussi, les huit assauts successifs que tentèrent les Normands, furent-ils victorieusement repoussés, quoique protégés par le jeu simultané d’énormes machines (béliers), marchant de front sur seize roues et portant chacune deux cents hommes, en même temps qu’elles lançaient des grêles de pierres et de carreaux. Mais les barbares, en se retirant, laissèrent les églises, celle de Saint-Germain d’Auxerrois, surtout, dans un état de ruine presque complet. Deux siècles environ s’étaient écoulés, lorsque sa reconstruction fut ordonnée par le prince.

Par hasard, le tombeau de saint Landri, qui avait été inhumé dans cette église en 654, et, selon quelques antiquaires, en 657 ou 660, fut retrouvé intact sous un amas de décombres. L’évêque Maurice de Stu, en 417, fit mettre les reliques du saint dans une châsse de bois doré, et l’un de ses successeurs, Pierre d’0rgemont, les transféra dans une autre d’argent, en 1408. Certes, il méritait bien ces honneurs, le digne prélat parisien qui, dans la famine de 651 , vendit tout ce qu’il possédait, jusqu’à ses meubles, pour en consacrer le produit au soulagement des pauvres de son diocèse, et fonda pour eux l’hôpital qui prit le nom d’Hôtel-Dieu. On croit que c’est Robert qui fit placer au-dessus du grand portail, l‘inscription gravée en lettres d’or sur un marbre noir.

Les statues sculptées à chacun des côtés du portail, sont celles de ces deux personnages, d’un ange, de sainte Geneviève, de saint Marcel et de saint Vincent M. Refait au treizième siècle, règne de Philippe-le-Bel, il était partagé par un gros pilier qu’on en leva en 1700, pour rendre l’entrée plus commode. On enterra, sous la première arcade de la nef de droite, la statue de saint Germain, qui était dressée contre le pilier, et ce, conformément à une ancienne coutume, qui veut que les images des saints qu’on été des églises, soient mises en terre sainte. Puis , au temps de Charles Vll, au commencement du quinzième siècle, on rebâtit une partie de l’édifice qui, dans son état actuel, se compose par conséquent de constructions de trois époques différentes. Il parait qu’ayant pris le titre d’église royale vers le milieu de ce dernier siècle, on le lui confirma lorsque le Louvre devint le palais des rois, en 1564, et que Catherine de Médicis vint l’habiter.

En 1745, les marguillers, pour rendre l’église plus propre encore à sa destination y firent opérer des travaux considérables. Le choeur, auparavant fermé à la hauteur des arcades des bas-côtés, et n’ayant qu’une porte principale, plus deux latérales, fut entièrement ouvert tel qu’on le voit aujourd’hui. Des colonnes lourdes, et de mauvais goût remplacèrent les piliers gothiques; le jubé, l’un des plus beaux de France, après ceux de la Madeleine de Troye, et de St-Étienne de Brou, disparut à son tour.
Après celle de la cathédrale, l’école de Saint-Germain-l’Auxerrois passait pour la plus ancienne qu’ait eue la capitale. Elle était très florissante sous le règne de Charlemagne, et quand bien même l’histoire n’aurait pas constaté sa célébrité, elle nous se rait révélée par un fait remarquable : C’est que le nom d’école est resté à une section de son territoire capitulaire, qui compre ait alors presque tout le côté occidental de la ville jusqu’au grand Châtelet. D’autre part, ses chanoines jouissaient de plusieurs importantes prérogatives, parmi lesquelles le droit de nommer à tous les bénéfices, fondés sur toute l’étendue de ce même territoire.

On ignore, au reste, quelle a pu être la forme de l’église bâtie par Childebert, puisque la désignation de Saint-Germain le-Rond pouvait provenir, comme on l’a dit, de la forme du cloître ou de celle du clocher. On sait toutefois que les anciennes églises des Gaules affectaient différentes figures : il y en avait de rondes, de quadrilatères; d’autres en croix, qui étaient lambrissées ou voûtées, mais presque toujours avec galeries latérales ou triple nef, et avec façade généralement tournée à l’orient. On sait très bien, que quelle que fut la forme extérieure des églises, elles accusaient toutes un symbolisme mystique qu’il est impossible de méconnaître, et que la basilique payenne ne pouvait pas avoir. La grande nef, disposée en croix comme souvenir de celle de Jésus-Christ , les bras de cette croix prolongés jusqu’aux murs latéraux qui entouraient l’édifice lorsqu’il y avait double bas-côtés ou nefs latérales. Ainsi , qu’elles eussent une nef seule ou trois, la forme cruciale était constamment observée, de même qu’elles avaient dans tous les cas une triple porte d’entrée, dont la signification trinitaire est de toute évidence. »

Source: P. Trémolière

Eglise Saint-Germain-l'Auxerrois