LIEUX HISTORIQUE

Église Saint-Jacques-du-Haut-Pas

Église

Adresse : 10-14 Rue de l’Abbé de l’Épée, 75005 Paris, France

« Cette église doit son nom à la chapelle de l’hôpital Saint-Jacques-du-Haut-Pas. J’ai dit que dès le milieu du XVe siècle, les habitants des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel, trop éloignés des églises Saint-Médard, Saint-Hippolyte et Saint-Benoît, leurs paroisses, avaient sollicité l’érection de cette chapelle en succursale. Cette demande ne leur fut accordée qu’en 1566, et l’on a vu plus haut qu’après l’installation des Bénédictins de Saint-Magloire, en 1572, dans la maison des Hospitaliers de Saint-Jacques, l’impossibilité de dire en même temps, dans la même chapelle, l’office des religieux et celui des paroissiens, détermina ces derniers à faire bâtir une nouvelle église à côté de l’ancienne dont l’usage resta aux religieux. Le nouvel édifice fut commencé en 1584, et l’on en bénit le cimetière le 10 mai de la même année.

Le prêtre qui desservait cette église prit, dès l’origine, le nom de curé, et il parait que cette cure était alors à la nomination du trésorier de la Sainte-Chapelle ; cependant l’église de Saint- Jacques-du-Haut-Pas n’était pas encore paroisse. Elle ne dut ce titre qu’à l’augmentation rapide de la population de ce quartier. Cet accroissement devint tel, que, dès 1603, on forma le projet de faire bâtir une église plus vaste, ce qui toutefois ne fut exécuté qu’en 1630, parce que plusieurs obstacles en traversèrent jusque là l’exécution. La première pierre en fut posée , le 2 septembre de cette année, par Monsieur, frère de Louis XIII; et ce fut alors seulement que les habitants obtinrent l’érection de leur église en paroisse. Cette faveur ne leur fut accordée toutefois qu’après de longues contestations, et sous la condition de certaines redevances aux curés des diverses églises dont la chapelle Saint-Jacques était auparavant dépendante. Il fut aussi ordonné que cette cure serait à l’avenir à la présentation alternative du chapitre Saint-Benoît et du curé de Saint-Hippolyte.

Toutefois les travaux de la nouvelle église, commencés avec beaucoup d’ardeur, restèrent suspendus, faute de secours, jusqu’en 1675, et à cette époque on n’avait encore construit que le chœur de l’église que nous voyons aujourd’hui. On en dut la continuation à madame Anne-Geneviève de Bourbon , princesse du sang, duchesse douairière de Longueville, qui s’était retirée aux Carmélites. Elle posa la première pierre de la tour et du portail le 19 juillet de cette année, et ses libéralités furent d’un grand secours à la fabrique pour en achever la construction; mais il est juste de dire que la plus grande partie de la dépense fut faite par les paroissiens. Il est peu d’exemples, dans cette histoire, d’un zèle de piété plus unanime et plus touchant. Les carrières, qui étaient en grand nombre dans le quartier, fournirent gratuitement toute la pierre dont cette église est pavée, et les ouvriers employés à sa construction voulurent donner chacun un jour de leur travail par semaine. Ces deux parties de l’église, le portail, décoré de quatre colonnes doriques, et la tour de forme carrée, furent construites sur les dessins de l’architecte Guittard, membre de l’Académie, et achevés en 1684. On commença en 1688 la chapelle de la Vierge.

Dans cette église et dans le cimetière avaient été inhumés : Jean Duverger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, mort en 1643; Jean Dominique Cassini, célèbre astronome, mort en 1712; Philippe de La Hire, habile géomètre, et fils du peintre de ce nom, mort en 1718; Jean Desmoulins, curé de cette paroisse, et l’un des plus dignes pasteurs dont puisse s’honorer l’église de Paris, mort en 1732.

Parmi les objets d’art qui décoraient autrefois l’église Saint-Jacques- du-Haut-Pas, on remarquait, sur le dernier pilier de la nef, à droite, près de la croisée, le Martyre de Saint Barthélemy, par La Hire. Ce fut, dit-on , ce tableau qui commença la réputation de cet habile peintre. Vis-à-vis de la chaire, un Christ, par Lelu. Sur la porte de la sacristie, une Nativité et un Saint Pierre dans la prison, sans nom d’auteur. Sur l’autel de la Vierge, une Assomption, dans une chapelle à gauche, le Mariage de la Vierge ; également sans nom d’auteur.

Depuis quelques années on a placé dans cette église un tableau de grande dimension, représentant l’Ensevelissement de Jésus-Christ, peint par De George, élève de David, et qui fut exposé au salon de 1819.

L’église de Saint-Jacques-du-Haut-Pas est aujourd’hui la seconde succursale de la paroisse Saint-Étienne-du-Mont. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Eglise Saint-Jacques-du-Haut-Pas