LIEUX HISTORIQUE

Église Saint-Julien-le-Pauvre

Église

Adresse : 1 Rue Saint-Julien le Pauvre, 75005 Paris, France

Saint Julien-le-Pauvre est avec Saint-Germain-des-Prés, Saint-Pierre de Montmartre et Notre-Dame, une des plus vieilles églises de Paris. Elle date de la seconde moitié du XIIe siècle. On la construisait en même temps que la cathédrale, et probablement elle fut terminée la première.

C’était le moment où l’architecture gothique succédait à l’archi-tecture romane, la Transition comme on dit aujourd’hui. Elle fut construite par les Religieux de Sainte-Marie de Longpont,
près Montlhéry, et à côté d’elle était le monastère, un prieuré qui comptait jusqu’à cinquante moines. Les destinées de cette église furent brillantes au Moyen-Age. Sous ses voûtes se tenaient les assemblées générales de l’Université de Paris, et dans ces assemblées on élisait le Recteur.
Saint Julien, martyr, fut son premier patron. Puis, à ce premier patron on en ajouta un deuxième, Saint Julien, évêque du Mans, surnommé le pauvre à cause de sa grande charité qui le portait à donner aux malheureux tout ce qu’il possédait. A ces deux protecteurs un troisième vint se joindre. Il s’appelait aussi Julien. Il avait fondé un hôpital sur le bord d’un fleuve dont la traversée était périlleuse, et non seulement il soignait les malades avec sa femme dévouée comme lui envers ceux qui souffraient, mais encore il passait dans sa barque les voyageurs qui voulaient aller d’une rive à l’autre. Sa femme l’aidait également dans son métier de nautonier. La légende raconte qu’un jour un lépreux se présenta à Julien, demandant à passer l’eau. Sans hésiter les deux époux saisirent leurs rames, Mais au milieu du fleuve le lépreux disparaissait, et le Christ qui, un instant, avait pris cette apparence, se tenait debout dans la barque promettant à ses deux bateliers le royaume des cieux comme récompense de
leur abnégation. De ces trois personnages, c’est le deuxième qui a survécu dans la tradition : l’évêque a été plus heureux que le martyr et le passeur d’eau.

Avec le Moyen-Age, Saint Julien-le-Pauvre vit finir sa splendeur.
En 1651, comme le portail menaçait ruine, on n’imagina rien de mieux que de supprimer les deux premières travées de la nef. Alors on démolit ce portail qui tomba avec ses colonnettes, ses chapiteaux, ses statues ; la pioche entama les gros murs, la voûte, les piliers, et lorsque l’œuvre de destruction fut achevée, on plaqua sur l’édifice un mauvais portail grec qui se voit encore aujourd’hui, bien dégradé. La tour de l’église eut le même sort que le portail ; on la
jeta par terre, et il n’en reste que la base. La Révolution passa sur Saint-Julien-le-Pauvre sans trop ajouter à ce qui avait été fait cent ans auparavant. En 1826, l’Hôtel-Dieu n’ayant plus de
chapelle, il fut décidé que cette église servirait pour le service religieux des malades et des employés. Et alors Saint-Julien-le- Pauvre porta bien son nom, car après avoir vu les pompes du Moyen-Age; il reçut tous les jours sous ses voûtes froides et humides, entre ses murs nus et verdis par l’eau, les corps des déshérités de la vie qui étaient venus mourir sur un lit d’hôpital !

Passons maintenant à la description de notre église.
Saint-
Julien-le-Pauvre peut avoir dans la partie restée intacte quinze mètres de hauteur. Sa longueur est de vingt et un mètres ; sa largeur de seize mètres. Elle se compose actuellement d’une nef à quatre travées, avec bas-côtés. Les six piliers de la nef sont monocylindriques. Leurs chapiteaux refaits au XVIIe siècle sont toscans, sauf les deux du milieu. Ces derniers, tout à fait modernes, sont gothiques, mais sans valeur. Les grands arcs sont en plein cintre légèrement surélevé. La voûte, refaite aussi au XVIIe siècle, est en berceau. Quatre petites fenêtres, percées à la naissance de cette voûte, donnent du jour dans la nef. Six fenêtres éclairent les bas-côtés jusqu’au chœur exclusivement.

Par suite des profondes retouches qu’elle a subies, cette nef a perdu presque tout son intérêt archéologique. Mais il n’en est pas de même du reste de l’édifice qui a conservé son caractère
ancien, son ordonnance primitive. Le chœur nous présente une belle travée double à quatre arcades dont les archivoltes sont en arcs brisés. Un pilier monocylindrique sépare de chaque
côté les deux arcades, et reçoit sur son chapiteau les retombées des arcs. Quatre fenêtres à doubles baies éclairent ce chœur. Sa voûte est d’arêtes sur croisées d’ogives. L’abside est formée, ainsi que nous l’avons dit, de trois travées. Elle est éclairée par deux rangs de fenêtres simples, les trois fenêtres supérieures plus hautes que les trois inférieures. Comme cette abside n’a pas de pourtour, elle n’a pas, non plus, d’arcades. Mais des faisceaux de trois colonnettes partent du sol et montent jusqu’à la voûte, qui est aussi d’arêtes sur croisées d’ogives, pour recevoir sur leurs chapiteaux les retombées de ses arcs. Les deux absidioles reproduisent en petit l’abside principale. Celle de droite est plus profonde que celle de gauche. La première a trois fenêtres, la seconde en a deux. L’aspect de ce sanctuaire est simple et sévère. On ne saurait trop admirer la pureté et la simplicité de ses lignes. C’est le gothique à sa naissance, se dégageant du roman.

L’ornementation de l’édifice est celle de la première période gothique. La belle flore du XIIe siècle apparaît sur ses chapiteaux. Nous y trouvons l’arum, le nénuphar, la fougère et la vigne. Le plantain seul, qui se voit souvent avec le nénuphar, fait défaut. Dans la nef, enclavés dans le mur de clôture du portail, on aperçoit les restes de deux grands chapiteaux de vigne qui devaient appartenir aux piliers supprimés. Les chapiteaux des colonnettes engagées dans les murs des bas-côtés présentent de l’arum, du nénuphar et de la fougère. Plus heureux que ceux de la nef, ils ont échappé à la destruction.
Les deux gros chapiteaux des piliers du chœur sont des chefs-d’œuvre. Celui de droite est formé d’acanthe, Aux angles sont quatre figures à têtes de femme, corps emplumés, ailes déployées, pattes armées de griffes. Ce sont des harpies. Celui de gauche est également formé d’acanthe, sans figures, il est vrai, mais d’une largeur de composition vraiment remarquable.

Toutefois la feuille qui domine à Saint-Julien-le- Pauvre est celle du nénuphar. Elle est magistralement traitée et ses motifs rappellent ceux de Notre-Dame. Ce sont les mêmes artistes qui ont dû faire la sculpture de la grande cathédrale et de la petite église. Il y a dans la sculpture de Saint-Julien-le-Pauvre une science de composition et une perfection d’exécution qui ne permet pas d’en douter. Sur les hauts chapiteaux des colonnettes des piliers séparant la nef du chœur, le chœur de l’abside, et sur les chapiteaux des colonnettes de cette abside elle-même, le nénuphar se voit, mêlé à l’arum et à la fougère. Dans cette fougère on retrouve encore le coup de ciseau des artistes de Notre-Dame. Enfin sur les chapiteaux des absidioles
il n’y a que du nénuphar. On compte cent cinquante chapiteaux à Saint-Julien-le-Pauvre. Cette richesse d’ornementation nous montre avec quel soin fut construit l’édifice.

Dans les bas-côtés on voit la statue de Saint Augustin, celle de Saint Landry, 28e évêque de Paris, qui fonda l’Hôtel-Dieu près de sa cathédrale, et celle du baron de Monthyon, dont la charité assura des encouragements aux actions vertueuses. La statue de Saint Landry et celle du baron de Monthyon, œuvre en marbre de Bosio, décoraient le péristyle de l’ancien Hôtel-Dieu.

Source : E. Lambin, Les églises de l’Ile-de-France, Ed. aux bureaux de la Semaine des constructeurs, 1898, Paris.

Église Saint-Julien-le-Pauvre