LIEU HISTORIQUE

Église Saint-Laurent

Moyen Âge

Adresse : 68 Boulevard de Magenta, 75010 Paris, France

« L’église de Saint-Laurent fut dès son origine un monastère de l’ordre de Saint-Benoît dépendant de Saint-Martin-des-Champs. On ne sait ni par qui ni en quel temps elle a été bâtie, ni même si elle a toujours existé à la place qu’elle occupe aujourd’hui. Grégoire de Tours en parle dans deux passages de son histoire, et prouve ainsi son antiquité: il dit d’abord que du temps de Clotaire, saint Domnole, depuis évêque du Mans, était abbé du monastère de Saint-Laurent, gregi monasteriali prœerat; et ailleurs que l’inondation de la Seine et de la Marne, en l’année 583, fut si considérable, qu’il arriva de fréquents naufrages entre la ville et l’église de Saint-Laurent, espace que recouvraient les eaux. Que ces passages soient de Grégoire de Tours ou qu’ils aient été ajoutés à son histoire dans un temps postérieur, on en pourra toujours conclure que la basilique de Saint-Laurent existait au commencement du VI siècle; car saint-Innocent, évêque du Mans, à qui succéda saint Domnole, mourut en 534.

Mais la circonstance extraordinaire de l’élévation des taux de la rivière jusqu’à Saint-Laurent a porté des auteurs très respectables […] à penser que l’église devait être alors plus rapprochée du lit ordinaire de la Seine, et située sur la rive gauche, au midi de l’île de la Cité. Duplessis va même jusqu’à dire que l’église de Saint-Laurent étant abbatiale, ne peut être différente de l’église de Saint-Severin, qui, dans un diplôme de Henri Ier, était désignée avec trois autres dont quelques unes avaient été abbatiales.

Situé hors de la ville, dépourvu de moyens de défense, le monastère de Saint-Laurent fut exposé aux incursions des Normands : les bâtiments furent détruits, les moines dispersés.

Il n’est ensuite question de Saint-Laurent dans l’histoire qu’au XIIe siècle. Il parait, par des lettres de Thibaud, évêque de Paris, qu’à cette époque, c’est-à-dire en 1149, l’église de Saint-Laurent appartenait au prieuré de Saint-Martin-des-Champs, et l’abbé Lebeuf pense que ce pouvait être un don fait par l’évêque au monastère de Saint-Martin, dont il avait été prieur. Saint-Martin-des-Champs conserva jusqu’à la révolution le droit de nommer à la cure de Saint-Laurent.

On retrouve ensuite l’église de Saint-Laurent élevée au rang de paroisse. Il paraît que l’érection eut lieu sous Philippe-Auguste, et peut- être, comme le croit Dubreuil, lorsque le roi commença, en 1190, une nouvelle enceinte de Paris. Mais beaucoup d’auteurs croient que Saint-Laurent a été église paroissiale bien avant Philippe-Auguste. La distance qui a existé longtemps entre la ville et cette église, et la population considérable qui s’étendait sur son territoire, sont de fortes raisons en faveur de cette opinion. Ce fut cette multitude de citoyens dont le nombre s’augmentait chaque jour qui donna lieu sans doute à l’érection de la cure.

Disons un mot de l’édifice de Saint-Laurent. L’église qui subsistait au XIIe siècle fut entièrement rebâtie au XVe, et dédiée, le 19 juin 1429, par Jacques du Chastelier, évêque de Paris. En 1432, Jeanne la Tesseline, veuve de Regnaud de Gaillonnel, pannetier de Charles VI et habitant de cette paroisse, y fonda, à l’autel de Notre-Dame, une chapellenie dont elle laissa après son décès la nomination au curé. L’église Saint-Laurent fut augmentée en 1548 de six chapelles. Elle devait présenter sans doute peu de commodité ou de solidité, car elle fut reconstruite en grande partie en 1595 avec le produit des aumônes des habitants de Paris. Le grand portail que l’on voit aujourd’hui ne fut élevé qu’en 1622. Ce portail, irrégulier, est tourné du côté du couchant, et fait face à la rue de la Fidélité, en entrant par le faubourg Saint-Denis. En 1714, on éleva derrière le chœur, en l’honneur de la Vierge, une chapelle surmontée d’un dôme orné de peintures à fresque, d’un assez bon goût. Dans la chapelle de la Visitation fut inhumée Louise de Marillac, veuve de Le Gras, secrétaire des commandements de Marie de Médicis, morte en 1660. Cette dame se distingua par un zèle très ardent pour le soulagement des pauvres, en faveur desquels elle institua les Filles de la Charité, dont elle fut la première supérieure, et qu’elle mit sous la direction générale de la mission de Saint-Lazare.

L’architecture de Saint-Laurent n’offre rien de bien saillant, mais elle est pourtant assez estimée. On remarque les fonts baptismaux. Le sol des rues environnantes, autrefois plus bas que celui de l’église, s’étant exhaussé progressivement, on est obligé aujourd’hui de descendre trois marches pour entrer dans l’église.

L’édifice est à double bas-côtés depuis la porte jusqu’à la croisée. L’intérieur est orné avec assez de goût. Le maître-autel est construit sur les dessins de Lepautre, connu par la beauté de ses ouvrages d’architecture. Le Christ sortant du tombeau, les deux anges qui l’accompagnaient, et les deux autres qui étaient sur le fronton, le crucifix qui surmontait le jubé, et la statue de sainte-Appolline dans la chapelle de ce nom, étaient des ouvrages de Jules Guérin, ancien professeur à l’Académie de peinture et de sculpture, mort le 16 février 1678. Parmi les tableaux que renfermait l’église on en distinguait deux : l’un, de Durand, était la Présentation de Jésus au temple; l’autre, de Trézel, Saint-Pierre conduit au supplice. Ces deux tableaux, et la plupart des morceaux d’architecture dont j’ai parlé, disparurent pendant la révolution.

On remarque aujourd’hui à Saint-Laurent les objets suivants donnés par la ville de Paris à cette église : une statue colossale de sainte-Appolline, coulée en plâtre en 1825, par Bougron, pour remplacer celle de Guérin; une descente de croix, également en plâtre, et sans nom d’auteur; l’Apothéose de sainte-Geneviève, peinte par Lancrenon en 1827; enfin le Martyre de saint-Laurent, tableau de Greuze, placé au-dessus de la chapelle du saint.

Cette chapelle a été érigée devant la porte latérale de l’ouest, qui ouvrait sur l’ancien cimetière de la paroisse, et par laquelle on transportait les morts de l’église dans ce cimetière. Cette porte existe encore extérieurement; elle donne rue de la Fidélité, du côté du faubourg Saint-Martin. C’est sur l’emplacement du cimetière que cette rue a été percée, et que l’on a bâti la maison de bains que l’on y voit aujourd’hui. En novembre 1804 on exhuma du cimetière Saint-Laurent des corps qui furent portés aux catacombes.

L’église Saint-Laurent avait autrefois pour succursale Saint-Josse et Notre-Dame de Bonne-Nouvelle; son unique succursale est aujourd’hui l’église de Saint-Vincent de Paul. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

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