LIEUX HISTORIQUE

Église Saint-Leu-Saint-Gilles

Église

Adresse : Eglise Saint Leu, 92 Rue Saint-Denis, 75001 Paris

« Cette église ne fut dans l’origine qu’une chapelle de l’ancienne église de l’abbaye de Saint-Magloire. « Les bourgeois et habitants de ces quartiers, dit Sauvai, se voyant si éloignés de Saint-Barthélemy, leur paroisse, demandèrent à l’abbé et aux religieux de Saint-Magloire la permission d’y faire célébrer a leurs dépens la messe et le service divin, ce qui leur fut accordé. Mais les religieux en étant incommodés lorsqu’ils y faisaient leur service, ils consentirent que l’autel de Saint-Leu-Saint-Gilles se transporterait en une nouvelle église qui aujourd’hui a conservé son nom. Cet accord fut fait, en 1235, entre l’abbé de Saint-Magloire et le recteur et curé de Saint Barthélemy, par lequel accord lesdits de Saint-Magloire permirent, de l’agrément de Guillaume III, évêque de Paris, au curé de Saint-Barthélemy et aux paroissiens qui étoient en-decà du pont, de faire construire une chapelle ou succursale de Saint-Barthélemy en la terre de Saint-Magloire, de huit toises de large sur dix-huit de long, avec deux cloches seulement du poids de deux cents chacune, distante de l’abbaye de Saint-Magloire au moins de six toises. » En 1319, cette chapelle fut reconstruite, et les religieux de Saint-Magloire permirent qu’on y mît deux cloches qui pussent être entendues dans les rues Aubry-le Boucher et du Bourg-l’Abbé, où étaient les maisons qui dépendaient de cette succursale. En 1481, les marguilliers de la même chapelle représentèrent aux religieux que ces deux rues avaient des maisons beaucoup plus élevées qu’en 1319, et on leur permit de fondre des cloches plus considérables. Peu à peu la chapelle s’agrandit; Jacques, évêque de Calcédoine, y consacra six autels le 10 juin 1533; enfin on jeta les fondements du chœur en 1611. Elle avait été, peu après son érection, réunie à la cure de Saint-Barthélemy, parce qu’il ne s’y trouvait pas assez d’habitants pour avoir un pasteur à Saint-Leu-Saint-Gilles; mais enfin le nombre des paroissiens devint si considérable qu’on fut obligé, en 1617, d’ériger la chapelle en église. Henri de Gondi, cardinal de Retz, alors évêque de Paris, termina ainsi un procès qui s’était formé pour la cure de Saint-Barthélemy entre Louis Brumet, chanoine de l’église de Paris, et Michel de Rennes, chanoine de Saint-Honoré. Il donna la cure de Saint-Barthélemy à ce dernier et celle de Saint-Leu à Louis Brumet qui eut pour l’un de ses successeurs André du Saussay, auteur du Martyrologe gallican, et depuis évêque de Toul.

L’église Saint-Leu fut entièrement réparée en 1727 ; l’intérieur fut décoré d’une fort belle menuiserie, ouvrage d’un nommé Laigu, et de sculptures exécutées par Guillemet, sculpteur en bois. Au mois d’octobre de cette même année, un habile charpentier, Guillaume Guérin, entreprit de transporter d’une tour qui menaçait ruine, sur une autre tour nouvellement bâtie, la charpente tout entière du clocher de l’horloge. Cette opération difficile fut exécutée avec le plus grand succès par le moyen, d’un échafaud sur lequel on fit rouler le clocher, qui avait sept pieds et demi de diamètre sur trente-cinq d’élévation. D’une tour à l’autre, il se trouvait une distance de vingt-quatre pieds. En 1780, l’architecte de Wailly fut chargé de plusieurs travaux dans le chœur de l’église Saint-Leu. Il rehaussa le sol du sanctuaire, construisit une chapelle souterraine et décora le grand-autel. On y a exécuté d’autres réparations considérables en 1823.

Cette église était assez riche en reliques et en tableaux ; on y remarquait Saint-Gilles en habit de Bénédictin, par Oudry ; la Nativité, du même artiste ; l’Ascension, par Bertin; le Crucifiement, par Courlieu ; le Christ sur la croix, par Morelle. On voyait dans le chœur un grand tableau représentant Louis XV, entouré de la grande-duchesse de Ventadour, sa gouvernante, du duc d’Orléans, régent du royaume, du duc de Bourbon, du maréchal de Villeroi, etc. , qui prient Saint-Leu pour les jours du jeune roi (14 octobre 1716). Justinar avait peint d’après nature tous les personnages de cette scène historique. Au-dessus du maître-autel, était un magnifique tableau de François Porbus, représentant la Cène. Le Poussin disait que c’était un des plus beaux qu’il eût jamais vus. Pendant les travaux qu’on exécuta à Saint-Leu, en 1727, on détruisit le tombeau de Jean Zourhart et de Marie de Brix, sa femme. Ce Jean Zouchart était l’un de ces quatre déterminés ligueurs que le duc de Mayenne fit pendre publiquement dans la salle basse du Louvre, le 4 décembre 1591. Dans une chapelle située au coté droit du chœur, on voyait le mausolée de Marie de Landes, femme du président Chrétien de Lamoignon ; ce monument en marbre blanc était l’ouvrage de Girardon, et son origine mérite quelques explications. Marie de Landes devait être inhumée dans l’église des Récollets de Saint- Denis, et son corps n’avait été déposé que provisoirement à Saint-Leu après le service ; « mais les pauvres de la paroisse, dit Félibien, se ressouvenant des grandes libéralités que la défunte avoit répandues sur eux pendant sa vie, profitèrent de l’absence des parents, firent une fosse et y enterrèrent le corps à la hâte. L’ouvrage étoit consommé quand les parents vinrent pour faire lever le corps. Il est resté dans le lieu, et l’on a eu soin de représenter cet événement dans un bas-relief du piédestal du monument qui fut élevé à la mémoire de cette vertueuse et illustre dame.» Chrétien François de Lamoignon, fils aîné du premier président de ce nom, fut inhumé aux pieds de son aïeule, au mois d’août 1709.

Il y avait à Saint-Leu une confrérie de l’Ange-Gardien, instituée par Henri de Gondi, évêque de Paris, et approuvée par le pape Paul V. »

J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

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