LIEUX HISTORIQUE

Eglise Saint-Médard

Église

Adresse : 141 Rue Mouffetard, 75005 Paris, France

« La rue Mouffetard est traversée par un pont sur la rivière de Bièvre ou des Gobelins, entre la rue Censier et celle du Fer-à-Moulin. Ce pont servait autrefois de limite à la juridiction de l’abbaye de Sainte-Geneviève. Au bout du pont s’étaient formés deux bourgs : l’un, compris dans les dépendances de l’abbaye, s’appelait le bourg Saint-Maart, Saint-Mard, ou Saint-Médard; l’autre était le bourg de Saint-Marcel.

Les historiens des deux premières races ne disent pas un mot de l’église de Saint-Médard; c’est donc simplement par conjecture que Jaillot a émis l’opinion qu’il avait pu exister une chapelle de Saint-Médard avant le IXe siècle. Il semble plus naturel de penser qu’anciennement les paroissiens de Saint-Médard n’étant pas assez nombreux pour avoir besoin d’une église à part, assistaient aux offices dans l’église abbatiale. Lorsque le temps eut effacé les traces que les ravages des Normands avaient laissées sur le sol de Paris, le bourg de Saint-Médard put prendre assez d’accroissement pour qu’on jugeât nécessaire d’y établir une succursale. Les chanoines de Sainte-Geneviève qui s’étaient enfuis, pendant l’invasion, dans le Soissonnais, et y avaient mis en sûreté les reliques de leur sainte patronne, avaient pu en rapporter quelques reliques de saint-Médard, qu’ils placèrent dans la nouvelle église en la dédiant sous le nom de ce saint.

Deux bulles d’Alexandre III, datées de 1163 et de 1168, sont les premiers actes authentiques dans lesquels il soit fait mention de l’église de Saint-Médard. Par la transaction passée entre l’évêque de Paris et l’abbé de Sainte-Geneviève, l’église de Saint-Médard, avec quelques autres des environs de Paris, fut déclarée exempte du droit de procuration dû à l’évêque, et la cure de cette paroisse demeura toujours à la nomination de l’abbé. A cette époque, le bourg de Saint-Médard n’avait qu’un petit nombre de maisons; mais il renfermait les clos cultivés du Chardonnet, du Breuil, du Mont-Cétard, des Mors-Fossés des Treilles, de Copeau, de Gratard, des Saussayet, de la Cendré ou locus Cinerum, de Challo, ou Challoel, etc.

On ne sait à quelle époque Saint-Médard fut érigé en paroisse. Auprès de cette église existait, aux XIV et XV siècles, comme dans plusieurs autres de Paris, un réclusoir, c’est-à-dire une cellule où vivait une femme recluse volontairement pour le reste de ses jours. Le nécrologe de Sainte-Geneviève, écrit sous Charles VI, marque au 1er mars l’anniversaire d’Hermesende, récluse de Saint-Médard.

En 1561, l’église de Saint-Médard fut envahie, au moment de l’office, par une réunion de réformés, qui, assistant au prêche dans une localité voisine, nommée la Maison du patriarche, avaient essayé vainement de faire cesser le son des cloches de Saint-Médard qui les incommodait. Le saint lieu fut profané, les catholiques furent maltraités, et cette scène scandaleuse coûta la vie à quelques uns d’entre eux. Il est vrai qu’ils prirent le lendemain une cruelle revanche; mais ou jugea probablement que ce n’était pas assez pour réparer le scandale qui avait eu lieu dans la maison de Dieu. On ne se contenta même pas du supplice des principaux coupables; les grosses amendes qu’on exigea de ceux à qui l’on fit grâce de la vie servirent à l’agrandissement de l’église de Saint-Médard.

Dès le commencement du XVIIIe siècle, il n’existait déjà plus rien dans l’église de Saint-Médard de ses constructions primitives. Ce qu’il y avait de plus ancien dans le bâtiment ne remontait pas à plus de deux cent cinquante ans. Après les désordres et les profanations des huguenots, en 1561, on employa l’argent des amendes imposées aux séditieux à la construction du chœur et du rond-point. On y fit plus tard d’autres réparations, et le grand autel fut reconstruit en 1655. Enfin, quelques années avant la révolution, on reconstruisit de nouveau et cet autel et la chapelle de la Vierge qui termine le rond-point, sur les dessins de M. Petit-Radel, architecte. Par ces restaurations diverses, l’église de Saint-Médard se trouve construite dans des styles d’architecture différents. Le maître-autel est disposé à la romaine. Dans la grande chapelle formée de quatre arcades soutenant une voûte, on voit une imitation des jours célestes de la chapelle de la Vierge de Saint-Sulpice et de celle du Calvaire à Saint Roch.

Dans la chapelle Saint-Charles, des grisailles imitant le relief représentent saint-Borromée et plusieurs figures de Vertus. Dans la première chapelle à droite se trouve un très ancien tableau peint sur bois, dont le fond était autrefois doré, représentant une Descente de croix. Le fond de la croisée, vers le midi, offre une perspective assez heureuse de l’un des bas-côtés qui manque à cette église. La chapelle de la Vierge renferme deux tableaux principaux : l’un est le mariage de la Vierge par Caminade, donné à Saint-Médard, par la ville de Paris, en 1824, l’autre est de M. L. Dupré; il représente saint-Médard couronnant la rosière, sa sœur, au milieu de toute sa famille. C’est un don fait par la ville, en 1837.

Deux personnages célèbres à des titres différents avaient été inhumés à Saint-Médard : Patru, avocat au parlement, né à Paris, en 1604, dont le style châtié et correct le fit surnommer le Quintilien français. Patru manquait pourtant de véritable goût littéraire, et, incapable d’apprécier la beauté des sentiments et des pensées, il lui préférait un certain mécanisme de style qui pouvait passer pour de l’éloquence. On ne s’étonne point qu’il ait voulu détourner La Fontaine d’ajouter l’apologue au domaine de la poésie française, et qu’il ait conseillé à Boileau de renoncer à l’Art poétique. On ne lit plus depuis longtemps ses écrits froids, faibles et décolorés, dont on vanta l’élégance, lorsque le matériel de la langue était la tâche principale des écrivains. Nicole, célèbre moraliste, l’un des plus illustres écrivains de Port-Royal, et l’un des défenseurs les plus ardents du jansénisme. Sur la fin de ses jours, il entra dans deux querelles fameuses : celle des études monastiques et celle du quiétisme; il défendit les sentiments de Massillon dans la première, et ceux de Bossuet dans la seconde. Il mourut en 1695.

Dans le cimetière de l’église de Saint-Médard, était la tombe du diacre Pâris. Fils d’un conseiller au parlement de Paris, Pâris entra d’abord dans les ordres et reçut le diaconat; mais s’étant joint aux appelants de la bulle Unigenitus qui condamnait les jansénistes, et ayant refusé de se soumettre à ses prescriptions, malgré l’accommodement signé par l’archevêque de Paris, il se vit fermer pour toujours la carrière sacerdotale. Il se voua dès lors à la retraite, et après avoir visité plusieurs monastères pour s’édifier auprès des religieux, il revint à Paris, et se renferma dans une petite maison dont on montre encore l’entrée au faubourg Saint-Marceau. Il n’en sortait que pour aller répandre en aumônes ce qu’il lui restait du revenu d’une pension que lui faisait son frère. Il avait eu le projet de se défaire de sa bibliothèque pour en distribuer le prix aux pauvres; mais comme elle pouvait être utile aux ecclésiastiques qu’il recueillait, il préféra, pour augmenter le fonds de ses aumônes, s’imposer un travail manuel. Il acheta un métier à bas, et tandis qu’une règle commune réunissait dans sa maison plusieurs solitaires qu’il entretenait, il ne voulait vivre, lui, que du produit de son propre métier. En châtiant sa chair il prétendait souffrir pour le corps de J.-C., qu’il regardait comme outragé par la bulle Unigenitus. Les jeûnes, les macérations et les veilles achevèrent de ruiner sa santé. Il mourut à peine âgé de trente-sept ans, le 1er mai 1727. A cette époque l’effervescence des esprits au sujet de la bulle était extrême. Bientôt, dans le cimetière Saint-Médard, où le diacre Pâris fut inhumé, on vit affluer de la ville et des environs une multitude qui baisait jusqu’à la poussière du lieu de sa sépulture, et en emportait comme un préservatif ou un moyen de salut. Une si religieuse vénération promettait des miracles, que la foi ou la confiance devait réaliser. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, autorisa l’érection d’un tombeau en marbre au diacre Pâris à Saint-Médard; et tout en disant, dans la lettre pastorale qu’il publia à ce sujet, que le plus grand miracle du bienheureux diacre fut d’avoir conservé une vertu si pure dans un siècle si corrompu, il s’occupa de faire constater par le ministère des curés les prodiges qu’on annonçait s’opérer sur sa tombe. L’enthousiasme alla toujours croissant. A des crises salutaires qu’on attestait être survenues chez quelques uns des nombreux malades que la confiance amenait au tombeau de Pâris, succédèrent les convulsions, les transports, l’exaltation prophétique de l’imagination en délire. Le magistrat Montgeron, témoin d’une de ces scènes, composa un gros livre, où il décrivit et figura ce qu’il dit avoir vu et entendu. Suivirent un second et un troisième volumes, qui ajoutèrent le fanatisme à l’exagération; mais ce fut en vain. Le gouvernement fit clore le cimetière; l’enthousiasme, plus factice que réel, se dissipa promptement.

Un plaisant écrivit ce distique sur la porte du cimetière : De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.

Et sans l’épigramme, dit M. Nodier, on ne se souviendrait plus des miracles.

L’église de Saint-Médard n’a plus depuis longtemps le titre de paroisse. Elle est la troisième succursale de la paroisse Saint-Étienne-du-Mont. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

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