LIEUX HISTORIQUE

Église Saint Pierre de Montmartre

Église

Adresse : 2 Rue du Mont Cenis, 75018 Paris, France

Deux édifices sur lesquels nous n’avons que de très vagues renseignements, précédèrent l’église actuelle. En 1033, le roi Louis-le-Gros et la Reine Adélaïde, sa femme, ayant établi à Montmartre les religieuses de l’ordre de Saint-Benoît, on commença de suite la construction de cette église. Les travaux furent conduits avec activité, car en 1147 on en fit la dédicace.

Elle fut solennelle. Le pape Eugène III, qui était alors en France, célébra la fête de Pâques à l’abbaye de Saint-Denis et le lendemain il se rendit à Montmartre pour consacrer le nouvel édifice. Deux personnages, qui jouèrent à cette époque un rôle considérable, l’assistèrent dans cette cérémonie. L’un était saint Bernard, abbé de Clairvaux, et l’autre Pierre-le-V énérable, abbé de Cluny. L’un fit l’ofiice de diacre et l’autre celui de sous-diacre.

L’église fut en quelque sorte divisée en deux parties. La nef où était l’autel paroissial fut dédiée à la Vierge et à saint Denis et le chœur, réservé aux Religieuses, fut placé sous l’invocation de saint Pierre. C’est ce que dit Dom Mabillon, mais Lebeuf pense que le contraire eut lieu, c’est-à-dire que l’on plaça la nef sous l’invocation de saint Pierre, et le chœur sous celle de la Vierge et de saint Denis. L’opinion de Lebeuf semble acceptable, puisque l’église devenue paroissiale garda le nom de Saint-Pierre.

Saint-Pierre de Montmartre se compose d’une nef à quatre travées, d’un chœur d’une seule travée et d’une abside circulaire formée d’une travée droite et d’un rond-point à cinq travées.

Une charpente la sépare du reste de l’église.

La nef est large. Elle a deux bas-côtés qui s’arrêtent à la naissance de l’abside. Ces bas-côtés n’ont jamais été voûtés. Les piliers de la nef sont massifs, formés, chacun, de trois grosses colonnettes. Les grands arcs, ou arcs brisés, sont assez évasés.

Au-dessus de ces arcs existe un petit triforium. La voûte actuelle est du xve siècle. Peut-être qu’avant, la nef aussi n’était pas voûtée. La travée du chœur présente à peu près les mêmes
dispositions que la nef. Sa voûte date également du XVème siècle.

Ces voûtes sont plus élevées que celle de l’abside. Cependant elles paraissent un peu basses, étant donnée la largeur de la nef et du chœur. Au-dessus du triforium, la nef est éclairée par
huit fenêtre. Le bas-côté droit en a quatre, le bas-côté gauche n’en a que deux. Les parties des deux bas-côtés correspondant au chœur sont éclairées, celle de droite par une fenêtre à deux verrières, celle de gauche par une fenêtre à trois verrières.

Deux petites fenêtres existent aussi dans le mur du portail à l’endroit des bas-côtés. Disons que ce portail, qui n’est pas le portail primitif et dont le style n’a aucun rapport avec celui de l’édifice, n’a aucune valeur.

L’abside a conservé sa voûte primitive, ses arcs ogives du XIIe siècle. Des cinq fenêtres qui l’éclairaient autrefois, quatre ont été bouchées. Seule, celle du fond n’a pas été complètement fermée, et c’est elle qui donne le peu de jour qui existe dans cette partie du monument. Les piliers de la partie rectangulaire de l’abside sont formés de colonnes et de colonnettes. Efe simples colonnettes se voient dans le rond-point. Il n’y a pas d’arcades dans cette abside, vu qu’elle n’a pas de pourtour.

De la construction passons à l’ornementation.

Nous pouvons dire sans craindre d’être contredit, que c’est la sculpture de Saint-Pierre de Montmartre qui fait son originalité, sa valeur. L’acanthe, la feuille presque unique et maîtresse de l’ornementation romane, le nénuphar, une des feuilles primordiales de l’ornementation gothique, se partagent les chapiteaux de l’édifice.

Dans le mur du portail, à l’intérieur, sont deux piliers formés chacun de trois colonnes. La colonne principale de chaque groupe est en marbre noir et blanc d’Aquitaine, avec chapiteau d’acanthe en marbre blanc. On avait longtemps pensé que ces deux colonnes étaient des colonnes antiques, débris d’un temple païen contruit sur la montagne soit en l’honneur de Mars, soit en l’honneur de Mercure. Aujourd’hui cette opinion est fortement combattue. Albert Lenoir dit que les chapiteaux de marbre blanc sont, malgré leur forme antique, d’origine chré
tienne, que la croix primitive gravée sur le volute de l’un d’eux ne laisse aucun doute à cet égard; que ces chapiteaux démontrent qu’un édifice chrétien, probablement d’origine mérovingienne, avait été élevé au sommet de Montmartre, et que la tradition qui en faisait le lieu du martyre de Saint-Denis dut être pour beaucoup dans la construction de ce monument. Si, comme le pense cet auteur, les chapiteaux proviennent de l’une des deux églises primitives bâties sur la montagne, il fallait que cette église fut somptueuse, puisqu’elle avait de si belles colonnes et de si beaux chapiteaux.

Dans la nef, les chapiteaux des colonnettes distinctes de celles des gros piliers, et qui reçoivent les retombées des arcs encadrant la partie supérieure des travées, nous présentent du nénuphar tel qu’on l’interprétait au xne siècle. Il est élégamment traité. Sur les faces des massifs regardant les bas-côtés, sont des faisceaux de colonnettes. Or, tous les chapiteaux de ces colonnettes qui ont échappé à la destruction, donnent aussi du nénuphar, auquel se mêle un peu d’acanthe. Plusieurs sont remarquables, tant au point de vue de la composition qu’au point de vue de l’exécuticn. Dans le bas-côté droit, sur les deux premiers piliers engagés dans le mur de clôture, on voit deux gros chapiteaux d’acanthe, un peu mutilés, mai s qui ressemblent beaucoup aux chapiteaux de marbre dont nous venons de parler. La partie de ce bas-côté correspondant au chœur, n’a guère que des chapiteaux refaits de nos jours, et sans valeur archéologique. La partie du bas-côté gauche correspondant également au chœur, a gardé son ornementation primitive. Là, on voit encore un chapiteau d’acanthe très original, la feuille se découpant aux angles pour former des têtes d’animaux, et un autre chapiteau donnant des tounes de nénuphar Finissons par l’abside, dont la sculpture ne le cède en rien à celle de la nef.

En pénétrant dans la travée rectangulaire de cette abside, on a, à droite et à gauche, deux groupes de trois colonnes séparant cette travée du rond-point. Les deux colonnes médianes de ces groupes sont surmontées de chapiteaux de marbre blanc.

Les fûts d’assez forte dimension sont en granit. Albert Lenoir pense que ces fûts proviennent d’édifices romains. Le chapiteau de droite est d’acanthe. Celui de gauche, selon Lenoir, serait
également d’acanthe. A l’extérieur de l’abside, les chapiteaux
des colonnettes des fenêtres sont également de nénuphar.
Telle est cette petite église Saint-Pierre de Montmartre, qui,
depuis huit cents ans a résisté aux vents et aux tempêtes battant le sommet de la montagne. A côté d’elle se dresse aujourd’hui la basilique du Sacré-Cœur.

Source :
Les églises de l’Ile-de-France / par Emile Lambin,..

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