LIEUX HISTORIQUE

Église Sainte-Marguerite

Église

Adresse : 38 Rue Saint-Bernard, 75011 Paris, France

« En 1625, un curé de Saint-Paul, nommé Antoine Fayet, fit bâtir à ses frais, et sur un terrain qui lui appartenait, une chapelie qu’il destinait à servir de sépulture à sa famille, et qu’il plaça sous l’invocation de Sainte-Marguerite. Cette fondation était fort commode pour les habitants de ce quartier qui se trouvaient fort éloignés de Saint-Paul leur paroisse; ils y firent célébrer l’office divin et demandèrent qu’elle fût érigée en succursale. Les marguilliers de Saint-Paul s’opposèrent vivement à ces prétentions, et ce ne fut qu’en 1634 que l’archevêque de Paris accorda à la chapelle Sainte-Marguerite le titre d’église succursale de Saint-Paul. En 1712, cette succursale devint entièrement indépendante, et forma une cure particulière servant de paroisse aux habitants du faubourg. Grâce aux accroissements prodigieux de cette partie de la ville, le nombre de ses paroissiens s’élevait, au milieu du XVIIIe siècle, à plus de quarante mille. Son territoire s’étendait, d’un côté, depuis la porte Saint-Antoine jusqu’au-delà du couvent de Picpus, et de l’autre, depuis le petit Bercy jusques aux moulins de Ménilmontant.
Aussi fut-on obligé d’y faire des agrandissements successifs dont les plus importants eurent lieu en 1713 et en 1765, et qui furent si considérables, qu’à cette époque la chapelle primitive ne formait plus que le dixième de l’église. On prit, en 1765, une portion du cimetière contigu, et l’architecte Louis y construisit une chapelle curieuse par son style qu’on pouvait appeler sépulcral. Éclairée seulement par une ouverture carrée pratiquée à la voûte, elle est remplie de bas reliefs, d’inscriptions et d’ornements lugubres; un tombeau antique forme le maître-autel, et derrière s’élève un grand tableau de trente pieds de haut, peint par Briard, et représentant le Purgatoire. On y voit encore un beau groupe sculpté d’après les dessins de Girardon par deux de ses élèves Le Lorrain et Nourrisson; c’est une Descente de Croix. Les murs intérieurs sont décorés de peintures à fresque exécutées par Brunetti. Sur un médaillon ménagé entre les arcades qui forment l’entrée, on a sculpté le portrait de Vaucanson, célèbre mécanicien, mort en 1782.
Dans l’église, on remarquait une excellente peinture de sainte-Marguerite dans sa prison, exécutée en 1656, par Alphonse du Fresnoy; et un autre bel ouvrage de Louis Boullogne, premier peintre du roi. On y a vu aussi, pendant longtemps, le tombeau d’Antoine Fayet. Ce tombeau était formé d’un vaisseau de marbre noir soutenu par quatre anges de marbre blanc. C’était un fort beau monument, mais en 1737 le curé Goy, offensé de la nudité des anges, profita de quelques réparations auxquelles travaillait dans le chœur l’architecte l’Épée, pour cacher aux yeux ces figures; il les fit enterrer de plus de deux pieds sous terre.
Ce curé, du reste, fut un des plus généreux et des plus éclairés bienfaiteurs de son église. Par son testament, il légua à la fabrique deux bibliothèques. L’une, nombreuse et choisie, devait être ouverte tous les jours aux ecclésiastiques de la paroisse, et au public les lundi, mercredi et vendredi; l’autre était composée uniquement de livres de piété en langue vulgaire destinés à être prêtés aux paroissiens pauvres qui en demanderaient. En outre, il laissa pour l’entretien et l’augmentation de la première une rente annuelle de 400 livres, et de 50 livres pour la seconde, et de 800 livres pour les deux prêtres qui feraient les fonctions de bibliothécaires. Le curé Goy fonda encore des rentes considérables pour répandre l’instruction parmi les enfants pauvres de la paroisse. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : n°3 : Plan Turgot, 1734-1739, Gallica.

Église Sainte-Marguerite