LIEUX HISTORIQUE

Fontaine des Innocents

Fontaine

Adresse : 43 Rue St Denis, 75001 Paris, France

« Dom Félibien, et dom Lubineau, très prolixes historiens de Paris, mais qui mirent dans leurs recherches beaucoup de patience et d’exactitude, ont été les premiers à observer que la fontaine des Innocents était bien moins moderne que communément on ne pensait ; qu’il en était fait mention, dès 1273, dans des lettres patentes accordées par Philippe-le-Hardi, au sujet d’une transaction qui eut lieu entre ce prince et le chapitre de Saint-Merry. Malheureusement, à cette remarque, ils ne joignent aucun détail sur l’état où fut trouvée cette première fontaine à l’époque de sa reconstruction. Il serait maintenant très curieux de pouvoir examiner comment, avant la renaissance des arts, on concevait des monuments de cette espèce.

Au reste, en 1550, à l’ancienne on substitua une fontaine nouvelle, dont la direction fut confiée à Pierre Lescot, architecte, et à Jean Goujon, sculpteur. Ces deux artistes célèbres, qui illustrèrent le siècle de François Ier. et de Henri II, se plurent à déployer, dans la composition et l’exécution du monument, la grâce et l’élégance dont il était susceptible. Jamais on ne sut mieux disposer l’architecture pour être embellie par le statuaire. Jamais on n’imagina un genre de sculpture plus propre à faire valoir l’architecture. Aussi, bien que ce monument, tel qu’il est aujourd’hui, et bien plus encore tel qu’il était alors, ne soit pas à l’abri de toute critique sous le rapport du caractère et de la destination, les proportions en sont si bien entendues, on y remarque de si beaux profils, des ornements si pleins de goût ; enfin, la sculpture en est tellement élégante et gracieuse, qu’il a passé, depuis son origine, et qu’il passera toujours pour un véritable chef-d’œuvre.

A cette même époque, M. Six, architecte, proposa au baron de Breteuil, d’oser changer le plan de cette fontaine, et de la construire au centre de la place, sans rien changer à la décoration, en ajoutant une quatrième face semblable aux trois premières dont on avait déjà les matériaux.

« Cette idée, observe M. Landon, dans son ouvrage intitulé Description de Paris et de ses édifices, cette idée, qui présentait à la fois de l’économie et la facilité d’isoler avec grâce un monument qui n’avait point été ainsi conçu dans son origine, fut accueillie et mérita une récompense 3 à l’artiste ; l’exécution en ayant été concertée entre messieurs Poyet, alors architecte de la ville, Legrand et Molinos, architectes des monuments publics, la fontaine fut démontée, transportée et reconstruite, sans que la sculpture en souffrît la plus légère atteinte. Il fallait ajouter trois nouvelles figures, et deux autres bas-reliefs à ceux qui existaient déjà de la main de Jean Goujon. M. Pajou fut chargé de cet ouvrage, et sut se conformer au style de son modèle ; son travail eut du succès. Il décore le côté qui fait face à la rue de la Ferronnerie. Les vasques, les lions et les autres ornements furent partagés entre MM. Lhuillier Mezieres et Danjou. »

Aux divers motifs qui déterminèrent à reconstruire ce monument, on peut ajouter l’état de dégradation où il se trouvait à cette époque, quoiqu’il eût été restauré en 1705.

Dans son ensemble, elle présente un plan carré, formé de quatre arcades à jours, avec leurs pieds-droits que décorent des pilastres accouplés, entre chacun desquels est une nymphe sculptée en relief, et tenant une urne. D’autres nymphes et naïades étaient représentées dans des bas-relieſs carrés ajustés sous les arcades, dans le soubassement qui est entre les piédestaux des pilastres ; mais la trop grande humidité que procurait l’eau, qui retombait en nappe par-dessus, ayant fait craindre de perdre en peu de temps ces excellents morceaux de sculpture, monsieur le préfet du département de la Seine les a fait retirer en 1810, et placer dans l’hôtel de la préfecture. Chaque façade est couronnée par un fronton triangulaire, derrière lequel on aperçoit une calotte ou petite coupole recouverte en écailles de poissons. Au milieu du monument se trouve une vasque élégante d’où jaillit l’eau qui retombe ensuite en nappes dans de larges cuvettes placées en avant de chaque angle ; des lions couchés y jettent également de l’eau, et le tout retombe dans un grand bassin carré auquel on arrive par quelques degrés.

Cette fontaine n’a pas toujours été alimentée par un si grand volume d’eau ; comme toutes les autres, elle ne possédait, avant la construction du canal de l’Ourcq , qu’un très-petit filet d’eau. Aujourd’hui elle reçoit des eaux du canal de l’Ourcq et de la pompe Notre-Dame.

Puisqu’il n’existe plus d’église près de cette fontaine, il serait à désirer qu’on changeât son nom, et qu’on lui rendît le premier qu’elle portait, celui de fontaine des nymphes. On lit encore, sur de petits cartouches en marbre noir placés au-dessus de chaque figure, cette inscription : FONTIUM NYMPHIS. « Aux nymphes des fontaines. »

On en lisait une autrefois, faite par Santeuil, et qui avait été gravée en 1689. La voici : QUOS DURO CERNIS SIMULATOS MARMORE FLUCTUS HUJUS NYMPHA LOCI CREDIDIT ESSE SUOS. C’est-à-dire, « La nymphe de ce lieu a cru reconnaître ses propres flots dans ceux que le ciseau a sculptés sur le marbre. »

Si cette nymphe ou celui qui l’a fait parler, avait eu plus de goût, elle aurait moins loué, sans doute, l’imitation des flots, que celle d’une nature pleine de grâce, d’élégance et de souplesse. »

Source : A. Duval, Les Fontaines de Paris, anciennes et nouvelles, Ed. Bance aîné, 1828, Paris.

Source photographie : n°1 : Jeann Menjoulet,

Fontaine des Innocents