LIEUX HISTORIQUE

Fontaine de Sèvres, de l’Égyptienne

Fontaine

Adresse : 44 Rue de Sèvres, 75007 Paris, France

« Cette fontaine, du nombre de celles dont l’érection a été ordonnée en 1806, est située rue de Sèves ou de Sèvres, un peu plus haut que les Incurables, hospice fondé en 1734, par le cardinal de Larochefoucauld. Elle présente dans son ensemble une porte de temple égyptien, dont la baie sert de niche à une statue qui tient un vase de chaque main, et en verse de l’eau dans une cuvette demi-circulaire. Le trop-plein de ce réservoir se vide par un mascaron en bronze, représentant une tête de lion ou de sphinx égyptien.

Il n’y a pas trente ans que cette fontaine aurait paru bizarre; elle plaît aujourd’hui. On ne saurait la voir sans se rappeler une expédition mémorable. Heureuse l’idée de rattacher ainsi aux monuments publics d’intéres sans souvenirs, quand toutefois ils n’altèrent point le caractère de ces monuments ! Mais en applaudissant à l’intention de M. Bralle, qui a cherché un des premiers, à reproduire ici un genre d’architecture tout nouveau pour les Français, des gens de goût auraient désiré dans sa composition plus de noblesse, d’élégance, et de développement. Dans plusieurs ouvrages, et notamment dans l’atlas de l’excellent voyage de M. Denon, il eut été facile de prendre de meilleurs modèles. Pourquoi, demandent-ils, une clé si massive et si lourde au-dessus de la niche ? Pourquoi dans les piédroits, une moitié en avant-corps, et l’autre en arrière? La mesure était-elle rigoureusement donnée pour s’astreindre à une proportion si petite ? Ce qui frappe d’abord dans les monuments de la Haute-Égypte, c’est la grandeur, l’étendue. Qui reconnaîtra jamais là une copie de la porte de ces temples si vastes? L’entrée d’un temple monolithe, c’est-à-dire d’une seule pierre, est beaucoup moins resserrée. Nous ajouterons qu’il est étonnant que l’artiste qui avait imaginé d’ajuster, dans le goût du globe ailé, l’aigle, ce roi des airs, n’ait point cherché à placer dans tout son monument quelques hiéroglyphes. Les piédroits lui fournissaient une page à remplir; il aurait pu essayer de représenter, au moyen de la sculpture en creux, quelque sujet analogue à l’érection de la fontaine. Avec du goût, cet essai pouvait devenir heureux.

La statue qui décore la niche, et à laquelle on n’a fait qu’ajouter un vase à chaque main, est une copie en pierre faite par M. Beauvalet, d’après la figure en marbre pentélique . On nous saura gré sans doute de placer ici, sur ce beau morceau d’antiquité, quelques détails extraits du livret du Musée, ouvrage auquel a travaillé M. Visconti.

Antinous, jeune favori d’Hadrien, s’était jeté dans le Nil, et avait volontairement sacrifié sa vie pour prolonger celle de son maître. Touché d’un dévouement si rare, l’empereur voulut en éterniser la mémoire, en lui élevant des statues et des temples, et en bâtissant en l’honneur de son favori la ville d’Antinopolis. Cette statue, l’un des nombreux monuments de la reconnaissance de ce prince, représente Antinous en divinité égyptienne. Il est debout, dans l’attitude ordinaire des dieux égyptiens, et nu , à l’exception de la tête et de la ceinture, qui sont couvertes d’une espèce de draperie ornée de plis ou cannelures parallèles, faites peut-être pour imiter les étoffes rayées de noir et de blanc dont les habits sacrés étaient formés.

Cette statue étant en marbre blanc contre l’usage des égyptiens qui exécutaient toujours celles de leurs divinités en marbre de couleur, on pourrait conjecturer qu on a voulu y représenter Antinous sous la forme d’Orus, le seul dont ils faisaient les images en marbre blanc, comme étant le dieu de la lumière. Au surplus, quoique dans la composition et l’attitude de cette figure on ait cherché à imiter la manière des anciens ouvrages de l’art égyptien, la beauté des formes, la belle exécution des détails indiqueraient assez qu’elle n’en est qu’une imitation de style grec, lors même que le portrait bien connu d’Antinous ne servirait pas à en constater l’époque précise.

Cette belle figure est tirée du musée du Capitole; elle a été découverte en 1738, à Tivoli, dans la Villa Hadriana. On a donné une couche de bronze à la copie en pierre.

La fontaine de la rue de Sèvres s’alimente de l’eau qu’envoie dans une grande partie du faubourg Saint-Germain la pompe à feu de Chaillot. »

Source : A. Duval, Les Fontaines de Paris, anciennes et nouvelles, Ed Bance aîné, 1828, Paris.

Fontaine de Sèvres, de l’Égyptienne