LIEU HISTORIQUE

Hôtel d’Alençon – Hôtel de Longueville (Disparu)

Hôtel particulier

Adresse : 8 Rue de l’Amiral de Coligny, 75001 Paris, France

« Edmond de Poulie possédait en cet endroit une grande maison et un jardin qu’il vendit au comte de Poitiers, Alphonse, frère de saint-Louis. Ce prince fit construire sur leur emplacement, vers 1250, un hôtel qui prit le nom d’Autriche (Ostriche), de celui de la rue où il était situé. Il l’agrandit considérablement, au moyen de l’acquisition de dix maisons voisines, et, après sa mort, Archambault, comte de Périgord, en vendit la moitié, en 1281, à Pierre de France, comte d’Alençon et de Blois, cinquième fils de saint-Louis. Cet hôtel prit alors le nom d’Alençon. Enguerrand de Marigny en devint propriétaire et l’accrut de plusieurs maisons et jardins, situés du côté de la rue des Poulies, qui appartenaient au chapitre Saint-Germain-l’Auxerrois. Après sa mort, cet hôtel passa au roi; et quoique l’arrêt qui avait prononcé la condamnation de Marigny eût ordonné que son hôtel serait démoli, il ne parait pas qu’il ait été abattu.

Il fut occupé par Charles de Valois, et Marie d’Espagne, sa veuve, y demeurait en 1347; dès-lors on distinguait les deux parties de cet hôtel sous les noms de Grand hôtel d’Alençon, rue d’Autriche, et de Petit hôtel d’Alençon, rue des Poulies. En 1421, cette demeure était vide, ruinée et inhabitable. René, duc d’Alençon, la vendit en 1470, et une partie du petit hôtel fut réunie à l’hôtel Bourbon. M. de Villeroy, qui le possédait en 1552, le vendit le 15 mai 1568 à Henri III, alors duc d’Anjou : Ce fut sans doute en 1573, lorsqu’il fut appelé au trône de Pologne, qu’il le laissa à la reine, qui en fit don à Castelan, son premier médecin. Albert de Gondi. duc de Retz et maréchal de France, l’acheta des enfants de ce dernier, en 1578, et lui donna son nom, qu’il portait encore plusieurs années après; ce fut dans cet hôtel de Retz que fut conduit Ravaillac, aussitôt après son exécrable attentat. Comme cet hôtel était fort vaste, malgré les démembrements qui en avaient été précédemment faits, Marie de Bourbon, duchesse de Longueville, en acheta en 1581, au prix de 1 400 écus d’or, une partie, sur laquelle on construisit l’hôtel qui a porté son nom.

En 1665, Henri de Longueville le céda à Louis XIV, qui résolut de le faire démolir aussitôt pour agrandir la place du Louvre. Mais ce projet ne fut exécuté qu’en partie, et le bâtiment qui resta debout fut réparé en 1709, pour y loger le duc d’Antin, surintendant des bâtiments, arts et manufactures de France. « On a orné les appartements, dit un écrivain contemporain, de quelques tableaux du cabinet du roi. Chavannes a été employé pour des paysages placés sur les portes des cabinets, qui sont d’une grande beauté et font un heureux effet ainsi que les ouvrages de Desportes, pour les animaux, et de Royer pour les architectures en perspective. »

Cet hôtel fut alors nommé la Surintendance. En 1730, on en reconstruisit une partie qu’on disposa pour le bureau général des postes, l’autre partie était prise sur l’hôtel de Retz. Louise de Lorraine, seconde femme du prince de Conti, acheta la moitié de cet hôtel; et sur l’emplacement elle en fit bâtir un, qui porta son nom et dont une partie fut vendue au roi par le duc de Guise; l’autre fut acquise par M. de Villequier, et a porté le nom d’hôtel d’Aumont. Ces hôtels furent rebâtis et occupés par MM. Rouillé et de Roissy; enfin ils ont été abattus pour former la place du Louvre.

Jaillot ajoute à ces détails : « A côté des maisons qui couvrent les anciens emplacements des hôtels de Retz et de Longueville, est l’hôtel de Créquy, qui perce de la rue des Poulies dans le cul-de-sac des Pères de l’Oratoire et qui fut bâti pour Charles de Créquy, maréchal de France, en 1622; il avait appartenu à Marie-Anne de Bourbon, légitimée de France. Enfin une portion considérable de l’hôtel d’Alençon, du côté du Louvre, a formé, au milieu du siècle passé, l’hôtel de la Force et les jardins de l’hôtel de Longueville; elle est aujourd’hui représentée par la maison qui fait face à celle des Pères de l’Oratoire, et par celle qu’on appelle la capitainerie du Louvre. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : O. Truschet et G. Hoyau, Plan de Paris sous le règne de Henri II , vers 1550, Gallica.

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