LIEUX HISTORIQUE

Hôtel de Conti (Emplacement Hôtel de Nesle)

Hôtel

Adresse : 1 Impasse de Conti, 75006 Paris, France

« Ce vaste édifice occupait, avec ses dépendances, tout le terrain compris entre la rue Dauphine et la rue Mazarine, où sont aujourd’hui le palais de l’Institut, l’hôtel de la Monnaie, le quai Conti et les rues Guénégaud, de Nevers et d’Anjou-Dauphine.

Dans l’enceinte de Philippe-Auguste, dont les limites méridionales n’avaient pas été changées par Etienne Marcel, s’ouvrait, sur l’emplacement où est actuellement le pavillon de la bibliothèque Mazarine, une porte flanquée de deux tours rondes; on arrivait à cette entrée de la ville par un pont de quatre arches qui traversait le fossé, fort large en cet endroit. Cette espèce de bastille existait encore au temps de Louis XIII. Au nord et à quatre ou cinq mètres de cette porte , se trouvait, comme je l’ai dit, la tour de Philippe-Hamelin, accouplée à une seconde tour, plus élevée encore, moins forte en diamètre, et qui contenait un escalier à vis.

A l’ouest de cette porte et de cette tour, dans l’espace compris entre la Seine et le mur d’enceinte qui suivait la direction de la rue Mazarine, puis traversait la rue Dauphine à la hauteur de la rue Contrescarpe, s’élevèrent, à une époque inconnue, mais probablement dans les dernières années du XIIIe siècle, les bâtiments de l’hôtel de Nesle; et bientôt la porte et la tour Philippe-Hamelin perdirent leur nom pour prendre celui de l’hôtel qu’elles avoisinaient : on ne les connaît plus guère dans l’histoire, à compter de cette époque, que sous la désignation de Tour de Nesle, porte de Neste.

Le premier possesseur connu, et peut-être le fondateur de l’hôtel de Nesle, est Amaury de Nesle, prévôt de l’Isle , qui le vendit, le 29 novembre 1308, au roi Philippe-le-Bel, moyennent 5 000 bons petits parisis, s’obligeant à faire ratifier l’acte de vente par les enfants de Guy de Clermont, dit de Nesle , son frère, mort maréchal de France. Cet hôtel existait, depuis assez longtemps déjà, puisque, dans le rôle de la taille de Paris de 1292, le concierge de Nesle est mentionné parmi les contribuables.

En 1319, Philippe V, dit le Long, en fit don à Jeanne de Bourgogne, sa femme. Philippe mourut le 3 août 1322; Jeanne continua son séjour à l’hôtel de Nesle jusqu’au 21 janvier 1329, époque de sa mort. Cette reine, par ses dispositions testamentaires, ordonna que son hôtel serait vendu, et, comme je l’ai dit ailleurs, elle exprima la volonté que le prix de la vente de cette propriété fût employé à la fondation d’un collège pour les pauvres écoliers du comté de Bourgogne.

Philippe de Valois l’acheta, en 1330, des exécuteurs testamentaires de cette princesse, et le donna, en 1332, à sa femme, une autre Jeanne de Bourgogne.

En 1350, le roi Jean y faisait sa demeure. C’est là qu’il fit trancher la tête à Raoul, comte d’Eu , connétable de France.

En 1357, le dauphin Charles, qui fut Charles V, régent pendant l’absence de Jean, son père, prisonnier des Anglais, donna cet hôtel à Charles- le-Mauvais, roi de Navarre, et à sa sœur Jeanne, femme de ce roi.

En 1380, le duc de Berry, oncle de Charles VI, le reçut de ce dernier prince, et l’habita jusqu’à sa mort, en 1416. Le duc de Berry, s’y trouvant trop à l’étroit, malgré son étendue, acheta , le 13 janvier 1385, sept arpents de terre au-delà des fossés de Nesle, à l’extrémité du chemin ou rue des Buttes, à l’angle actuel de la rue de Seine et du quai Malaquais, et y fit construire le petit séjour de Nesle, où il plaça ses écuries. On jeta un pont sur le fossé, afin de faciliter les communications, là où est l’angle de retour de la rue Mazarine; en face de ce pont était la porte de l’hôtel de Neste. Le Petit Séjour de Neste fut ravagé et presque détruit pendant la guerre civile des Bourguignons et des Orléanais ou Armagnacs; il passa ensuite à des particuliers qui le rasèrent. C’est sur ce fonds qu’on bâtit les maisons qui, en 1663, furent acquises pour le collège Mazarin, et que l’on construisit une partie des rues de Seine, de Bussy, Mazarine, Dauphine et Saint-André-des-Arts, puisque les jardins de ce Petit Séjour s’étendaient jusqu’à la porte Bussy qui comme on sait, était située rue Saint-André-des-Arts, en face de la rue Contrescarpe.

Le duc de Berry agrandit le jardin de l’hôtel de Nesle en achetant des terrains vagues, deux tuileries et une partie du collège Saint-Denis et du jardin des Arbalétriers II fit faire un jeu de paume, une bibliothèque, des chapelles, des galeries, tant du côté des Augustins que le long des murailles, avec de grands appartements, et afin de rendre ce séjour encore plus magnifique, Charles VI lui fit don de 4 000 francs d’or en 1391, et de 12 000 en 1393.

L’échansonnerie du duc de Berry à l’hôtel de Nesle était renommée par sa magnificence. On y voyait un cabinet où était rangée, sur des tablettes scellées dans le mur, une quantité prodigieuse de vaisselle d’or et d’argent.

L’histoire , dit Sauvai, est si pleine de faits mémorables arrivés dans ce palais , que je me contenterai d’en citer quelques uns. Après que le duc de Berry eut réconcilié et vu communier aux Augustins les ducs d’Orléans et de Bourgogne, il les mena, au sortir de là, dîner chez lui à l’hôtel de Neste. Lorsque le duc de Bourgogne eut fait massacrer le duc d’Orléans, tous les princes et les grands du royaume s’assemblèrent plusieurs fois à l’hôtel de Nesle, chez le duc de Berry. C’est dans ce logis que Louis d’Evreux , comte d’Etampes, mourut à table, d’apoplexie, en 1400, et le duc de Berry en 1416, après y avoir reçu la visite du roi et de tous les grands.

Après la mort du duc de Berry, Charles VI donna à sa femme Isabelle de Bavière, en 1416, l’hôtel de Neste et le Petit Séjour, pour en jouir sa vie durant. Cette princesse y demeura moins ordinairement qu’à l’hôtel Saint-Paul où elle mourut en 1435.

En 1446, Charles VII en fit donation à François I », comte de Riche- mond. ducde Bretagne, pour le récompenser des services qu’il lui avait rendus pendant ses guerres contre les Anglais.

Le duc de Bretagne étant mort sans enfants mâles, l’hôtel de Neste retourna encore à la couronne; en 1 461 , Louis XI en fit don à Charles- le-Téméraire , petit-fils de Jean-sans-Peur, comte de Charolais et der nier duc de Bourgogne, qui y demeura; mais il le réunit au domaine après la mort de ce prince, tué au siège de Nancy, le 5 janvier 1477.

Le roi François Ier avait eu le dessein d’établir dans cet hôtel un collège pour les lettres grecques, et d’y fonder quatre chapelains, mais ce projet resta sans exécution.

Lorsque ce même prince créa, en 1523, un bailli de Paris pour le jugement des causes dont le prévôt connaissait auparavant comme conservateur des privilèges de l’Université, le siège du nouveau bailliage fut établi à l’hôtel de Neste; mais, comme nous le verrons ailleurs, la charge de bailli fut supprimée en 1526, et il parait que l’hôtel resta de puis inhabité.

En 1552, Henri II ordonna la vente du grand hôtel de Nesle et des terrains qui en dépendaient. «Voulons et ordonnons, disent les lettres, que la maison , place, pourpris et tenue du Grand-Nesle, ainsi qu’ils se pour suivent et comportent, soient et demeurent disjoints, désunis et mis hors de notre domaine… que les dits lieux soient vendus à la charge de cens et rentes portant lods et ventes au profit du roi. «Cette vente n’eut pourtant pas lieu â cette époque, puisqu’en 1570 des lettres- patentes de Char les IX ordonnèrent de nouveau l’aliénation du grand et du petit hôtel de Nesle, pour employer les deniers qui en proviendraient à payer et renvoyer les Reistres, Suisses, et autres troupes étrangères.

En 1572, selon Sauvai, le duc et la duchesse de Nevers firent l’acquisition des deux hôtels de Nesle, et en 1586, ils demandèrent à l’abbé de Saint-Germain d’ériger cette vaste possession en fief, sous la condition de foi et hommage, et d’une redevance annuelle de 50 sols parisis.

Sur une partie de l’emplacement de l’hôtel de Nesle, et avec ses débris, le duc de Nevers fit construire, au lieu où est à présent la Monnaie, une habitation magnifique connue sous le nom d’hôtel de Nevers, qui subsista seulement jusqu’en 1641. A celle époque, la princesse Marie de Gonzague de Clèves, veuve du duc de Nevers, en fit vendre le terrain et les matériaux. L’hôtel Guénégaud, et depuis l’hôtel Conti, se sont successivement élevés sur cet emplacement qui est aujourd’hui occupé par l’hôtel des Monnaies.

La partie occidentale de l’ancien hôtel de Nesle, la porte et la tour de ce nom , ne furent démolies qu’en 1663 , lorsque l’on commença la construction du collège Mazarin.

En 1538, dit Saint- Foix, en fouillant la terre proche de la tour de Nesle, on trouva onze caveaux, et dans un de ces caveaux le corps d’un homme armé de toutes pièces. Ces sépultures étaient-elles du temps des païens? Il est certain qu’il n’y avait jamais eu ni cimetière ni église en cet endroit. Saint-Foix cite Guillaume Marcel comme l’auteur où il a puisé ce fait , mais on ne trouve dans l’ouvrage de Guillaume Marcel aucun passage qui s’y rapporte.

Il faut bien citer ici, après tant d’autres, la prétendue histoire de cette reine « qui se tenoit à l’hôtel de Nesle à Paris, laquelle faisoit le guet aux passants, et ceux qui lui revenoient et agréoient le plus, de quelque sorte de gens que ce fussent, les faisoit appeler et venir & soy ; et, après en avoir tiré ce qu’elle en vouloit, les faisoit précipiter du Haut de la tour en bas, en l’eau, et les faisoit noyer. » Jeanne de Navarre, femme de Philippe-le-Bel , Marguerite de Bourgogne, femme de Louis Hutin, Jeanne, comtesse de Bourgogne, femme de Philippe- le-Long, et d’autres encore, ont été successivement accusées de ces sanglantes orgies; mais j’ai déjà eu occasion de remarquer que cette imputation n’est appuyée d’aucun témoignage historique sérieux.

Si l’on en croit les Mémoires de Nevers cités par Saint-Foix, « ce fut à ce même hôtel de Nesle que Henriette de Clèves, femme de Louis de Gonzague, duc de Nevers, apporta la tête de Coconas, son amant, qu’on avait exposée sur un poteau dans la place de Grève (le 30 avril 1574); elle alla elle-même l’enlever de nuit, elle la fit embaumer, et la garda long-temps dans l’armoire d’un cabinet, derrière son lit. Ce même cabinet fut arrosé des larmes de sa petite-fille, Marie-Louise de Gonzague de Clèves, dont l’amant eut la même destinée que Coconas. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Hôtel de Conti (Emplacement Hôtel de Nesle)