LIEUX HISTORIQUE

Léprozerie, hôpital puis prison Saint-Lazare (Emplacement – fronton)

Léprozerie

Adresse : 107 Rue du Faubourg-Saint-Denis, 75010 Paris, France

« Le plus ancien titre qui fasse mention de cet établissement, est de 1110. A cette date nous voyons qu’il existait entre Paris et Saint-Denis un hôpital de pauvres lépreux placé sous l’invocation de Saint-Lazare ou Saint-Ladre, et ce fut en leur faveur que le roi Louis-le-Gros établit la foire Saint-Lazare.
On croit même qu’Adélaïde, femme de ce prince, fut une des principales bienfaitrices de l’hôpital Saint-Lazare.

En 1124, Guillaume de Garlande, sénéchal, fit aussi à cette maison un don sur son clos de Garlande, situé à Paris.

L’hôpital de Saint-Lazare n’était d’abord composé que d’une assemblage de chétives cabanes. Odon de Deuil, moine de Saint- Denis, dit qu’en 1147, le mercredi 11 juin , Louis VII venant prendre l’étendard à Saint-Denis avant de partir pour la croisade, entra dans cette léproserie, et visita les lépreux dans leurs cellules, accompagné seulement de deux personnes. Le roi fit quelques libéralités à cet établissement, et l’on voit dans la charte qu’il donna à celte occasion, que )es malades de Saint-Lazare avaient le droit de faire choisir dans la caves du roi , à Paris , dix muids de vin par an , et qu’ensuite on leur donna tons les jours, en échange de ce droit, la pièce de bœuf royale, avec six pains et quelques bouteilles de vin.

La foire qui avait été donnée à cet hôpital lors de sa fondation, et qu’on appelait la foire Saint-Lazare, durait 8 jours. Elle commençait le lendemain de la fête de la Toussaint, et se tenait sur le chemin qui conduit de Paris à Saint-Denis, entre le village de la Chapelle et Paris. Louis VII ajouta encore à cette foire huit autres jours; mais Philippe-Auguste l’acheta en 1185, pour accroître son fisc, et la transféra au lieu dit les Champeaux, où s’établirent ensuite les halles ou le marché des Innocents. Philippe-Auguste donna en échange à Saint- Lazare la foire Sainl-Laurent. On a conjecturé que l’abbaye de Saint-Laurent ayant été ruinée, et différentes circonstances n’ayant pas permis de la reconstruire, l’évêque de Paris y établit, ou permit qu’on y établît une léproserie. Comme dans le moyen Age tous les établissements avaient un caractère religieux, et que, du reste, la léproserie avait une église particulière saint Lazare ou suint Ladre, patron de cette chapelle, donna son nom à la léproserie ou maladrerie.

Plusieurs historiens ont pensé que ce fut alors un prieuré de l’ordre de Saint-Augustin, mais d’autres ont remarqué que, bien que les frères et soeurs desservant l’hôpital Saint-Lazare, reçussent le titre de religiosi, cela ne signifie pas qu’ils fussent religieux réguliers, ce nom ne désignant en effet souvent qu’une société de personnes pieuses engagées dans l’état ecclésiastique, ou vivant en communauté, quoique
séculiers. Cette observation est d’autant plus fondée, que bien que Saint-Lazare porte, dans certains actes, le titre de couvent, et son chef celui de prieur, les norns de maison, et de maître étaient employés le plus généralement. Le parlement était si convaincu que Saint-Lazare n’était point une communauté religieuse, que dans deux différents arrêts, le maître de Saint-Lazare n’est qualifié, que de prétendu prieur du soi disant prieuré de Saint-Lazare. Dans les communautés régulières, c’était le chapitre qui nommait les chefs et les officiers, qui ordonnait les visites, veillait sur l’administration temporelle et spirituelle, et tenait la comptabilité; à Saint-Lazare, au contraire, c’était l’évêque seul qui avait le droit de nommer le prieur, c’est-à-dire le chef de la maison, et de le destituer, de visiter la léproserie, de faire des règlements, de les changer, de réformer les abus, de se faire rendre les
comptes, etc.

On lit dans le Gallia christiana, qu’en 1150 Louis VII ayant ramené avec lui de la Terre Sainte douze chevaliers hospitaliers de Saint-Lazare, il leur donna un palais qu’il avait hors de la ville et la chapelle qui en dépendait, laquelle , à partir de cette époque, prit le nom de Saint-Lazare. Mais la maison de Saint-Lazare existait depuis quarante ans, lors du retour de Louis le-Jeune; et si ce prince la donna aux chevaliers hospitaliers, ce n’est pas d’eux qu’elle prit son nom, puisqu’elle le portait auparavant.

Cependant, en 1515, l’évêque de Paris ayant reconnu la nécessité d’une réforme dans la maison de Saint-Lazare, y introduisit les chanoines réguliers de Saint-Victor. Mais il parait que l’administrateur de ces chanoines ne fut pas sans reproche, et qu’ils cherchèrent à s’approprier les biens des pauvres de la maison de Saint-Lazare , qu’ils voulaient faire considérer comme un prieuré. Un arrêt du parlement du 9 février 1566 remédia à cet abus, en ordonnant que le tiers du revenu de Saint-Lazare serait employé à la nourriture des pauvres lépreux, un autre tiers à la subsistance des religieux, et le tiers restant au paiement des dettes du prétendu prieuré.

Les guerres de religion et les malheurs de la Ligue mirent obstacle à l’exécution de cet arrêt du parlement. Les désordres continuèrent dans la gestion de Saint-Lazare. La subordination y était inconnue, et le temporel mal administré. En 1632, Adrien Lebon , alors principal chef de cet établissement, voyant son autorité méconnue, se détermina à offrir sa maison à l’illustre Vincent de Paul, instituteur et supérieur des Prêtres de la Mission.

Celui-ci, vaincu par ses instances réitérées, consentit à l’accepter. L’accord fut passé le 7 janvier 1632, et les Prêtres de la Mission s’installèrent à Saint-Lazare en vertu d’un décret d’union donné par l’archevêque de Paris , le 31 décembre de la même année.

Le cardinal de Gondi, en plaçant à Saint Lazare les Prêtres de la Mission, exigea qu’il y eût au moins douze prêtres pour célébrer l’office et les fondations. Il les chargea de recevoir les lépreux de la ville et des faubourgs.

Le premier et le principal emploi de la congrégation de Saint-Lazare était de travailler à l’instruction des habitants des campagnes et des petites villes où il n’y avait ni évêché, ni présidial, par l’exercice des missions, sous l’autorité des évêques et avec l’agrément des curés. Le deuxième était de préparer les jeunes ecclésiastiques aux ordinations, par des retraites spirituelles, auxquelles étaient aussi admises les personnes laïques de toutes les conditions. Ces retraites duraient huit jours.

A l’extrémité de l’enclos Saint-Lazare , le plus vaste qu’il y eût dans Paris, puisqu’il s’étendait au nord jusqu’à la barrière , et à l’ouest jusqu’au faubourg Poissonnière, était une grande maison , appelée séminaire Saint-Charles. C’était une dépendance de celui des prêtres de la mission ; elle était destinée pour les prêtres convalescents et pour les retraites des ecclésiastiques.

Il y avait également, dans le même enclos, un bâtiment appelé le logis du roi. C’était là que les rois et les reines se rendaient pour recevoir le serment de fidélité de leurs sujets, et faire leur entrée solennelle dans Paris.

« Une coutume sublime voulait que les dernières dépouilles des rois et des reines fussent quelque temps déposées à Saint -Lazare avant d’être portées à Saint-Denis, et qu’elles y reçussent l’absolution de l’eau bénite de tous les prélats du royaume , représentés par l’archevêque de Paris. Jamais la déférence du monarque à l’égalité chrétienne que l’Évangile a proclamée ne s’est manifestée par un symbole plus touchant. »

Saint Vincent de Paul, en entrant dans la maison de Saint-Lazare , y avait trouvé un assez grand nombre de personnes que leurs parents ou leurs tuteurs y tenaient enfermées par suite de leur conduite déréglée.

En 1719 et 1720, les Prêtres de la Mission firent élever sur la grande route qui va à Saint-Denis une longue suite de maisons.

Ces maisons ne tardèrent pas être occupées, et par des ecclésiastiques et par des familles d’artisans, qui tous se trouvaient commodément logés.

Depuis cette époque jusqu’à la révolution, l’administration de Saint-Lazare éprouva peu de changements.
Le 14 juillet 1789, une troupe de malfaiteurs porta le pillage et la dévastation dans cet asile digne du respect de tous, et mit le feu à une de ses granges ; les progrès de ces dévastations furent arrêtés par la milice parisienne , instituée le même jour.

En 1793, Saint-Lazare fut converti en maison de détention ; on y renfermait jusqu’à douze cents personnes, et les Parisiens de toutes les classes en étaient les gardiens.

« Hermeau, président des commissions populaires, venait faire un travail sur les listes qui lui étaient présentées. C’était Verner qui était directeur-général des interrogatoires qu’on faisait subir aux prisonniers. On leur demandait : As-tu voté pour Raffet ou pour Henrion? As-tu dit du mal de Robespierre ou du tribunal révolutionnaire? Combien as-tu dénoncé de modérés , de nobles ou de prêtres dans la section ?
Voilà quel était le cercle ordinaire de demandes qui, au surplus, ne se faisaient que pour la forme ; car une fois les listes arrêtées , ceux qui y étaient signalés avec la croix fatale étaient bien sûrs d’être égorgés.

Roucher ne fut pas le seul poète enfermé à Saint-Lazare pendant la révolution. André Chénier n’en sortit que pour aller à la Conciergerie, d’où il alla à l’échafaud. C’est à Saint-Lazare qu’il composa ses derniers vers.

Vers la fin du xvne siècle, ses bâtiments menaçant ruine de tous côtés, les Prêtres des Missions songèrent à les remplacer entre les années 1681 et 1684.

L’église fut le seul bâtiment auquel on ne toucha pas. Elle était petite, et n’avait rien de remarquable. On ne sait à quelle époque remontait sa construction.

Le choeur de cette église contenait, entre autres épitaphes, celles du saint personnage qui avait jeté tant d’éclat sur cette maison, de saint Vincent de Paul , mort â Saint-Lazare , le 27 septembre 1660, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Ce héros de l’humanité ayant été béatifié à Rome en 1729 par Benoit XIII, et canonisé en 1737 par Clément XII, son corps fut exhumé en présence de l’archevêque de Paris, et mis dans une châsse d’argent que l’on plaça sur l’autel de la chapelle qui portait son nom.
Dix tableaux représentant les traits les plus remarquables de la vie de saint Vincent de Paul avaient été placés dans l’église de Saint-Lazare.

Ces tableaux avaient été peints par de Troy , Baptiste Feret, frère André et Galloche. Ils ont été détruits, ainsi que la bibliothèque du couvent, lors du pillage du 14 juillet 1789.

Depuis la révolution, l’église de Saint-Lazare a servi de succursale à la paroisse de Saint-Laurent. Elle a été démolie vers 1823, pour l’agrandissement des bâtiments de la prison.

La maison Saint-Lazare est destinée ensuite à renfermer les femmes prévenues et accusées de délit et de crimes; celles qui sont condamnées à un emprisonnement de moins d’une année ; celles encore qui sont détenues pour dettes envers l’État, et enfin, les filles publiques privées de leur liberté, soit par suite de jugements, soit par l’effet de dispositions administratives.
Les condamnées à la détention, à la réclusion , ou à un emprisonnement de plus d’un an , obtiennent très rarement la permission de rester à Saint-Lazare ; on les envoie dans la mai
son centrale de Clermont (Oise).

À partir de 1838, à l’initiative du baron Delessert, préfet de police, la garde des détenues par des femmes est acquise. Celles de Saint-Lazare sont alors placées sous la direction des Sœurs de Marie-Joseph pour les Prisons de 1850 à 1927.

En 1928, le Conseil général de la Seine décide de démolir les bâtiments de la maison d’arrêt et de correction.

Mais un peu plus tard, la Commission du Vieux-Paris demande « la conservation du guichet d’entrée, de la porte d’entrée du réfectoire, de la rampe d’escalier en fer forgé du bâtiment de l’administration, de la clochette d’argent et du fronton de la façade qui, si son état en permet le démontage, pourrait être utilisé dans les bâtiments conservés lors du remaniement de l’établissement ».

La plupart des bâtiment ont aujourd’hui disparu. Le fronton de la chapelle est incorporé dans la médiathèque. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Photo
Phot. Claire Vignes-Dumas, 2004. © CRMH Île-de-France

Léprozerie, hôpital puis prison Saint-Lazare ( Emplacement - fronton )