LIEU HISTORIQUE

Musée des monuments français (Couvent des Petits-Augustins)

Couvent

Adresse : 12 Rue Bonaparte, 75006 Paris, France

« Lors de la suppression des couvents et des établissements religieux, la commission des monuments arrêta, en 1791, que le couvent des Petits-Augustins servirait de dépôt aux différents objets d’art que la barbarie révolutionnaire en avait enlevés. Le gouvernement ayant fait placer ces monuments d’une manière convenable, érigea ensuite ce dépôt en Musée des monuments français, qui fut ouvert le 1er septembre 1795 et confié à la direction de M. Alex. Lenoir.

Ce musée était divisé de la manière suivante : La nef de l’ancienne église des Augustins renfermait des monuments de toutes les époques, celtiques, grecs, romains, français; on la nommait la salle d’introduction. On y remarquait surtout les tombeaux de Diane de Poitiers, de François Ier, de Henri II, de Charles IX, de Henri III, de Catherine de Médicis, de Richelieu, etc.

Cinq autres salles séparées contenaient les productions des arts de cinq siècles. Cette division commençait au XIIIe siècle, et se terminait au XVIII. Le chœur de l’église, appelé la salle du XIIIe siècle, était occupé par les tombeaux de Clovis, les statues couchées de Clovis II, de Charles-Martel, de Pépin et de son épouse, de Hugues-Capet, le tout tiré presque exclusivement de Saint-Denis.

La première salle latérale, comprise dans les bâtiments du couvent, était consacrée aux productions du XIVe siècle : on y voyait les monuments de Philippe-le-Bel, de Louis X, de Charles IV, de Philippe de Valois, de Duguesclin, etc. , dans la salle du XVe siècle, ceux de Comines, de Charles VII, de la pucelle d’Orléans, de Louis XI, de Charles VIII. La salle du XVIe siècle s’enrichissait des produits des arts de la renaissance, et celle du XVIIe des ouvrages précieux des règnes de Henri III, de Henri IV et de Louis XIV. Enfin la salle du XVIIIe siècle n’était pas moins abondamment pourvue; Coustou, Bouchardon, Lemoine, Pigalle, etc., s’y trouvaient représentés par leurs œuvres.

La cour du musée était ornée des portiques de Gaillon et d’Anet, conservés dans la nouvelle disposition de l’École des Beaux-Arts.

Le jardin du couvent avait été converti en un élysée, dénomination mythologique dans le goût du temps. « Un élysée , dit M. Lenoir, que nous ne saurions trop citer, m’a paru convenable au caractère de mon établissement, et le jardin m’a offert tous les moyens d’exécuter mon projet. Dans ce jardin calme et paisible, on voit plus de quarante statues; des tombeaux posés çà et là sur une pelouse verte, s’élèvent avec dignité au milieu du silence et de la tranquillité. Des pins, des cyprès les accompagnent; des larves et des urnes cinéraires, posées sur les murs, concourent à donner à ce lieu de bonheur la douce mélancolie qui parle à l’âme sensible. Enfin, on y retrouve le tombeau d’Héloïse et d’Abeilard, sur lequel j’ai fait graver le nom de ces infortunés époux, et les illustres restes de Descartes, Molière, La Fontaine, Turenne, Boileau, Mabillon, Montfaucon. » (Préface de l’édition de 1800.)

Ce jardin devint, pendant quelque temps, le rendez-vous obligé , d’abord des victimes, puis des muscadins, des incroyables et du beau monde.

Le musée des Petits-Augustins, qui s’accroissait chaque jour par de nouvelles acquisitions, se vit nécessairement enlever beaucoup d’objets au moment du rétablissement du culte après le concordat de 1802. Les églises réclamèrent, fort justement selon moi, ce qu’elles avaient possédé autrefois. En 1815, la suppression du musée fut entièrement opérée. On transféra les tombeaux, statues, bas-reliefs des princes et des princesses des familles royales, dans l’église et dans les caveaux de Saint-Denis. Diverses églises ou maisons religieuses, et plusieurs familles se firent distribuer chacune quelques parties de cette précieuse collection, qui dès lors cessa d’exister. Ce qui en restait perdit la qualification de musée pour recevoir celle de Dépôt de monuments d’art. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

Source photographie : n°1 : J.-B. Réville, Napoléon et Joséphine visitant le Musée des monuments français avec Alexandre Lenoir, 19e siècle.

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