LIEU HISTORIQUE

Place des Vosges (Ex : place royale)

Place

Adresse : Place des Vosges, 75004 Paris, France

« J’ai dit que l’hôtel des Tournelles ayant été abandonné après la mort de Henri II, on en ordonna la démolition et qu’une partie de son emplacement fut alors transformé en un marché aux chevaux qui servit de théâtre en 1578 au terrible combat que se livrèrent les courtisans de Henri III et les favoris du duc de Guise. La démolition de l’hôtel des Tournelles n’était pas entièrement achevée, lorsque Henri IV parvint au trône; ayant résolu d’établir en France une manufacture d’étoffes de soie, d’or et d’argent, il y fit venir environ deux cents ouvriers et les logea dans les bâtiments encore debout de l’ancienne résidence royale. Les entrepreneurs de ces manufactures ne s’y trouvant pas assez commodément logés, firent élever, en 1604, un grand et magnifique pavillon, qui donna l’idée au roi de construire en ce lieu une place publique, qui serait nommée la Place-Royale, et qui aurait soixante-douze toises carrées. Il fit bâtir à ses dépens l’un des quatre côtés qu’il vendit à des particuliers; il donna les places des trois autres côtés, chacune pour un écu d’or de cens, à la charge par les acquéreurs d’y élever des pavillons conformes aux dessins qui leur seraient donnés. Le pavillon qui fait face à la rue Royale et à la rue Saint-Antoine, fut nommé le Pavillon du Roi, et celui qui est vis-à-vis le Pavillon de la Reine. Pour empêcher que la symétrie ne fût dérangée, Henri IV ordonna qu’aucun des pavillons ne pourrait être partagé entre cohéritiers, mais qu’il serait mis dans un lot ou leur appartiendrait par indivis. En même temps, il fit percer quatre rues qui conduisent à cette place : la rue Royale, celle de la Chaussée-des-Minimes, celle du Pas-de-la-Mule et celle de l’Écharpe.

La Place-Royale présente un carré très régulier; deux de ses faces sont décorées de neuf pavillons, et les deux autres de huit seulement, parce que le bout de la rue de l’Écharpe est à découvert, ainsi que le côté de la rue du Pas-de-la-Mule, qui lui est opposé. A l’extrémité de cette dernière rue se trouvait autrefois un pavillon, sur une arcade ouverte aux passants. On l’a démoli il y a quelques années pour la régularité de la place. Ces trente-quatre pavillons, bâtis de pierres et de briques et couverts d’ardoises, sont portés par une suite d’arcades larges de huit pieds et demi, hautes de douze environ, et ornées de pilastres doriques qui règnent au pourtour de la place et forment autant de corridors couverts d’une voûte surbaissée de pierres et de briques. La place est pavée le long de ces corridors de la largeur d’une rue; le reste était autrefois fermé par une grille de fer qui entourait des tapis de gazon et des allées sablées; quatre portes principales et deux petites donnaient entrée dans cette espèce de parterre. C’est le rendez- vous des bonnes d’enfants et la promenade habituelle des paisibles habitants du Marais.

Le 27 novembre 1659, le cardinal de Richelieu fit placer avec solennité, au milieu de la Place-Royale , une statue équestre de Louis XIII, en bronze, posée sur un grand piédestal de marbre blanc ; on admirait la beauté du cheval, ouvrage du célèbre Daniel Ricciarelli, de Volterre en Toscane, disciple de Michel-Ange. Il l’avait fait pour Henri II, mais la mort prématurée de cet habile artiste l’empêcha de terminer la figure de ce roi. Richelieu fit poser le cheval plusieurs années après et y plaça la statue de Louis XIII, par Biard fils; mais cette figure était peu remarquable. Sur les faces du piédestal étaient quatre inscriptions françaises et latines, dont voici les premières: Pour la glorieuse et immortelle mémoire du très grand et très invincible Louis- le-Juste, XIIIe du nom, roi de France et de Navarre. Armand, cardinal et duc de Richelieu, son principal ministre dans tous ses illustres et généreux desseins, comblé d’honneurs et de bienfaits par un si bon maître et un si généreux monarque, lui a fait élever cette statue, pour marque éternelle de son zèle, de sa fidélité, de sa reconnaissance. 1639. »

Sur la face à main droite : Que ne peut la vertu, que ne peut le courage? J’ai dompté pour jamais l’hérésie en son fort. Du Tage impérieux j’ai fait trembler le bord , Et du Rhin jusqu’à l’Ebre accru mon héritage. J’ai sauvé par mon bras l’Europe d’esclavage, Et si tant de travaux n’eussent hâté mon sort, J’eusse attaqué l’Asie, et d’un pieux effort, J’eusse du saint tombeau vengé le long servage. Armand, le grand Armand, l’âme de mes exploits, Porta de toutes parts mes armes et mes lois, Et donna tout l’éclat aux rayons de ma gloire. Enfin il m’éleva ce pompeux monument, Où, pour rendre à son nom mémoire pour mémoire, Je veux qu’avec le mien il vive incessamment.
Ces vers, qui ne furent gravés que longtemps après la mort du cardinal de Richelieu, avaient été composés par le fameux Jean Desmarets, membre de l’Académie française, connu par de médiocres ouvrages.

En 1792, la Place-Royale reçut le nom de place de l’Indivisibilité, qui était celui de la section où elle était située. Le 14 septembre 1800, par arrêté du département de la Seine, elle prit le nom de place des Vosges , parce que le département des Voges fut le premier de tous qui acquitta la plus forte partie de ses contributions, au terme prescrit par un arrêté des consuls du 8 mars 1800.

En 1792, la statue de Louis XIII fut jetée à la fonte; on la remplaça par une fontaine, qui fut détruite à la rentrée des Bourbons. On rétablit alors le monument, qui fut entouré par quatre nouvelles fontaines. La nouvelle statue de Louis XIII, exécutée en marbre blanc par MM. Dupaty et Cortot, a été posée en novembre 1829.

Le 5 avril 1612 , Marie de Médicis donna à la Place-Royale le spectacle d’un magnifique carrousel, à l’occasion de la double alliance contractée entre la France et l’Espagne

Pendant les troubles de la Fronde, M. de Beaufort, le roi des halles, effrayé de l’exaspération de la multitude contre le parlement, assembla un jour à la Place-Royale quatre ou cinq mille gueux; il leur fit proprement un sermon pour les exhorter à l’obéissance qu’ils devaient aux magistrats. Mais le soir même le président de Maisons faillit être assassiné rue de Tournon, par les factieux. M. de Beaufort ne savait pas, dit le cardinal de Retz, que qui assemble un peuple l’émeut toujours.

Des personnages célèbres ont habité Place-Royale ; on y voyait de fort belles résidences. Germain Brice cite les hôtels de Guémenée, de Nicolaï (autrefois hôtel de Chaunes), et celui du baron de Breteuil, situé à main droite en entrant par la rue Saint-Antoine. On voyait dans ce dernier hôtel un superbe plafond, peint par Lebrun. Le cardinal de Richelieu occupait l’hôtel qui porte le n° 21, et d’où ses yeux pouvaient se reposer quelquefois sur la demeure de Marion de Lorme. L’emplacement de cette dernière maison, que nous aimerions aussi à retrouver, n’est signalé par aucune tradition. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

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