LIEU HISTORIQUE

Prison de la Force (Plaque de l’entrée – disparue)

Prison

Adresse : 2 Rue du Roi de Sicile, 75004 Paris

La prison occupait le terrain jusqu’au niveau de la Rue Pavée ( Voir pan de mur de la petite force )

Cette prison a pris son nom de l’Hôtel de la Force, qui existait au treizième siècle.

Cet hôtel appartint à Charles roi de Naples et de Sicile, frère de saint Louis, et, dans la suite, au duc de la Force. En 1754, le gouvernement acheta ces terrains pour y établir l’École-Militaire; mais le projet fut abandonné, et un emplacement plus convenable fut choisi.

Sous le règne de Louis XVI, des réclamations pressantes s’élevèrent de tous côtés en faveur des prisonniers de Paris. On demanda pour eux un peu de pitié, et, en même temps, l’abandon des geôles féodales où ils souffraient tant. Ces réclamations, appuyées par le ministre Necker, furent entendues, et le 30 août 1780 une déclaration du roi ordonna l’établissement d’une prison à l’Hôtel de la Force et la suppression du For-l’Évêque et du Petit-Châtelet. On mit deux années à transformer cet hôtel en geôle, et les détenus n’y furent transférés qu’au mois de janvier 1782.

Cette prison était alors divisée en six départements : le premier, destiné au concierge et aux employés subalternes; le second, aux prisonniers retenus pour n’avoir pas payé les mois de nourrice de leurs enfants ; le troisième, aux débiteurs civils; le quatrième, aux prisonniers de police; le cinquième, aux femmes, et le sixième, au dépôt de mendicité. Ensuite, ces divisions ont éprouvé bien des changements.

L’hôtel de Brienne fut aussi converti en prison vers la même époque, et appelé la Petite-Force, par opposition à la Grande-Force.

Ces deux prisons, à l’origine, ne communiquaient pas entre elles, bien que contiguës.

La Force est la prison la plus vaste de Paris, mais aussi la plus irrégulière dans sa distribution. Elle embrasse huit cours ou préaux; ce sont les cours de la Vit-au-Lait, de la Dette, du Bâtiment neuf, Sainte-Madeleine, des Mômes, des Poules, Sainte-Marie-l’Égyptienne et Sainte-Anne.

La première est plantée d’arbustes et de fleurs ; elle est aussi gracieuse que peut l’être une cour de prison. En 1854, elle fut un instant réservée aux détenus politiques.

La seconde, d’abord destinée aux dettiers, occupe en quelque sorte le centre de la prison. Un pauvre petit jardin négligé et perdu là, comme un oasis dans le désert, un peu de régularité dans les constructions qui l’encadrent et son droit de pistoles ( Payer pour sa cellule et ainsi avoir quelques avantages ) lui donne la primauté. D’ordinaire, c’est la place des prisonniers politiques, mais pas toujours. On y trouve deux chauffoirs, l’un dit des pistoliers et l’autre des pailleux.

La cour du Bâtiment-Neuf est surnommée la Fosse-aux-Lions. Elle sert de repaire aux mauvaises têtes, aux hommes les plus dangereux et les plus difficiles à manier, aux individus sur qui pèse une prévention ou une accusation d’assassinat. Les forçats s’y trouvent en majorité. Les murs du Bâtiment Neuf sont construits à l’épreuve des évasions, en pierres de taille liées entre elles par des attaches de fer, et les dortoirs sont voûtés. C’est, en un mot, le lieu le plus sinistre que l’imagination puisse concevoir.

La cour Sainte-Madeleine n’est séparée de la précédente que par un mur, à l’une des extrémités duquel, on aperçoit une espèce de carré en maçonnerie, posé sur l’un de ses angles et semé de bouteilles cassées. Cette cour est fort rétrécie dans sa première moitié. On voit, au fond, une galerie de dix à douze pas de longueur, qui mène à la cantine, en formant un coude, et qui sert d’abri aux prisonniers quand le temps est mauvais et quand ils redoutent l’atmosphère empestée du chauffoir.

Les bâtiments de la cour Sainte-Madeleine tiennent à la rue Pavée.

La cour des Mômes est réservée pour la promenade des hommes qui sont au secret. Les enfants ou mômes n’y viennent qu’aux heures des repas, pour recevoir leur maigre pitance, et la quittent aussitôt. La nécessité dans laquelle se trouvent les visitants de la traverser pour se rendre au parloir de la cour Sainte-Marie-l’Egyptienne, n’en permet pas le séjour aux prisonniers.

La cour appelée par les détenus cour des Poules n’est séparée de la précédente que par un guichet, ouvert au rez-de-chaussée du bâtiment des Secrets. On n’y rencontre jamais que les poules du directeur et un factionnaire de planton. C’est là que Béranger allait prendre l’air et s’asseoir au soleil.

La cour Sainte-Marie-l’Egyptienne est, après celle du Bâtiment-Neuf, la plus désagréable entre toutes. Imaginez-vous une rue où deux cabriolets puissent passer de front, une rue avec des murs noirs et pas de fenêtres, puisque celles des Secrets sont masquées par des tambours, où le soleil s’aventure en rechignant, où de rares promeneurs s’étendent à terre, de temps en temps, comme font les gens ivres au pied d’une borne; plongez cette rue dans un silence et une solitude de catacombes, et vous aurez la cour Sainte-Marie-l’Egyptienne.

Enfin, la cour Sainte-Anne est destinée aux vieillards, à de vieux vagabonds. Les détenus parqués dans ces différentes cours ne peuvent communiquer entre eux que par ruse.

La prison de la force fut détruite en 1845.

Source : P. Joigneaux (pseud. P.J. de Varennes), Les Prisons de Paris, par un ancien détenu, 1841.

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