LIEUX HISTORIQUE

Prison du For l’Evêque ou Fort l’Evêque (Disparue – Emplacement)

Prison

Adresse : 19 Rue Saint-Germain l’Auxerrois, 75001 Paris, France

« Quelques auteurs écrivent le Fort-l’Évêque, comme si c’eût été une forteresse; d’autres le Four-l’Évêque, comme si le four banal de l’évêché eût été situé dans cette rue. Ces deux étymologies ne sont pas justes : le For-l’Évêque était le lieu où l’évêque faisait exercer la justice, Forum Episcopi. Adrien de Valois n’a pas adopté cette opinion: « Les historiens modernes, dit-il, ignorant 1’antiquité, appellent For-l’Évêque ce que l’on devrait appeler Four-l’Évêque. » «Quelque décisive que soit l’autorité de ce savant, j’avoue, dit Jaillot, que j’aurais bien de la peine à y déférer. Je conviens que dans une infinité de titres de l’évêché on lit le Four-l’Évêque; on voit même, dans les archives de ce lieu, des lettres de 1238, au sujet d’une redevance de 5 sols sur une maison située versus furnum episcopi. Les grands et petits cartulaires contiennent un pareil acte de 1256, où cet endroit est appelé Domus furni episcopi; mais je crois que cette expression doit s’entendre de la juridiction, c’est-à-dire du lieu où elle s’exerçait, et non d’un four banal qui était situé près de là. Cela est si vrai que dans les registres du parlement de 1308 et 1310, le juge de l’évêque est appelé praepositus furni episcopi, et qu’ensuite on le nomme bailli du Four-l’Evêque. Nous appelons encore trivialement four, une prison ou un endroit où l’on met en chartre privée ceux qu’on a enrôlés par surprise ou par force. »

A l’autorité de Jaillot vient se joindre celle de Lebeuf. Le For-l’Evéque, dit-il, n’était ni un four ni un fort, mais un lieu à plaider. Le rôle des charges du prévôt de l’évêque, écrit vers 1400, porte cet article : « Item, le prévôt dudit évêque doit demeurer en son chastel du Four-l’Évêque, ou ailleurs au-dedans de sa terre, et aussi il y doit demeurer les clercs de sa baillie et tous les sergents. »

La censive des évêques de Paris a toujours été fort étendue; il était nécessaire qu’ils eussent un officier préposé pour percevoir leurs droits, et un juge pour décider les différends que cette perception pouvait occasionner, ou pour prononcer les peines encourues pour crimes commis dans l’étendue de cette seigneurie.

C’est au plus tard en 1222 que fut fondé le For-l’Évêque. A cette date, en effet, on trouve un accord fait entre Philippe-Auguste et Guillaume de Seignelay, évêque de Paris, au sujet de la justice et des droits qu’ils pouvaient respectivement exercer; et il est certain que, depuis cette époque, on ne voit pas que la justice séculière de l’évêque ait été exercée ailleurs qu’au For-l’Évêque.

En 1652, ce monument fut rebâti par les soins de François de Gondi, premier archevêque de Paris; on ne laissa subsister que la porte qui regardait la rue Saint-Germain-l’Auxerrois. Cette porte, selon Lebeuf et Jaillot, avait tous les caractères de l’architecture du XIIIe siècle. « On y voyait au-dessus, en relief, un évêque et un roi en face, agenouillés devant une Notre-Dame, symbole du traité fait entre Philippe-Auguste et l’évêque de Paris. Les armes de France sont à fleurs-de-lys sans nombre, traversées d’une crosse droite; à l’autre coin sont, en relief,un juge en robe et en capuchon, des assesseurs et un greffier vêtu comme un homme d’église. »

Louis XIV, par son édit de 1674, ayant réuni au Châtelet toutes les justices particulières, transféra celle de l’archevêché, et l’unit à celle de la Temporalité, située dans la cour du palais archiépiscopal, qui lui avait été accordée pour connaître de toutes les affaires séculières con cernant le duché de Saint-Cloud et ses dépendances.

Depuis cette époque, le For-l’Évêque servit de prison aux personnes détenues pour dettes, et aux comédiens tombés dans la disgrâce de l’autorité et du public, en 1780, on le démolit. Peu de temps auparavant, Necker avait fait rendre une ordonnance à Louis XVI, par laquelle cette prison était supprimée à cause de son insalubrité. La prison établie au For-l’Évêque fut transférée à l’Hôtel-de-la-Force, rue Saint-Antoine.

Parmi les personnages les plus célèbres qui ont été enfermés au For- l’Évêque, on cite mademoiselle Clairon. En 1765, lors de la vingtième représentation du Siège de Calais, par Dubelloi, mademoiselle Clairon refusa de jouer le rôle qu’elle devait remplir, parce qu’elle apprit qu’un assez mauvais acteur, nommé Dubois, coupable de n’avoir pas voulu payer une dette légitime, devait jouer avec elle. Son refus entraîna celui de plusieurs de ses camarades : on annonça au public que les acteurs refusaient de jouer. Un tumulte effroyable s’ensuivit; et au milieu des cris de Calais! Calais! on distingua bientôt ceux de Frétillon à l’hôpital! Clairon au For-l’Évêque ! Un exempt de police vint en effet le lendemain, 16 avril 1765, l’inviter à se rendre dans cette prison. Madame de Souvigny, femme de l’intendant de Paris, la conduisit dans sa voiture, et assise sur ses genoux. Tout Paris alla ensuite voir l’actrice dans sa prison. Quatre autres comédiens, parmi lesquels se trouvaient Molé et Le Kain, furent aussi enfermés au For-l’Évêque, d’après la décision d’un grand nombre de gentilshommes qui s’étaient assemblés en comité chez le lieutenant de police. On sait que mademoiselle Clairon protesta contre cette violence et l’étrange position des comédiens, placés hors du droit commun. Elle se soumit aux ordres de l’exempt, tout en lui faisant remarquer que son honneur restait intact, et que le roi lui-même n’y pouvait rien. « Vous avez raison, lui dit l’exempt : où il n’y a rien, le roi perd ses droits. » Cette aventure fit beaucoup de bruit, occupa longtemps les oisifs de Paris. Mais mademoiselle Clairon, humiliée, ne reparut plus au théâtre dont elle avait été la gloire pendant vingt-deux ans. »

Source : J. de Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Ed P. M. Pourrat frères, 1839-1841, Paris.

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